INFOGRAPHIES. Comment l'Indonésie accélère les exécutions d'étrangers

Des employés de la morgue transportent le cercueil du Brésilien Rodrigo Gularte, exécuté, mercredi 29 avril 2015, à Jakarta (Indonésie).
Des employés de la morgue transportent le cercueil du Brésilien Rodrigo Gularte, exécuté, mercredi 29 avril 2015, à Jakarta (Indonésie). (BAY ISMOYO / AFP)

Huit détenus ont été fusillés, mercredi 29 avril. Des exécutions qui avivent encore un peu plus l'inquiétude sur le sort du Français Serge Atlaoui, condamné à la peine capitale dans le pays.

Huit personnes condamnées à mort pour trafic de drogue, dont sept étrangers, ont été fusillées en Indonésie, mercredi 29 avril, à l'aube. Ces exécutions font craindre que le Français Serge Atlaoui, également condamné à la peine capitale dans une affaire de drogue, subisse le même sort. "Il est anéanti, rapporte sa femme, Sabine, qui s'est entretenue avec lui. Il a besoin de pouvoir en parler, ça a été vraiment terrible, et ça l'est encore."

Après une pause dans l'application de la peine de mort, l'archipel accélère ses exécutions, selon les chiffres communiqués par plusieurs chercheurs et ONG. Francetv info dresse le tableau de l'évolution de ces condamnations dans le pays, depuis la fin de la dictature de Suharto, en 1998.

Une nette accélération des exécutions

L'Australie et le Brésil – deux pays hostiles à la peine capitale – dénoncent la décision du président indonésien, Joko Widodo, au pouvoir depuis juillet 2014, d'accélérer le rythme des exécutions après un moratoire de cinq ans, et alors que le nombre d'exécutions est "modéré" depuis 1998.

Il est difficile d'obtenir des données détaillées et actualisées. Entre 1982 et 1997, sous la dictature de Suharto, l'Indonésie a condamné 34 personnes, dont 7 ont été exécutées, selon une étude de l'ONG locale Imparsial (en anglais), publiée en 2010. Aujourd'hui, l'Indonésie compte au moins 140 condamnés à mort en attente de leur exécution, selon le dernier rapport d'Amnesty International, tandis que le procureur général du pays en recensait 131 en janvier.

Un grand nombre d'exécutions liées à la drogue

En Indonésie, 60 détenus patienteraient dans les couloirs de la mort pour des affaires liées au trafic de stupéfiants, soit 46% du nombre total (contre 52,5% condamnés pour des meurtres et 1,5% pour terrorisme). Parmi ces 60 condamnés pour affaires de drogue, 34 sont étrangers, toujours selon le procureur.

En 2008, lors du précédent pic d'exécutions, celles-ci étaient réparties entre les différents chefs d'inculpation. Cette année-là fut marquée notamment par l'exécution de trois terroristes – Amrozi bin Nurhasyim, Imam Samudra et Mukhlas – impliqués dans l'attaque de Bali, en 2002, qui avait fait plus de 200 morts.

Mais l'année 2015 semble dessiner un net durcissement concernant les stupéfiants. "Nous menons une guerre contre les horribles crimes liés à la drogue qui menacent la survie de notre nation", a déclaré Muhammad Prasetyo, procureur général d'Indonésie. Ces instructions semblent entendues. Les affaires de stupéfiants représentent désormais une part importante des exécutions, comme le confirme encore cette série plus longue.

La part des étrangers est de plus en plus importante

Mercredi, un peloton d'exécution indonésien a passé par les armes huit condamnés à mort, dont sept étrangers, sur l'île prison de Nusakambangan, près de Java. Il reste un doute sur la nationalité de l'un des quatre Africains exécutés. Depuis le début de l'année, la quasi-totalité des détenus tués sont étrangers. L'Australie a rappelé son ambassadeur, imitant le Brésil, qui avait déjà pris cette mesure après la condamnation de l'un de ses ressortissants, il y a trois mois.

Alors que les chiffres sont parfois sujets à caution, l'ONG locale Kontras a dénombré 60 condamnés à mort pour trafic de drogue en juin 2013 (tableau 3 de l'appendice, en anglais). Parmi eux se trouvent 21 Indonésiens et le Français Serge Atlaoui, ainsi que des ressortissants de 17 autres pays, dont le Nigeria, la Chine et la Malaisie. Au vu du profil des dernières exécutions, leurs gouvernements respectifs peuvent nourrir des inquiétudes légitimes.

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