Le manque de coopération de Colombo pour l'enquête sur un massacre

Le président srilankais Mahinda Rajapakse, devant des supporters, à Colombo, le 19/11/2010
Le président srilankais Mahinda Rajapakse, devant des supporters, à Colombo, le 19/11/2010 (AFP/ISHARA S.KODIKARA)

Après la guerre civile entre les Tigres tamouls et l'armée cinghalaise, les Etats-Unis souhaitent qu'une enquête de l'ONU soit menée sur un possible massacre de la population tamoule. Colombo plaide, lui, pour un processus de réconciliation dont l'échéance n'est pas déterminée.

Le conflit entre la minorité tamoule (25% de la population), peuplant le nord du pays, et la majorité cinghalaise au pouvoir a fait entre 80.000 et 100.000 morts entre 1972 et 2009, selon l’Onu.


Demande d'enquête sur un massacre
En avril 2011, un rapport d'experts de l'Onu a conclu que des «milliers de morts» civils pourraient s’apparenter à des «crimes de guerre» et à des «crimes contre l’humanité». Il impute d’éventuels crimes de guerre aux deux camps.

Comme les chefs des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) ont été tués par l’armée sri-lankaise, seuls des responsables du gouvernement de Colombo pourraient se retrouver devant la justice internationale. 

Les faits qui leur sont reprochés : bombardements des hôpitaux, refus d’une aide humanitaire aux civils, qui ont été victimes d’une violation des droits de l’Homme dans la zone des combats ainsi qu’à l’extérieur.

Selon la commission d’enquête, le bilan de quelque 40.000 civils tués ne peut être écarté. Les experts réclament une enquête internationale en bonne et due forme. Ban ki-moon, le secrétaire général de l’Onu, a indiqué en avril 2011 qu’«il ne peut l’ordonner qu’avec le consentement du pays hôte».  


Enquête de la police australienne sur trois hauts responsable sri-lankais, dont le président


NewsOnABC, le 18 octobre 2011


Mise en place d'une commission de réconciliation
Le Sri Lanka a qualifié ce rapport de «vicié». Fin 2011, Colombo a publié son propre rapport qui blanchit l‘armée de crimes délibérés contre les civils. Pour Washington, ce rapport, contient des recommandations importantes, mais Colombo doit «s’occuper des problèmes dont le rapport ne parle pas».

Pour gagner du temps, et mener à bien le processus, Colombo a exploré une autre voie en créant une commission enseignement et réconciliation.

Quant au président srilankais, Mahinda Rajapakse, il a déclaré dans Entreprendre, qu’il «s’agissait lors de la bataille contre le LTTE, de restaurer les droits de l’Homme dans le Nord… et qu’à chaque fois que des dérives ont été constatées, nous avons châtié les coupables et les avons même emprisonnés». Il a indiqué qu’il existait dans «plusieurs pays des cellules dormantes» du LTTE faisant de la propagande. 


Tracas pour Colombo
Le 5 février, venus de toute l'Europe, quelque 2.000 Tamouls se sont réunis devant le siège des nations unies à Genève. Ils ont réclamé la création d'un tribunal international pour juger «les crimes de guerre» commis au Sri Lanka. Des pancartes demandaient que Colombo publie «la liste de 18.000 détenus» et dénonçaient l'utilisation des enfants tamouls comme «des esclaves sexuels». Un de leur espoir est que le Conseil des droits de l'Homme de l'Onu, réuni jusqu'au 23 mars à Genève, adopte une résolution sur le Sri Lanka. 

Se défendant eux-mêmes, trois Tamouls ont porté plainte contre le président du Sri Lanka devant une juge aux Etats-Unis, en vertu d’une loi permettant de poursuivre des responsables étrangers accusés de tortures et d’exécutions sommaires. Ils affirmaient que trois de leurs proches avaient été tués en 2009 lors de l’offensive finale. Ils ont été déboutés, en février 2012, par la juge, considérant que le cas ne relevait pas du Torture Victims Protection Act.  

Le 24 février 2012, Colombo a eu la surprise de voir qu’un de ses généraux a été évincé d’un comité de l’ONU travaillant pour les opérations de maintien de paix. L’officier visé, le général Shavendra Silva, était à la tête de la 58e division lors des ultimes batailles de l’armée. La présidente du comité, Louise Fréchette, a pris la décision après avoir consulté les huit autres membres. «C’est contraire aux principes des Nations-Unies», a affirmé le gouvernement sri-lankais.

 

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