Maldives : comment le paradis des touristes a sombré dans une grave crise politique

Des policiers maldiviens montent la garde près du siège du principal parti d\'opposition, le 6 février 2018 à Malé, au lendemain de l\'instauration de l\'état d\'urgence.
Des policiers maldiviens montent la garde près du siège du principal parti d'opposition, le 6 février 2018 à Malé, au lendemain de l'instauration de l'état d'urgence. (REUTERS)

Le président de cet archipel a fait arrêter deux magistrats de la Cour suprême, qui avait annulé la condamnation de neuf dissidents politiques. La France déconseille aux touristes de se rendre sur place.

Avis de tempête sur les Maldives. Cet archipel de l'océan Indien, surtout connu pour ses plages de sable immaculé qui attirent plus d'un million de touristes chaque année, est le théâtre d'une crise politique sans précédent.

Dans un coup de force, le président Abdulla Yameen, en place depuis 2013, a fait arrêter deux juges de la Cour suprême, mardi 6 février, et a déclaré l'état d'urgence. De quoi provoquer l'inquiétude de l'opposition et de la communauté internationale, dont la France, qui recommande à ses ressortissants d'éviter le pays. Franceinfo revient sur cette crise qui a révélé le côté sombre de ce petit paradis pour les touristes.

1er février : la Cour suprême défie le président

Tout commence jeudi 1er février, quand la Cour suprême du pays inflige un camouflet au président. Elle décide de casser la condamnation de neuf opposants au régime, donc celle de l'ancien président Mohamed Nasheed à treize ans de prison pour terrorisme.

Ces condamnations étaient de "nature contestable et avaient des motivations politiques", estiment les juges. Un pied de nez au pouvoir, qui ouvre également la voie à une candidature de Mohamed Nasheed, actuellement en exil, à l'élection présidentielle prévue cette année.

5 février : le pouvoir décrète l'état d'urgence

Mais le pouvoir maldivien résiste. Il refuse d'appliquer l'arrêt de la Cour suprême et de libérer les prisonniers politiques. Lundi 5 février au soir, la situation bascule, quand le gouvernement décrète l'état d'urgence pour quinze jours.

Le lendemain matin, au petit jour, le président de la Cour suprême et un autre de ses cinq juges sont arrêtés pour "corruption" par des policiers lourdement armés. Les trois juges restants reviennent sur leur arrêt ordonnant la libération des opposants, "à la lumière des inquiétudes exprimées par le président".

6 février : le président parle de "conspiration"

Celui-ci s'explique dans une allocution télévisée, mardi 6 février. Il affirme être la cible d'une "conspiration" pour le destituer, qui serait menée par le président de la Cour suprême. "J'étais dans l'obligation de décréter l'état d'urgence, car il n'y avait aucun autre moyen d'enquêter sur ces juges", explique-t-il.

L'ex-autocrate Maumoon Abdul Gayoom, demi-frère du président Yameen mais récemment passé dans l'opposition, a lui aussi été arrêté, lundi. Le Parlement, où l'opposition détient désormais sur le papier la majorité absolue, est suspendu depuis samedi.

6 février : l'opposition cible une action "illégale"

L'opposition en exil s'alarme. "Le président Yameen a illégalement décrété la loi martiale et s'est emparé de l'Etat. Nous devons l'évincer du pouvoir", a déclaré Mohamed Nasheed dans un communiqué, appelant à l'aide "l'Inde et les Etats-Unis". "Nous voudrions que le gouvernement indien envoie un représentant, appuyé par son armée, pour libérer les juges et les détenus politiques", a-t-il demandé.

Voisine des Maldives, l'Inde y est déjà intervenue en 1988, pour empêcher un coup d'Etat visant justement Maumoon Abdul Gayoom, l'opposant arrêté lundi. Jusqu'ici, New Dehli s'est dite "perturbée" mais n'a pas engagé d'action contre le pouvoir local.

6 février : les Nations unies s'inquiètent

La situation inquiète les Nations unies, qui ont appelé mardi le gouvernement maldivien à "respecter la Constitution et la primauté du droit" et à "lever l'état d'urgence le plus rapidement possible".

L'archipel pourrait être touché financièrement par cette crise. La France a déconseillé à ses ressortissants de s'y rendre, mais c'est le fait que la Chine ait émis un avertissement similaire qui aura le plus de poids, car c'est le premier pays de provenance des touristes, surtout en février pour la fête du printemps chinois. Depuis le début de cette crise, une partie des hôtels prisés des étrangers ne prend plus les réservations. Et un "calme trompeur" règnait mercredi, selon le journaliste de l'AFP sur place, dans le paradis des amateurs d'eaux turquoises.

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