Aung San Suu Kyi se pose comme médiatrice

Aung San Suu Kyi, 1996.
Aung San Suu Kyi, 1996. (© AFP)

L'opposante a pu rencontrer vendredi des diplomates étrangers au sujet des sanctions imposées au régime militaire birman

L'opposante a pu rencontrer vendredi des diplomates étrangers au sujet des sanctions imposées au régime militaire birmanL'opposante a pu rencontrer vendredi des diplomates étrangers au sujet des sanctions imposées au régime militaire birman

Signe d'ouverture de la part de la junte ? Changement de stratégie de la part de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi ?

Toujours est-il que conformément à une demande effectuée auprès de la junte, Mme San Suu Kyi a pu rencontrer dans la matinée des représentants de l'Australie, des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne.

Cette rencontre ne doit rien au hasard. Elle est la conséquence d'une lettre écrite fin septembre par l'opposante au généralissime Than Shwe, homme fort de la junte, dans laquelle elle avait proposé des solutions pour aider à la levée des sanctions.

Ces dernières ont été imposées à la Birmanie par Washington en 1988, après l'écrasement de manifestations en faveur de la démocratisation dont on estime qu'il avait coûté la vie à 3.000 personnes. Des sanctions de l'Union européenne sont par ailleurs appliquées depuis 1996 et ont été renforcées après la répression de manifestations des moines bouddhistes à l'automne 2007.

Au-delà de la question des sanctions, le courrier témoigne ainsi de la volonté d'Aung San Suu Kyi d'éviter désormais l'affrontement direct et de laisser la porte ouverte aux discussions avec ceux qui l'ont maintenue en détention pendant 14 des 20 dernières années.

Agée de 24 ans, la dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), a en effet passé 14 des 20 dernières années en résidence surveillée ou en prison, et a vu son assignation à résidence prolongée d'un an et demi en août, pour avoir laissé un Américain, arrivé à la nage en traversant le lac qui jouxte sa maison, séjourner chez elle pendant deux jours.

Aujourd'hui, elle reste privée de liberté mais elle est de nouveau active. "Avec cet entretien, Aung San Suu Kyi a pu refaire de la politique, car c'est une politicienne", a d'ailleurs noté Nyan Win l'un des avocats de l'opposante et le porte-parole de son parti. "Le rythme s'accélère", relevait pour sa part un diplomate étranger en poste à Rangoun.

La rencontre

De source proche du ministère de l'Intérieur birman, on indique que la lauréate du prix Nobel de la paix a été conduite à une résidence d'Etat où elle s'est entretenue pendant une heure avec les numéros deux des missions diplomatiques américaine et australienne ainsi qu'avec l'ambassadeur deGrande-Bretagne, qui représentait l'Union européenne.

C'est la troisième fois en six jours que la dictature birmane permet à Aung San Suu Kyi de prendre part à des rencontres en dehors de la villa où elle vit assignée à résidence. Samedi dernier, puis mercredi, elle a ainsi rencontré le ministre birman du Travail Aung Kyi, qui fait office depuis deux ans d'officier de liaison entre elle et la junte au pouvoir.

Encouragement au dialogue

Ces événements donneront de nouveaux arguments aux partisans du dialogue. L'administration Obama est convaincue qu'il faut, tout en maintenant la pression sur les militaires, discuter avec eux. Et ils sont de plus en plus nombreux à soutenir cette idée, parmi lesquels il convient désormais de compter Mme Suu Kyi elle-même.

Outre la situation de Des sanctions ont été imposées à la Birmanie par Washington en 1988, après l'écrasement de manifestations en faveur de la démocratisation. On estime à 3.000 le nombre de personnes tuées dans cette répression. Des sanctions de l'Union européenne sont appliquées depuis 1996. Elles ont été renforcées après la répression de manifestations conduites par des moines bouddhistes à l'automne 2007.