Thaïlande: Prayut, militaire à poigne, s'impose dans le jeu politique

Le général Prayut Chan-O-Cha a officiellement été nommé par le roi de Thaïlande à la tête de la nouvelle junte militaire, lors d\'une cérémonie au quartier général de l\'armée, à Bangkok, le 26 mai 2014. 
Le général Prayut Chan-O-Cha a officiellement été nommé par le roi de Thaïlande à la tête de la nouvelle junte militaire, lors d'une cérémonie au quartier général de l'armée, à Bangkok, le 26 mai 2014.  (PORNCHAI KITTIWONGSAKUL / AFP)

Depuis le coup d’Etat du 22 mai 2014, le général Prayut Chan-O-Cha a été désigné officiellement par le roi de Thaïlande, Bhuminol, comme chef du Conseil national pour le maintien de la paix et de l’ordre. Ce militaire pro-monarchie et anti-Taskin a réussi à s'immiscer au cœur de la vie politique thaïlandaise en se posant en défenseur de la Nation et de la monarchie.

Le général Prayut, 60 ans, doit normalement prendre sa retraite et quitter l'armée de Terre, qu'il dirige depuis 2010, fin septembre 2014. Mais dès l'instauration de la loi martiale, le chef suprême de l’armée a prévenu qu'il ne partirait pas si la crise politique, qui a fait 28 morts en sept mois de manifestations anti-gouvernementales, n'était pas résolue.

Depuis le coup d'Etat dénoncé par la communauté internationale, la junte a suspendu en grande partie la Constitution, concentrant tous les pouvoirs entre les mains du général Prayut Chan-O-Cha. Son implication dans le jeu politique thaïlandais n’étonne personne dans un pays qui a vécu 12 coups d’Etat et 19 tentatives depuis l'établissement de la monarchie constitutionnelle en 1932.

«Bras droit de la reine»
Sa volonté d'apparaître comme un sauveur de la Nation cache mal son allégeance envers le palais royal. «Plus que ça, il est le bras droit de la reine», dont il a dirigé la Garde, insiste Pavin Chachavalpongpun, de l'université de Kyoto. 

Une note diplomatique américaine, diffusée par le site WikiLeaks, indique que Prayut a soutenu le putsch en 2006 contre l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra qui reste, malgré son exil à Dubaï, un facteur de division dans le pays.

En fervent opposant de Thaksin, Prayut s’était immiscé dans la campagne des élections législatives de 2011, appelant à voter pour les «bonnes personnes» dans une déclaration en uniforme sur deux chaînes de l'armée. Son intervention télévisée était apparue comme une attaque directe contre Yingluck Shinawatra, sœur de Thaksin, devenue néanmoins Première ministre. Prayut avait fini par accepter sa nouvelle interlocutrice, destituée par la justice avant le dernier coup d’Etat.

Numéro 2 de l'armée en 2010
Des observateurs l'ont décrit comme l'artisan de l'assaut militaire du 19 mai 2010 contre le camp retranché des Rouges qui occupaient le centre de Bangkok pour réclamer la démission du gouvernement de l'époque. Il était alors numéro deux de l'armée de Terre lors cette crise qui a fait plus de 90 morts et 1.900 blessés.

Aujourd'hui, «il n'aurait aucun scrupule à tirer sur les Chemises rouges», estime Paul Chambers, politologue à l'université de Chiang Mai, alors que certains observateurs prédisent une riposte des Rouges au coup de force militaire. D'autant plus que son jeune frère, Preecha, est à la tête de la 3e armée dans le nord du pays, fief des partisans de Thaksin.

Amateur de golf
Né le 21 mars 1954 dans la province de Nakhon Ratchassima, dans le nord-est du pays, Prayut devient commandant des Gardes de la reine en 1980. Cet amateur de golf, père de jumelles, est ensuite promu à la tête de la première armée (centre du pays, dont Bangkok) en 2006, avant de devenir numéro deux de l'armée de Terre en 2009, puis d'en prendre le commandemant l'année suivante.

L’incertitude sur l’état de santé du roi Bhuminol Abdulyadej, 86 ans, a pu inciter Prayut à entrer dans le jeu politique, craignant que le problème de sa succession ne vienne aggraver la crise, analyse David Camroux, professeur à Sciences PO, dans Le Monde

«Pour que le pays revienne à la normale», les forces armées «doivent prendre le pouvoir à partir du 22 mai (2014) à 16h30 (11h30 à Paris)», a-t-il déclaré ce jour-là à la télévision, mettant en avant la violence durant sept mois de crise.


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