Pourquoi les Brésiliens défilent contre leur présidente Dilma Rousseff

Des manifestants demandent la démission de la présidente du Brésil Dilma Rousseff, à Curitiba au Brésil, le 16 août 2015.
Des manifestants demandent la démission de la présidente du Brésil Dilma Rousseff, à Curitiba au Brésil, le 16 août 2015. (P. SILVA / AFP)

Près de 900 000 Brésiliens ont manifesté dans les rues dimanche pour réclamer la démission de la présidente brésilienne.

Dans la capitale Brasilia, à Belo Horizonte, Recife, Salvador, Belém, ou encore Sao Paulo... Près de 900 000 Brésiliens – deux millions, selon les organisateurs – ont manifesté, dimanche 16 août, dans une centaine de villes du pays, pour exiger le départ de la présidente de gauche, Dilma Rousseff.

Vêtus de vert et de jaune, les manifestants ont défilé dans le calme à l'appel des organisateurs, des mouvements citoyens de droite soutenus par une partie de l'opposition. Arborant des pancartes portant les inscriptions "Dehors Dilma !" ou encore "Non à la corruption !", ils exigent la démission ou la destitution de Dilma Rousseff, embourbée dans une triple crise, économique, politique et éthique. Francetv info revient sur les raisons de ce mouvement de protestation.

Elle a adopté des mesures d'austérité impopulaires

Réélue avec 51,45% des voix lors de l'élection présidentielle d'octobre 2014, Dilma Rousseff a vu en quelques mois sa popularité chuter à un taux historiquement bas de 8%. Depuis la fin de la dictature militaire en 1985, c'est la première fois qu'un chef d'Etat connaît une opinion aussi peu favorable.

Dès son investiture en janvier, la présidente a opéré un revirement idéologique, en nommant le très orthodoxe et libéral Joaquim Levy à la tête du ministère des Finances. Cet économiste, formé à l'université de Chicago, avait contribué à définir le programme économique du principal rival de la présidente lors de la campagne présidentielle, Aécio Neves.

Le nouveau gouvernement a ensuite adopté plusieurs mesures d'austérité très impopulaires : hausse des taux d'intérêt et des taxes sur le crédit, durcissement des conditions d'accès à l'assurance-chômage et aux pensions pour les veuves, hausse des taxes sur les voitures et les carburants... "Les Brésiliens sont déçus et frustrés, parce que le gouvernement met en place une politique à l'opposé de ce qu'il avait promis durant la campagne en 2014", décrypte le politologue Renato Meirelles dans Le Figaro.

En outre, le pays est en panne de croissance depuis cinq ans, notamment à cause du ralentissement de l'économie chinoise et de la baisse du cours des matières premières. La septième économie de la planète est largement dépendante de l'exportation des matières premières et la Chine est son premier partenaire économique. Au bord de la récession, le Brésil a connu un taux d'inflation de 9% sur les douze derniers mois.

Elle est prise dans un scandale de corruption

Au Brésil, on l'appelle "Petrolão". Ce gigantesque scandale de corruption qui agite le pays depuis mars 2014 touche de nombreux acteurs économiques et des personnalités appartenant à la coalition de centre gauche, avec laquelle gouverne Dilma Rousseff. Pendant des années, le géant pétrolier public Petrobras et plusieurs groupes de BTP ont distribué des pots-de-vin à des dizaines de dirigeants du Parti des travailleurs (PT), pour pouvoir se partager les marchés des grands chantiers d'infrastructure, et les surfacturer. Le montant des sommes détournées avoisinerait le milliard d'euros.

En contrepartie, ces dessous-de-tables auraient permis de financer les campagnes électorales, rapporte Le Monde. Toutes les grandes entreprises de BTP ont été visées par l'enquête : OAS, Odebrecht, Camargo Correia, Mendes Junior... Et de hauts responsables ont été emprisonnés suite à ces investigations.

La présidente n'a pas été citée par le procureur général de la République, mais une bonne partie de l'opinion estime qu'elle ne pouvait pas ne pas être au courant, puisqu'elle a été ministre de l'Energie, le ministère de tutelle de Petrobras, et chef de cabinet du président Lula au moment des faits. Elle a aussi présidé le conseil d'administration de Petrobras. "Pour 92% des Brésiliens, tous les hommes politiques sont des voleurs, souligne le politologue Renato Meirelles. Il y a un profond divorce entre la population et les partis, mais la classe politique continue à faire comme si de rien n'était."

Son gouvernement traverse une grave crise politique

Cette affaire de corruption a mené à une enquête qui ébranle la majorité de Dilma Rousseff. Elle a dévoilé l'implication du Parti des travailleurs, le parti de Dilma Rousseff, fondé par l'ancien président du Brésil, Luiz Inácio Lula (2003-2010). Mais aussi celle du Parti du mouvement démocratique brésilien, l'allié centriste du PT au gouvernement, du Parti progressiste et de l’ancien gouverneur de Sao Paulo, Paulo Maluf. Au total, elle a mis en cause 13 sénateurs, 22 députés et deux gouverneurs, explique Le Monde.

Et la politique de rigueur décrétée par Dilma Rousseff n'arrange rien. "Pour la gauche, ce sont des choix trop 'austéritaires'. Pour la droite, elle ne va pas assez loin dans la politique de rigueur, souligne Christophe Ventura, chercheur associé à l'Iris, interwiewé par L'Obs. Elle est prise entre ses deux oppositions, et subit de fortes pressions."

En attendant, l'ex-guerillera torturée sous la dictature militaire a récemment affirmé qu'elle ne cèderait "ni aux pressions ni aux menaces", rappelant qu'elle tenait sa légitimité du vote populaire. Et compte sur les divisions et intérêts divergents de ses adversaires pour traverser la tempête.

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