Pourquoi les secours tardent-ils à arriver au Népal ?

Des Népalais attendent un bus, à Katmandou (Népal), pour quitter la ville, mercredi 29 avril 2015.
Des Népalais attendent un bus, à Katmandou (Népal), pour quitter la ville, mercredi 29 avril 2015. (MANAN VATSYAYANA / AFP)

Des affrontements entre la population et la police ont éclaté à Katmandou, six jours après le séisme qui a frappé le pays. Les Népalais dénoncent l'absence d'aide internationale et l'impuissance des autorités locales.

Le gouvernement leur avait promis 500 bus gratuits pour les évacuer de Katmandou et les ramener dans leurs villages. Mercredi 29 avril, de nombreux Népalais ont dû rester à quai. "Les gens sont très en colère, confie Bikash Niraula, un comptable de 25 ans, à l'Agence France Presse. Le gouvernement est faible et ne fait rien pour nous aider."

Six jours après le séisme qui a secoué le pays, le bilan humain ne cesse d'augmenter, et s'élève à plus de 5 000 disparus et 10 000 blessés. Face à l'ampleur de la catastrophe, le gouvernement népalais et les rares associations humanitaires présentes sur place peinent à gérer la situation. De plus, le renfort international n'arrive qu'au compte-gouttes. Comment expliquer cette situation ?

Parce que l'aéroport de Katmandou est congestionné

Il n'y a qu'une seule voie aérienne pour entrer ou sortir du Népal : le petit aéroport international de Tribhuvan, dans la capitale. Depuis le séisme du 25 avril, il est complètement congestionné. Des centaines de touristes et de survivants attendent de pouvoir embarquer et de quitter le pays, certains dormant à même le sol depuis plusieurs jours. "Il faut comprendre que cet aéroport n'a qu'une seule piste et ne peut accueillir que six avions à la fois", explique Jeans Laerke, le porte-parole du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha) des Nations unies à Genève, contacté par francetv info.

Résultat, de nombreux convois humanitaires sont obligés de faire demi-tour ou de faire escale dans d'autres aéroports en attendant d'obtenir une autorisation d'atterrissage. 

Mercredi matin, le coordinateur des Nations unies au Népal, Jamie McGoldrick, a même demandé aux associations humanitaires d'arrêter de venir au Népal : "Le gouvernement local estime qu'il a assez de moyens sur place pour faire face aux besoins immédiats de recherches et de secours. Ceux qui sont en route peuvent venir, mais les autres doivent s'abstenir."

Parce que les ressortissants étrangers sont évacués

Après la catastrophe, plusieurs pays ont tenu à rapatrier leurs ressortissants au plus vite. Selon le magazine Time (en anglais), l'Inde, la Chine et le Bhoutan ont affrété des avions dès lundi. L'avion humanitaire français arrivé à Katmandou mercredi matin devait lui aussi repartir avec des ressortissants français à son bord, selon le Quai d'Orsay. 

"Le choix des entrées et des sorties au Népal est du ressort des autorités népalaises, indique Jeans Laerke, de l'Ocha, même si nous leur conseillons d'accepter en priorité les convois qui transportent de l'eau, de la nourriture ou des médicaments. Mais ce sont elles qui ont le dernier mot."

Pendant que les vols commerciaux quittent le Népal pour rejoindre les pays étrangers, les avions humanitaires sont donc toujours en attente. "C'est difficile d'expliquer pourquoi cela bloque, confie Thierry Benlahsen, le coordinateur de l'équipe d'urgence de l'association Solidarités international, contacté par francetv info. Je pense que c'est une question de priorité. Le gouvernement népalais veut d'abord désengorger l'aéroport avant de faire atterrir d'autres avions. Mais les conséquences sont terribles, car le temps presse, et le nombre de victimes ne cesse d'augmenter."

Parce que la coordination internationale manque d'informations

Lors de la préparation de toute mission humanitaire, les ONG ont pour habitude de prévenir l'Ocha, dont le siège est à New York. "On leur envoie des documents avec le nombre de personnes à venir dans le pays, la marchandise transportée, le jour de départ et l'heure d'arrivée..., explique Thierry Benlahsen. Cela leur permet d'anticiper et de gérer l'action humanitaire sur place, car ce sont les Nations unies qui organisent en priorité la coordination matérielle des associations du monde entier. Mais dans les premières 72 heures, les bureaux sont totalement débordés."

Autre problème, la coordination internationale n'est pas obligatoire : "Nous avons des bureaux sur place, à l'aéroport, qui recensent les organisations qui entrent dans le pays, mais personne n'est obligé de s'enregistrer. La plupart des grandes ONG avec qui l'on travaille depuis des années le font, mais pour les autres, on ne sait pas", indique Jeans Laerke. 

En revanche, les associations doivent obligatoirement s'enregistrer auprès des autorités locales : "Mais vu le chaos actuel et la géographie du pays, l'Etat népalais n'est peut-être pas en mesure de le faire et de regrouper les informations", présume Thierry Benlahsen.

Parce que le gouvernement népalais est dépassé

"La mise en place de la logistique est toujours compliquée et prend du temps, témoigne Thierry Benlahsen, mais là, cela prend des proportions énormes." Au-delà de ces problèmes matériels, les difficultés de coordination sont aussi politiques : "Depuis trente ans, la situation de ce petit pays de 28 millions d'habitants est très instable, indique John Elliott, journaliste, dans le magazine Newsweek (en anglais). Les gouvernements successifs n'ont jamais réussi à développer le pays, qui reste sous perfusion des aides internationales."

En 2013, le Népal se situait au 157e rang sur 187 dans le classement des pays selon l'indice de développement humain, et son PIB était de 17,3 milliards d'euros d'après la Banque mondiale, contre 43 milliards au Ghana, par exemple, qui compte également près de 30 millions d'habitants. 

Alors, comment gérer efficacement une telle catastrophe avec si peu de ressources ? "Nous n'avons clairement pas été préparés à ce genre de séisme, a avoué le ministre de la Communication népalais sur la chaîne Kantipur TelevisionIl y a eu des faiblesses dans la gestion des opérations de secours, nous n'avons pas été en mesure de répondre aux attentes des Népalais. Mais nous sommes prêts à reconnaître nos faiblesses, à apprendre et à aller de l'avant du mieux possible", a-t-il assuré, après l'intervention de la police anti-émeute mercredi matin à Katmandou, pour canaliser des populations exténuées, apeurées et en colère.

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