La mort pour un salaire de 56 euros au Pakistan

L\'atelier de confection de Karachi où 300 personnes ont péri
L'atelier de confection de Karachi où 300 personnes ont péri (AFP)

Près de 300 ouvriers ont trouvé la mort le 12 septembre 2012 dans l'incendie d'un atelier de confection à Karachi, au Pakistan. Les conditions de travail dans ce secteur d'activité restent précaires et les ONG dénoncent régulièrement les abus perpétrés. L'industrie textile, vitale pour l'économie, est en difficulté. Ce qui ne facilite pas le progrès social.

Des femmes et des enfants au travail, et cela en pleine nuit. Quatre cents salariés entassés dans cette fabrique de quatre étages ont été pris au piège. Ici, il n'y a pas d'issue de secours et des barreaux aux fenêtres. Les manquements aux normes de sécurité minimales étaient évidents dès l'arrivée des secours. Les trois propriétaires de l 'entreprise se sont rendus à la police. Qu'ils soient accusés de meurtre ne remettra certainement pas en cause les conditions de travail dans l'industrie textile.

Les ouvriers pris au piège

Pourtant, des lois protègent la sécurité des ouvriers. Mais elles sont régulièrement bafouées. D'ailleurs, la majorité des usines ne sont pas enregistrées, pour ne pas payer de taxes : neuf ouvriers sur dix n'ont pas de certificat de travail. Ce qui explique sans doute que le salaire minimum officiel soit peu ou pas respecté. Il n'est pourtant que de 7.000 roupies par mois, soit 56 euros.

Le textile au Pakistan est une activité vitale qui assure 55% des exportations, et absorbe près de la moitié de la main d'oeuvre du pays. Ainsi, Karachi compte officiellement 10.000 usines et cinq fois plus d'ateliers informels. Et que dire de Faisalabad, la 3e ville du pays, dédiée en totalité au textile, une activité qui emploie officiellement 300.000 personnes soit 80% de la main d'oeuvre.

Mais la belle mécanique se grippe. Depuis fin 2011, les exportations ne cessent de chuter victimes de la crise mondiale. On s'attend à une baisse de 25% des ventes vers l'Europe pour l'année en cours. Le Pakistan doit aussi résoudre des problèmes structurels. Ainsi, les entreprises sont confrontées à des coupures de courant récurrentes, en moyenne six heures par jour. Et bien sûr cela impacte la production. Au point que certaines usines ont fermé. Ici, l'espoir repose sur la future énergie nucléaire qui devrait permettre de fournir tout le monde.

Une économie en crise

Reportage diffusé par AlJazeera English le 29 février 2012

Le 4e producteur mondial de coton est aussi victime d'un paradoxe. Ce coton n'est guère prisé pour la confection, et le Pakistan doit donc importer de Chine de la matière première dont les prix flambent. Aussi certains industriels n'hésitent pas à externaliser leur production au Bangladesh et au Sri Lanka. Les observateurs les plus pessimistes pensent même que l'industrie textile pakistanaise est sur le point de s'effondrer.

Dans ce contexte morose, les entorses au Code du travail se multiplient. D'autant que les autorités locales, accusées de corruption, agissent mollement. Augmenter la sécurité des usines augmentera les coûts de production, et le textile pakistanais perdra en compétitivité. Cynique équation qui ne peut être combattue que par les acheteurs étrangers, appelés à aider les entreprises méritantes, en achetant plus cher la production.

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