Elections municipales au Brésil: meurtres et conflits d’intérêts

Les brésiliens voteront pour la première fois depuis la destitution de la présidente Dilma Rousseff pour élire 5 568 maires, dimanche 2 octobre.
Les brésiliens voteront pour la première fois depuis la destitution de la présidente Dilma Rousseff pour élire 5 568 maires, dimanche 2 octobre. (VANDERLEI ALMEIDA / AFP)

Quinze candidats ou personnes liées à la campagne des municipales du 2 octobre 2016 ont été tuées à Rio de Janeiro ces dix derniers mois. Le récent assassinat d’un candidat du Parti progressiste (droite) par deux hommes encagoulés met au jour le rôle des milices paramilitaires dans cette campagne.

Alors que le Brésil s'apprête à voter le 2 octobre, la campagne pour les municipales est entachée par des meurtres.

Dernièrement, Marcos Vieira de Souza, un policier de 52 ans et candidat du Parti progressiste à Madureira au nord de Rio, s’est fait abattre par deux hommes encagoulés, à seulement une semaine du vote. Son cas n’est pas isolé: au cours des dix derniers mois, 15 personnes liées à la campagne électorale ont été abattues, principalement dans la banlieue nord de Rio.

«On assiste à une série de meurtres et tout indique qu’il y a un lien entre les conflits d’intérêts politiques et les milices», a déclaré à l’AFP Michel Misse, expert à l’université fédérale de Rio. 
Marcos Vieira de Souza, candidat à un poste de conseiller municipal pour le Parti progressiste, s\'est fait abattre par des hommes masqués appartenant à une milice, au nord de Rio.
Marcos Vieira de Souza, candidat à un poste de conseiller municipal pour le Parti progressiste, s'est fait abattre par des hommes masqués appartenant à une milice, au nord de Rio. (YASUYOSHI CHIBA / AFP)

Qui dirige ces milices ? «Nous en savons très peu sur ces relations souterraines. Nous n’avons pas de politique sérieuse d’investigation dans la sécurité publique», explique de son côté Alba Zaluar, de l'université de l'État de Rio.

Dans certains quartiers pauvres qui souffrent d’insécurité, comme celui de la Baixada Fluminense, les habitants font appel à des milices paramilitaires pour les protéger et chasser les trafiquants de drogue. En échange de leur protection, les groupes font payer une taxe à la population. Le quotidien brésilien O Globo a même révélé que ces milices exigeaient des candidats jusqu’à 120 000 réais, soit 33 000 euros, pour coller des affiches politiques dans la ville.

Le rôle de ces groupes armés dans les municipales ne s’arrête pas là. En soutenant certains candidats, les milices peuvent influencer les politiques publiques et asseoir leur autorité. «Ils ont besoin d’appuis politiques pour se protéger et étendre leur territoire», confirme Alba Zaluar.

Le commissaire Giniton Lages, qui mène l’enquête sur 13 des 15 assassinats, explique que les groupes criminels sont imbriqués dans les affaires publiques. «Il soutiennent désormais le pouvoir. Ce qui nous inquiète, c’est la consolidation de cette domination. Pour cela, ils ont besoin de s’imposer en tuant.»

Dans le  journal Globo Chico Regueira, un journaliste dénonce: «Nos institutions ne voient pas ou ne veulent pas voir la professionnalisation du crime organisé, et l'exportation du modèle de Rio aux autres Etats brésiliens. Nous réveillerons-nous à temps pour combattre ce phénomène ou est-il déjà trop tard?»

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