Investir en France, un bon calcul pour des hommes d'affaires venus d'Azerbaïdjan

François Hollande rencontre son homologue azéri Ilham Aliev à Bakou, en avril 2015.
François Hollande rencontre son homologue azéri Ilham Aliev à Bakou, en avril 2015. (Azerbaijani Presidency / ANADOLU AGENCY)

Hafiz Mammadov, Javad Marandi… Nombreux sont les entrepreneurs azéris venus investir en France avec les financements tirés du pétrole de ce petit pays du Caucase. L'Azerbaïdjan en profite pour promouvoir son art de vivre en France.


Ces cinq dernières années, l'Azerbaïdjan a fait une entrée remarquée en France sur la scène culturelle ou sportive. Dernier exemple en date: le rachat des chais J.G.Monnet à Cognac par le riche industriel Javad Marandi.

Ce dernier a promis de débourser 60 millions d'euros pour transformer ces caves en hôtel de luxe. En 2013, un autre chef d'entreprise azéri, Hafiz Mammadov, avait racheté le RC Lens pour 20 millions d'euros, avant de connaître d'importantes difficultés financières. D'où provient cet argent investi en France?

Pétrodollars
Hafiz Mammadov aurait fait fortune officiellement dans son pays avec l'exploitation d'hydrocarbures. L'économie entière du pays dépend d'ailleurs presque exclusivement de ses exportations de pétrole. 90% de ses revenus proviennent de ses ressources énergétiques, d'après Le Monde.
Hafiz Mammadov, actionnaire principal du RC Lens, avec Albert II de Monaco lors d\'un match Monaco/Lens en mars 2014.
Hafiz Mammadov, actionnaire principal du RC Lens, avec Albert II de Monaco lors d'un match Monaco/Lens en mars 2014. (BEBERT BRUNO/SIPA)

Selon La Charente Libre, Javad Marandi, l'investisseur de Cognac, a, lui, plutôt réussi dans le bâtiment. Son groupe PASHA Holding a notamment construit l'hôtel cinq étoiles Four seasons Bakou et le Port Baku towers, deux immeubles modernes de 14 et 32 étages au cœur de Bakou, la capitale azérie. 

L'autoritaire président Ilham Aliev, au pouvoir depuis 2003, a lui aussi beaucoup dépensé lors de ses visites en France. Il a participé au financement d'une aile du Musée du Louvre consacrée aux arts de l'islam en 2012.

La fondation Heydar Aliev, du nom de son père et prédécesseur à la tête de l'Etat, a participé également aux réparations des vitraux de la cathédrale de Strasbourg en 2009. Même les collectivités azéries aident financièrement la France. La ville de Tovuz va rénover par exemple l'orangerie des jardins de l'hôtel de ville de Cognac pour 150.000 euros.

Soft power
Les communes françaises, avec la baisse des dotations de l'Etat, connaissent de grandes difficultés financières et l'arrivée de ces riches investisseurs de l'Est représente une aubaine. Mais pourquoi l'Azerbaïdjan s'intéresse autant à la France?

Du côté des Azéris, dépenser de telles sommes permet de faire rayonner leur culture. En échange des réparations dans l'orangerie de Cognac, par exemple, le bâtiment deviendra un lieu culturel pour célébrer l'amitié entre les deux pays d'après La Charente libre.

Pour Samuel Lussac, auteur d'une thèse sur le pétrole en Azerbaïdjan interrogé par Francetv info, le pays investit en France, notamment dans le foot, pour s'attirer un soutien dans le conflit du Haut-Karabagh. Cette région frontalière, intégrée à l'Azerbaïdjan pendant la période soviétique, tente de faire sécession et d'être rattachée à l'Arménie. Les Français sont réputés plutôt pro-arméniens et les Azéris espèrent peut-être ainsi les faire changer d'avis.
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