Le Pakistan pleure le chanteur soufi Amjad Sabri, assassiné par les talibans

Les funérailles d’Amjad Sabri ont rassemblé les Pakistanais de toutes confessions, indignés de son assassinat par deux inconnus à moto. Le chanteur soufi était adulé dans tout le pays. Une faction des talibans pakistanais a revendiqué l’attentat.


Les rues de Karachi étaient noires de monde. Les funérailles du célèbre chanteur soufi Amjad Sabri ont rassemblé des milliers de Pakistanais jeudi 23 juin 2016. Hommes et femmes, sunnites et chiites, ont tenu à lui rendre un dernier hommage. Une marée humaine en deuil a entouré l'ambulance transportant sa dépouille. Des participants arboraient des brassards noirs, d'autres des turbans de couleur en fonction de leur affiliation religieuse.

 
La veille, deux inconnus à moto ont tiré sur le chanteur alors qu'il se rendait  en voiture vers un studio de télévision pour un concert prévu dans une émission spéciale ramadan. Atteint de cinq balles, il a été déclaré mort à son arrivée à l’hôpital. Pour les autorités, il ne fait aucun doute : c’est un acte terroriste. Le Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP, mouvement des talibans pakistanais) a revendiqué son assassinat.



Amjad Sabri était une star fédératrice au Pakistan. Le quadragénaire était «qawwal», un interprète de «qawwali», une forme traditionnelle de musique religieuse islamique très appréciée en Asie du Sud, et dont l'origine remonte au XIIIe siècle. Amjad Sabri était le fils d'un chanteur de qawwali légendaire, Ghulam Farid Sabri, décédé en 1994. Des chaînes de télévision ont retransmis l'enterrement en direct. «Amjad Sabri était une des voix les plus puissantes de la musique qawwali contemporaine. Il savait que l’art du qawwali n’était pas un jeu d’enfant. Et donc il ne dénaturait pas les compositions originales. Ce qu’il faisait c’était d’ajouter sa touche personnelle», note le quotidien Dawn


«Choqué et attristé par l'annonce du meurtre d'Amjad Sabri : ce n'est pas juste un crime mais une attaque à l'encontre de notre culture et notre patrimoine», s’est indigné Mustafa Qadri, membre d’Amnesty International. La musique «qawwali» est associée au soufisme, une branche mystique de l'islam, considérée comme hérétique par certains groupes islamistes radicaux.

Les talibans, ainsi que d'autres groupes extrémistes ont mené une série d'attaques ces dernières années contre des mosquées et des sites soufis. En 2010, un attentat à la bombe avait frappé le mausolée de Data Darbar à Lahore, tuant plus de 40 personnes.
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