Brésil : trois questions sur le procès en destitution de Dilma Rousseff

La présidente brésilienne suspendue, Dilma Rousseff, s\'exprime à Brasilia (Brésil), le 16 août 2016.
La présidente brésilienne suspendue, Dilma Rousseff, s'exprime à Brasilia (Brésil), le 16 août 2016. (ANDRESSA ANHOLETE / AFP)

Le Sénat brésilien a ouvert, le 25 août, le procès en destitution de la présidente de la République, actuellement suspendue. Franceinfo vous en résume les enjeux de cette procédure exceptionnelle.

L'épilogue est proche. Suspendue de ses fonctions présidentielles depuis le 12 mai, Dilma Rousseff est dans le box des accusés dans le cadre de son procès en destitution, ouvert par le Sénat brésilien, jeudi 25 août. Son issue pourrait mettre fin à plus d'une décennie de gouvernement de gauche. 

Le Parti des travailleurs (PT), fondé par l'ancien ouvrier devenu président Luiz Inácio da Silva, pourrait, en effet, retourner dans l'opposition après treize ans au pouvoir. Francetv info vous résume l'enjeu de ce procès.

Pourquoi Dilma Rousseff est-elle en procès ? 

Dilma Rousseff a appelé ses partisans à "garder espoir", mais l'affaire semble particulièrement mal engagée pour la présidente suspendue. La commission parlementaire mandatée en mars a enquêté sur les accusations de maquillage des comptes publics pour dissimuler un déficit trop important en 2014. Cette mécanique, dite de "dribble fiscal" ou de "pédalage budgétaire"consiste à financer des dépenses budgétaires par des emprunts aux banques publiques permettant d'en retarder le débit. Une astuce à laquelle ont eu recours tous les présidents. Le 7 octobre 2015, le tribunal des comptes de l’Union a rejeté à l’unanimité les comptes publics brésiliens de 2014. C’est la première fois qu’un budget n'est pas validé depuis 1937, rapporte Courrier International.

Mais comme le rappelle Le Monde, Dilma Rousseff n'a fait l'objet d'aucune investigation concernant un éventuel enrichissement personnel. La commission parlementaire devait évaluer si la présidente s'est rendue coupable d'un "crime de responsabilité". 

Quelle est sa défense ? 

La dirigeante clame son innocence depuis le début de la procédure. Plusieurs sénateurs de gauche, et soutiens de Dilma Rousseff, ont soulevé le 25 août des questions de procédure, toutes rejetées. Ils dénonçaient "un tribunal d'exception" et un procès "sans fondement juridique".

Lors d'une lettre ouverte lue devant la presse et postée sur les réseaux sociaux, le 16 août, la dirigeante a appelé à mettre fin "à la procédure de destitution, en reconnaissant face aux preuves irréfutables qu'il n'y a pas eu crime de responsabilité, que je suis innocente". 

Dilma Rousseff a promis ainsi de se battre "avec la même force que quand (elle avait) lutté contre la dictature militaire", et a dénoncé un "coup d'Etat" institutionnel mené par le principal bénéficiaire de la manœuvre : Michel Temer, son ancien allié de la coalition et vice-président, devenu rival. 

Qualifié d'"usurpateur" par la présidente, ce dernier assume l'intérim depuis que la dirigeante a été suspendue le 12 mai. Et si cette dernière est destituée, l'homme fort du Parti du mouvement démocratique brésilien (centriste), PMDB, pourrait rester à la tête du pays, en attendant les prochaines élections présidentielles et législatives en 2018.

"Quelle est la morale de ce Sénat pour juger Dilma Rousseff ?", s'est interrogée de son côté la sénatrice Gleisi Hoffmann (PT). Plus de la moitié des sénateurs présents, dont elle-même, sont en effet, soupçonnés de corruption ou font l'objet d'une enquête judiciaire.

Quand sera rendu le verdict ? 

L'issue du procès est attendue mardi 30 ou mercredi 31 août. Mais la décision du Sénat ne risque pas de créer de surprise. La destitution requiert un vote aux deux tiers des parlementaires, soit 54 sur 81. Dilma Rousseff étant particulièrement impopulaire et isolée dans son propre camp, une nette tendance s'est dégagée en faveur de sa destitution dès le premier jour du procès. 

Ricardo Lewandowski, le président du Tribunal suprême fédéral (STF), qui dirige les débats, a toutefois appelé les sénateurs, transformés en "juges" pour l'occasion, à "laisser de côté leurs positions idéologiques et partisanes".