Trois questions pour comprendre le krach boursier en Chine

Une femme inquiétée par la chute des cours de la Bourse de Shanghaï à Nantong, dans la province du Jiangsu (Chine), le 8 juillet 2015.
Une femme inquiétée par la chute des cours de la Bourse de Shanghaï à Nantong, dans la province du Jiangsu (Chine), le 8 juillet 2015. (XU CONGJUN / IMAGINECHINA / AFP)

Les bourses chinoises ont reculé de plus de 30% en trois semaines, perdant l'équivalent d'une douzaine de fois le PIB de la Grèce en 2014.

La Bourse de Shanghai réussit avec peine à remonter de 5%, jeudi 9 juillet, rapporte le quotidien Les Echos. Une bonne nouvelle, alors que les cours chinois se sont effondrés de 30% en trois semaines, malgré les efforts du gouvernement chinois pour tenter d'enrayer le krach. Face à cette situation, qui pourrait durement affecter l'économie mondiale, la panique gagne les marchés chinois.

Mais pourquoi les cours ont-ils chuté aussi rapidement ? Francetv info répond à trois questions sur le krach boursier en Chine.

Quelle est la cause du krach ?

Les Chinois ont commencé à investir en bourse après l'explosion de la bulle immobilière, en 2014, rappelle Capital. Le gouvernement a largement encouragé ces placements, pour augmenter l'investissement dans les entreprises nationales, qui souffraient du ralentissement de la croissance (7% au premier trimestre 2015, après 7,4% en 2014). Conséquence : la Bourse de Shanghai a gagné 150% entre juin 2014 et mai 2015.

Tout s'est envenimé lorsque le gouvernement a tenté de ralentir la spéculation, le 13 juin dernier. Les autorités de régulation ont limité le recours des particuliers aux "opérations sur marge", qui consistent à acheter des actions en s'endettant. Les transactions réalisées avec des fonds empruntés en dehors de ces "opérations sur marge" ont en outre été interdites, rapporte Le Figaro.

Des annonces qui ont affolé les particuliers, qui représentent 80% des investisseurs, selon la BBC (en anglais). Ils ont massivement vendu leurs actions, imitant "leurs amis et leur famille", explique la chaîne britannique. Les investisseurs de longue date, qui avaient déjà réalisé un profit important, ont en outre quitté la bourse pour éviter de perdre trop d'argent.

Comment le gouvernement tente-t-il d'endiguer la crise ?

Pékin tente depuis plusieurs semaines de contenir le "sentiment de panique" qui accompagne la chute des cours, selon les mots du porte-parole de la Commission de réglementation boursière chinoise, cité par Le Figaro. Le gouvernement, qui a poussé la population à investir pour compenser le ralentissement de la croissance, est en effet en partie à l'origine de la bulle financière. Et il craint à présent la faillite des petits investisseurs, qui se sont largement endettés pour profiter de l'envolée boursière.

Pour tenter de calmer les marchés, Pékin a promis d'offrir des "liquidités abondantes" aux maisons de courtage pour qu'elles maintiennent leurs "opérations sur marge", rapporte le Huffington Post. En échange, elles se sont engagées à acheter les actions des grandes entreprises d'Etat.

Les autorités de régulation ont en outre suspendu la cotation de plus de 1 300 entreprises, soit 40% de la cote, afin d'empêcher que leurs titres ne continuent de chuter. Mais un retour de bâton est possible : ne pouvant plus vendre ces actions, les investisseurs ayant besoin de liquidités risquent de vendre les titres qui ne sont pas encore suspendus, explique le Huffington Post.

Ces mesures exceptionnelles ne semblent pourtant pas fonctionner et le gouvernement pourrait intervenir encore davantage pour stopper le krach, selon ChallengesPékin, qui comptait sur l'envolée boursière pour approfondir ses réformes du secteur financier et rééquilibrer son économie, craint en effet une crise politique, après la crise financière.

Quelles seront les conséquences pour l'économie chinoise ?

A court terme, la chute des actions devrait causer des dommages "gérables" sur l'économie chinoise et mondiale, selon la Société générale, citée par Les Echos. "L'exposition des ménages au marché actions a augmenté, mais elle demeure relativement faible", explique ainsi Wei Yao, chez SG CIB. Les 90 millions d'investisseurs chinois ne représentent que 7% de la population du pays. Et le "pourcentage de personnes utilisant l'effet de levier des opérations sur marge est encore plus négligeable. On les trouve parmi la population la plus riche, qui a une faible propension marginale à consommer."

Les dépenses des ménages ne devraient donc pas être trop durement affectées par le krach boursier. Lorsque les cours de Shanghai ont perdu la moitié de leur valeur, entre 2007 et 2008, la consommation des ménages est restée stable. "Nous avons des raisons de penser que la situation sera similaire", poursuit Wei Yao.

Les conséquences du krach pourraient toutefois être plus graves à plus long terme, selon Les Echos. Le quotidien explique en effet que les particuliers investissaient en bourse pour se constituer une retraite. En outre, "les dommages pourraient être beaucoup plus graves concernant les réformes structurelles et la restructuration de la dette, si le financement de l'économie par les marchés devait ralentir", prévient Wei Yao.

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