Procès des Khmers rouges: des scènes de cannibalisme racontées par des témoins

Une cambodgienne musulmane au musée du génocide de Tuol Sleng à Phnom Penh, le 15 octobre 2014.
Une cambodgienne musulmane au musée du génocide de Tuol Sleng à Phnom Penh, le 15 octobre 2014. (AFP PHOTO/ TANG CHHIN SOTHY)

La liste des atrocités commises par les Khmers rouges entre 1975 et 1979 s’est encore allongée au cours du deuxième procès pour génocide des deux adjoints de Pol Pot encore en vie. En pleurs face au tribunal, un Cambodgien détenu à l'époque dans un camp dit avoir assisté l’exécution d’une femme dont le foie a été prélevé par ses tortionnaires pour être mangé.


Trente-sept ans après la chute du régime khmer rouge, un survivant a livré à la cour des détails sordides. Meu Peou raconte avoir été témoin de l'exécution d'une détenue dans un camp: «On lui a demandé d'enlever ses vêtements et puis ils ont entaillé son corps. Il y avait du sang partout... son foie a ensuite été prélevé et cuit pour un repas», a-t-il affirmé.

Devant ce tribunal, parrainé par l'ONU, ce témoin a également évoqué la mort de 17 membres de sa famille dont son père, musulman, mort de faim après avoir refusé de manger du porc.

Des vésicules biliaires prélevées
Ce procès, consacré aux génocides des Vietnamiens et de la minorité musulmane des Chams, a donné lieu à d'autres témoignages faisant état d'actes cannibalistes de la part des Khmers rouges. Les tortionnaires prélevaient notamment des vésicules biliaires sur certains prisonniers exécutés qu'ils faisaient sécher au soleil, selon l'un d'eux.

Les historiens avancent plusieurs explications à ces pratiques d'un autre temps à l'encontre des prisonniers: le climat général de violence extrême, la volonté d'acquérir la puissance de l'ennemi en consommant certains de ses organes ou tout simplement la faim engendrant un cannibalisme de survie chez les Khmers rouges. Mais comme le souligne l'anthropologue George Guille-Escuret, dans Le Figaro, «certains peuples en proie à la pire des famines ne recourent pas au canibalisme», l'environnement jouant un rôle clé.

En septembre 2015, un autre survivant, Sen Srun, 66 ans, racontait pour la première fois devant le tribunal que des gardiens khmers rouges, dont certains n'étaient qu'adolescents, «faisaient des concours à celui qui tuerait le plus de personnes par heure». «L'un d'eux a atteint un record avec 70 personnes tuées en une heure», affirmait cet ex-prisonnier du Wat Au Trakuon, transformé en camp de détention pour des milliers de personnes, dans la province de Kampong Cham (nord-est).


Deux accusés déjà condamnés à la prison à vie
​L'idéologue du régime Nuon Chea, 89 ans (le «Frère numéro deux»), et Khieu Samphan ont déjà été condamnés à la prison à vie dans un premier procès. Le deuxième se penche, depuis 2014, sur les accusations de génocide des Vietnamiens et de la minorité musulmane cham. Il ne concerne pas les massacres de masse de l'ensemble de la population cambodgienne qui ne sont pas considérés par les Nations Unies comme un génocide.

Plusieurs dirigeants clés du régime génocidaire, responsable de la mort de la mort d'au moins 1,7 millions de personnes, sont morts sans être jugés, y compris Pol Pot, le «Frère numéro un», décédé en 1998.
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