La démocratie précaire du Bangladesh

Une femme travaillant le jute à Gopalgong, à 100 km de Dacca, le 10 août 2010
Une femme travaillant le jute à Gopalgong, à 100 km de Dacca, le 10 août 2010 (AFP/MUNIR UZ ZAMAN )

Pays politiquement instable de quelque 160 millions d'habitants où sévit une forte corruption, le Bangladesh dépend en grande partie de son industrie textile étroitement liée à ses exportations européennes. A moyen terme, il doit se préparer au réchauffement climatique qui pourrait affecter durablement son territoire.

Entre 1971 –lorsque le pays a acquis son indépendance après une guerre contre le Pakistan- et 1990, le Bangladesh n'a connu que violences et coups d’état. Depuis une démocratie minée par l’instabilité a pris le relais. Deux femmes s'affrontent régulièrement pour le pouvoir: Mme Sheikh Hasina Wajed pour la Ligue Awami (AL) et Mme Khaleda Zia qui dirige le Bangladesh National Party (BNP). Aux élections de 2009, Mme Wajed a repris le pouvoir. Pour Transparency international, l’avenir du pays –où 40% de la population vit avec moins de 1,25 dollars par jour- est peu lisible en raison de l’importance de la corruption

Climat constant de violences
A la mi-avril 2012, une figure régionale du BNP, Alias Ali, a disparu. Ses partisans affirment qu’il a été embarqué par les forces de sécurité. Une manifestation de 10.000 personnes qui réclamaient des éclarcissements a été violemment réprimée, quatre personnes ont été tuées. Le 1er mai, des arrestations ont touché les principaux leaders du BNP.

Le textile approvisionne l 'Europe
La principale richesse du pays, constitué à 90% de plaines alluviales, est son agriculture qui emploie les deux-tiers des Bangladais. Mais les trois quarts des exportations sont réalisées par l’industrie textile, véritable pilier économique. Celle-ci emploie quelque 3 millions de personnes, dont 90% de femmes. Elles travaillent pour les grandes enseignes européennes qui ont délocalisé leur production. Raison du succès de cette industrie: le coût sans concurrence de la main d’œuvre.

Répression politique au Bangladesh

 

AlJézira, le 17 mai 2012

 

Les ouvrières mènent de dures luttes afin d'obtenir des améliorations de salaires. En mai 2010, 150.0000 d'entre elles ont lancé des grèves s’étalant sur plusieurs mois. Elles ont été réprimées par l’armée. Répression qui a fait des dizaines de morts et des centaines de blessés.  Ces ouvriers qui étaient payés 17 euros par mois et réclamaient 51 euros, ont obtenu un salaire minimum de 30 euros. Pour Asia Flor Wage, le revenu minimum vital par famille est de 144 euros mensuels et 72 pour une personne seule.

Pour faire pression sur les salaires, les donneurs d’ordre européens pratiquent le sourcing, une technique qui répartit les commandes dans plusieurs pays pour choisir les coûts les plus bas. Les mauvaises conditions de travail dans les usines, sont à l’origine de fréquents incendies : le 14 décembre 2010, les locaux d'un sous-traitant de Carrefour et H&M a été ravagé par les flammes. Bilan : 28 morts.  

Chantiers navals: avenir prometteur?
Autre domaine où brillent les Bangladais, celui du démantèlement des navires. Pourtant, la première place au monde qui est la leur est chèrement acquise. Les conditions de travail nuisent à la santé des ouvriers.

Autre industrie qui pourrait prendre son essor, la construction navale. Du fait de la récession, des dizaines de milliers d’ouvriers qualifiés qui travaillaient dans ce secteur dans d’autres pays asiatiques rentrent chez eux. Or, 55% des petits navires du Bangladesh ont plus de 20 ans d’âge. Les observateurs tablent sur un marché de 1 milliard de dollars de commandes d’ici 2015. Des centaines de milliers d’emploi en perspective.

Muhammad Yunnus débloque le crédit
Le Bangladesh a pû entamer une nouvelle phase de développement grâce au micro-crédit, inventé par l’économiste Muhammad Yunnus. Son travail lui a valu le prix Nobel de l’économie 2006.

La possibilité d'emprunter de petites sommes a profité massivement aux femmes pauvres des campagnes. Sur neuf millions d’emprunteurs de la Grameen Bank, la Banque d'Etat que dirigeait M.Yunnus, 97% sont des femmes.  Cette banque s'est diversifiée dans la téléphonie, les panneaux solaires. Son succès a fait des jaloux. L'économiste de renommée mondiale a été mis d‘office à la retraite en mars 2011.   

Des villageois reconstruisant l\'embarquemenrt du quai, à Padmapukir, après un cyclone, le 3 juin 2009  l
Des villageois reconstruisant l'embarquemenrt du quai, à Padmapukir, après un cyclone, le 3 juin 2009 l (AFP/MUNIR UZ ZAMAN)

France, terre d'émigration
Conséquence de la violence politique qui règne dans le pays, de nombreux Bangladais tentent le pari de l’émigration. Ainsi, depuis deux ans, en France, les Bangladais sont devenus les plus nombreux  demandeurs d'asile. Pour enrayer l’arrivée de ces ressortissants, Claude Guéant, l’ex-ministre de l’Intérieur français a classé le Bangladesh dans la catégorie des «pays sûrs». En clair, il s'agit de dire que ces réfugiés ne seraient plus menacés dans leur pays. Pour la Cimade, «l'un des effets 'pays d'origine sûr', c'est une baisse constatée de 50 à 70% des demandes d'asile».


Le réchauffement climatique, un ennemi à affronter
Autre grand défi pour ce pays de 144.000 km2, le réchauffement  climatique. L’altitude du Bangladesh n’excèdant que très rarement 10mètres et la densité étant de 890 h/km2 (62,8 en France), un tiers de sa superficie risque submergée par les eaux. 30 millions de personnes pourraient être déplacées dans les 25 prochaines années. Désastres auquelles s'ajoutent l'érosion des côtes et la salinisation de terres.

Face à cette évolution du climat, des organisations tentent d'aider les agriculteurs. Dans le village de Belka (Gaibandha district, nord), ceux-ci sont formés à travailler dans des jardins flottants, et à élever des poissons. 

Mais une nouvelle étude financée par la Banque asiatique d'investissement minore l’intensité de la nouvelle donne climatique. Entres autres, les rivières de l’Himalaya devraient charrier 1 milliard de tonnes de sédiments pour contrer la montée des eaux. Le GIEC a indiqué « On ne peut pas parvenir à des conclusions sur la base d'une seule étude ».

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