Rodrigo Duterte, le Donald Trump philippin, élu président par KO

Rodrigo Duterte a mené une campagne à la Donald Trump.
Rodrigo Duterte a mené une campagne à la Donald Trump. (NOEL CELIS / AFP)

Le candidat populiste Rodrigo Duterte a remporté l'élection présidentielle philippine avec une avance confortable sur son principal rival, Mar Roxas, qui a reconnu sa défaite. Le Donald Trump philippin a multiplié les déclarations et les promesses fantaisistes.


«C'est avec humilité, une humilité extrême, que je l'accepte, ce mandat du  peuple. J'éprouve de la reconnaissance envers  le peuple philippin. Ce que je peux vous promettre, c'est que je vais faire tout ce que je  pourrais, non seulement le jour mais même pendant mon sommeil», promet Rodrigo Duterte. Au terme de sa campagne électorale anti-élite, l’avocat de 71 ans a recueilli plus de six millions de voix sur son principal adversaire Mar Roxas. Retour en déclarations tonitruantes et promesses irréalistes sur une présidentielle menée à la Donald Trump.
 
«Fils de pute», l’insulte s’adresse au pape François, lancée par le favori à la présidentielle philippine. La visite du pape avait provoqué un embouteillage sur l’une des îles de l’archipel. Raison suffisante pour Rodrigo Duterte pour s’en prendre publiquement au pape. Qualifié de Donald Trump philippin, l’avocat de 71 ans est connu pour ses excès de langage, ses provocations outrancières et ses méthodes pour le moins radicales.   

 
Des quatre candidats qui étaient en lice pour succéder au président libéral sortant Benigno Aquino, le maire de Davao, grande ville du sud du pays, fascine et révulse ses compatriotes et les militants des droits de l’Homme.
 
«Merde, mon problème c’est comment mettre à manger sur la table»
Son discours populiste séduit les classes populaires et joue la carte de l’outsider contre l’élite. Aux médias qui critiquent ses sorties à l’emporte-pièce, le septuagénaire rétorque : «Lorsque je deviendrai président, par la grâce de Dieu, je servirai les gens, pas vous. Merde. Mon problème c'est les gens en bas de l'échelle. Mon  problème, c'est comment mettre à manger sur la table». Un discours qui porte ses fruits. «Il est devenu le symbole de la frustration, peut-être même du désespoir,  pour ceux qui avaient placé leurs espoirs et leur confiance dans l'élite de ce pays», analyse le politologue Ramon Casiple.

 
«Les pompes funèbres seront pleines »
 Rodrigo Duterte a une recette personnelle pour endiguer la pauvreté : tuer des milliers de délinquants. Et de vanter son bilan à Davao. Les défenseurs des droits de l'Homme l'accusent en revanche d'avoir organisé des escadrons de la mort coupables d'avoir tué plus de 1.000 personnes. Il balaie les accusations d’un revers de la main et… promet de faire plus. «Oubliez les lois sur les droits de l'Homme! Si je suis élu président, je ferai exactement ce que j'ai fait en tant que  maire. Vous, les dealers, les braqueurs et les vauriens, vous feriez mieux de partir. Parce que je vais vous tuer». Résultat, selon lui, les pompes funèbres«vont être pleines à craquer». Une fois ces meurtres de masse accomplis, il va s’octroyer une grâce pour ne pas être poursuivi par la justice.

 
«J’étais en colère qu’ils l’aient violée, mais elle était si belle»
Le 17 avril, sa blague douteuse sur une missionnaire australienne victime de viol et meurtre a choqué jusqu’à son propre camp. La victime travaillait dans une prison de Davao lorsqu’une émeute avait éclaté. «Ils ont violé toutes les femmes (...) Il y avait cette missionnaire australienne (...) J’ai vu son visage et je me suis dit, putain, quel dommage. Ils l’ont violée, ils ont tous attendu leur tour. J’étais en colère qu’ils l’aient violée, mais elle était si belle. Je me suis dit, le maire aurait dû passer en premier».
 
En le portant à la tête de l’Etat, les Philippins ont exprimé leur ressentiment sur la corruption et l’inégalité qui gangrènent la société. 
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