Un an après le départ des Rohingyas de Birmanie, "la situation est très préoccupante dans les camps"

La fuite éperdue des Rohingyas au Bangladesh en août 2017
La fuite éperdue des Rohingyas au Bangladesh en août 2017 (JULIE PIETRI / FRANCE-INTER)

Il y a un an, 700 000 Rohingyas ont fui la Birmanie et les persécutions. Aujourd'hui, les ONG estiment qu'un retour n'est pas encore possible. 

"Les conditions ne sont pas réunies" pour que les Rohingyas puissent "rentrer en Birmanie", a estimé sur franceinfo samedi 25 août Morgane Eches, coordinatrice pour Amnesty International en Birmanie. Alors que 700 000 membres de cette minorité musulmane ont quitté le pays il y a un an en direction du Bangladesh pour fuir les persécutions, plusieurs milliers d'entre elles ont manifesté samedi 25 août pour demander justice auprès de l'Organisation des nations unies (ONU). "On a du mal à croire en la bonne volonté des militaires", a également affirmé Morgane Eches.

franceinfo : La situation des Rohingyas est-elle toujours aussi préoccupante ?

Morgane Eches : Oui, c'est assez préoccupant puisque, depuis un an, la situation n'a pas beaucoup évolué dans les camps. Ils vivent toujours dans des conditions sanitaires très difficiles. De plus, il y a eu la mousson cet été qui a provoqué des éboulements de terrain. Ce sont donc des situations assez dramatiques. (...) En juin, un accord a été signé entre le Bangladesh et la Birmanie pour commencer le processus de rappatriement. Malheureusement, les conditions de ce retour n'ont pas été rendues publiques mais il est clair qu'aujourd'hui les conditions ne sont pas réunies pour rentrer en Birmanie, puisqu'il faudrait des réformes en profondeur. Il faudrait que le système d'apartheid qu'ils subissent soit démantelé, il faudrait que la question de leur nationalité soit remise sur le tapis, il faudrait qu'ils aient la possibilité de se déplacer. Malgré cet accord, on a donc du mal à croire en la bonne volonté des militaires.

Est-ce un accord de façade par rapport à la pression internationale ?

Oui, les Rohingyas vivaient dans des villages où ils ont été massacrés. Ces villages ont été brûlés et des bases militaires ont été reconstruites dessus. Il n'y a donc plus d'école, plus de marché, plus de mosquée. Où est-ce qu'ils vont donc être accueillis ? Pour le moment, la seule option est des camps de transit, entourés pour certains de barbelés, qui sont les mêmes que ceux dans lesquels ils vivaient entre 2012 et 2016, ce qui a déclenché les conflits à l'époque. On a donc du mal à croire que cet accord va être suivi de réels effets et qu'ils vont pouvoir rentrer en sécurité puisque ce sont les mêmes militaires dont ils ont subi les exactions qui entourent leur cadre de vie.

Aujourd'hui, les Rohingyas demandent l'aide de l'ONU, qui a qualifié la répression dont ils ont été victimes de "nettoyage ethnique". Quel rôle peut et doit jouer l'ONU ?

L'ONU joue un rôle central. Il y a des étapes très importantes au mois de septembre, notamment avec le Conseil des droits de l'Homme, où la communauté internationale doit jouer un rôle. (...) Il doit y avoir une pression qui doit être menée par la France pour mettre en place une enquête qui mette les responsables de ces crimes contre l'humanité en face de leurs actes. Amnesty International a identifié dans son rapport 13 militaires responsables de ces crimes. Tant que le Myanmar ne rentrera pas dans un processus de réparation, ne reconnaîtra pas ces crimes contre l'humanité, on ne peut pas envisager le retour des Rohingyas dans des conditions viables. Les enquêteurs de l'ONU n'ont même pas été autorisés à entrer pour enquêter sur le terrain. Les preuves sont en train de disparaître. C'est pourquoi nous demandons à ce que, dès le mois de septembre, une enquête soit mise en place et qu'ensuite la Cour pénale internationale puisse être saisie pour traduire les responsables en justice. On a vraiment une fenêtre de tir à ne pas rater. (...) L'Europe, le Canada et les États-Unis ont déjà imposé des sanctions ciblées contre des responsables présumés mais il faut aller beaucoup plus loin. Il faut se positionner. Pour le moment, il y a une absence de volonté politique qui fait qu'on ne passe pas la marche supérieure.

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