Philippines : Duterte déclare la guerre à la drogue et la criminalité

Un policier à la recherche de preuves après que des supposés trafiquants de drogue ont été tués par les forces de l\'ordre dans un quartier musulman de Manille, le 3 juillet 2016. 
Un policier à la recherche de preuves après que des supposés trafiquants de drogue ont été tués par les forces de l'ordre dans un quartier musulman de Manille, le 3 juillet 2016.  (TED ALJIBE / AFP)

30 trafiquants tués. Plus de 17 millions d’euros de produits illicites saisis par les autorités philippines le 4 juillet et 5 policiers licenciés, accusés de lien avec la drogue. Le tout quatre jours seulement après l’investiture officielle de Rodrigo Duterte comme président. Depuis son élection à la tête du pays en mai 2016, le nouveau président a lancé une véritable guerre contre criminels.


«Vous, les dealers, les braqueurs et les vauriens, vous feriez mieux de partir. Parce que je vais vous tuer», avait déclaré le président philippin. Rodrigo Duterte a également promis de rétablir la peine de mort, pourtant abolie en 2006. Une répression à marche forcée qui rappelle les méthodes qu’il employait lorsqu’il était maire de Davao, la plus grande ville du pays.

Surnommée Le petit Nicaragua des Philippines pour sa violence, Davao était le théâtre d’importants trafics de drogue. Pour endiguer le phénomène, des escadrons de la mort ont été missionnés. Les Davao Death Squad auraient effectué plus d’un millier d’exécutions sommaires, visant les petits criminels ainsi que les dealers. L’édile de Davao avait toujours nié être à l’origine de ces escadrons avant de capituler en mai 2015, quelques mois avant l’annonce de sa candidature à la présidentielle. En 2009, il déclarait déjà : «Si vous avez des activités illégales dans ma ville, si vous êtes un criminel (…), vous êtes une cible légitime d’assassinat.»

Une prime pour tuer des trafiquants de drogue
Fort de son bilan en tant que maire, Rodrigo Duterte a surfé sur cette image d’homme à poigne dans un pays rongé par la criminalité et l’inégalité. Lors de la campagne présidentielle, il s’était donné trois à six mois pour bannir ces fléaux des Philippines. Pour tenir parole, le dirigeant philippin a promis des primes à tous ceux qui «abattraient» des narcotrafiquants, promettant jusqu’à 107.000 euros pour un baron de la drogue mort. Le président Duterte a aussi assuré qu’il tuerait des dizaines de milliers de criminels durant son mandat unique de six ans.


Le 1er juillet, un corps criblé de balles a été retrouvé dans un bidonville de Manille avec l’inscription «Je suis un baron de la drogue chinois». Un assassinat, au lendemain de l’intronisation de Rodrigo Duterte, qui fait dire à un responsable de la police locale que ce meurtre porte toutes les marques d’une exécution extrajudiciaire. Les médias locaux font également écho de plusieurs exécutions de suspects présumés par des commandos non identifiés. Un mode opératoire qui fait penser, encore une fois, à celui instauré par le président philippin dans la ville de Davao.

Cette ligne dure attise la défiance d’un bon nombre de ses opposants qui s’effraient de la fin d’un état de droit. Son prédécesseur à la présidence du pays, Benino Aquino, soupçonne M.Duterte d’être «un dictateur en puissance», qui n’a jamais caché que son modèle était Ferdinand Marcos, dirigeant du pays de 1972 à 1986. Président, cumulant la fonction de Premier ministre des Philippines pendant plus trois ans, le dictateur est accusé par Transparency Agency d’avoir instauré l’une des plus grandes «kleptocraties» au monde. On estime à environ 100 milliards de dollars, les fonds qu’il aurait détournés.
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