Des milliers de Chinois se cotisent pour aider l'opposant Ai Weiwei

Ai Weiwei discute avec un ami devant son studio pékinois, le 9 novembre 2011.
Ai Weiwei discute avec un ami devant son studio pékinois, le 9 novembre 2011. (PETER PARKS / AFP)

Condamné à une amende colossale pour évasion fiscale, l'artiste dissident chinois Ai Weiwei a déjà reçu près de 765 000 euros.

Dans son combat contre les autorités chinoises, l'artiste dissident Ai Weiwei a reçu ces derniers jours un soutien inespéré. Alors que le fisc lui réclame 15 millions de yuans (1,7 million d'euros) pour évasion fiscale, près de 24 000 Chinois ont spontanément décidé de l'aider à payer. Mercredi 9 novembre, il avait ainsi récolté plus d'un tiers de l'amende : 6,6 millions de yuans (765 000 euros).

"Tous les matins, nous ramassons de l'argent jeté dans notre cour"

Certains donateurs viennent directement déposer leur chèque au studio de l'artiste, dans la banlieue nord-est de Pékin. Sur place, des assistantes enregistrent les sommes et les noms sur un ordinateur. D'autres préfèrent effectuer un virement bancaire ou un transfert par la poste. Enfin, les plus discrets envoient par-dessus l'enceinte du studio des billets de 100 yuans (11,50 euros). "Tous les matins, nous ramassons de l'argent jeté dans notre cour. Parfois, [les billets] sont pliés en forme d'avions ou de bateaux", a détaillé Ai Weiwei à l'AFP. 

Alain de Chalvron, Sylvain Giaume, E. Cai.

Les plus audacieux en profitent pour glisser un message politique. Ainsi, le site China Digital Times (en anglais) rapporte qu'un blogueur a donné 89,64 yuans (10 euros), un nombre évoquant le 4 juin 1989 et la sanglante répression d'un mouvement prodémocratie sur la place Tian'anmen, à Pékin. 

Des billets de 100 yuans roulés en boule avant d\'être jetés derrière l\'enceinte du studio d\'Ai Weiwei, à Pékin, le 9 novembre 2011.
Des billets de 100 yuans roulés en boule avant d'être jetés derrière l'enceinte du studio d'Ai Weiwei, à Pékin, le 9 novembre 2011. (PETER PARKS / AFP)

Pour l'artiste, cette condamnation vise à le faire taire

Ces dons sont avant tout symboliques. Ai Weiwei, un artiste reconnu internationalement, n'a pas besoin d'argent. Il a d'ailleurs promis de rembourser ses sympathisants et n'est de toute façon même pas certain de payer une amende dont il conteste la légimité.

Critique régulier des autorités chinoises, il a été arrêté le 3 avril, puis détenu pendant quatre-vingt-un jours. Libéré sous caution en juin, il a été condamné début novembre pour évasion fiscale et doit payer son amende avant le 15 novembre. Mais Ai Weiwei rejette cette accusation et assure que les autorités tentent de le réduire au silence.

"Le problème est que si je paie ce qu'on me demande, cela revient à reconnaître mon délit de fraude fiscale", confiait-il à Libération (article pour les abonnés) mardi 8 novembre. S'il refuse, il risque de retourner en prison.

Sa mère veut hypothéquer la maison de famille

Si le pouvoir chinois a tant de difficultés à gérer le cas Ai Weiwei, c'est également parce que l'artiste est le fils d'Ai Qing, un poète célèbre. En 1996, à la mort de ce dernier, Hu Jintao, l'actuel président chinois, s'était rendu au domicile de la famille pour présenter les condoléances des autorités.

Lundi 7 novembre, dans une lettre ouverte (article en anglais) traduite par l'ONG Human Rights Watch, la mère d'Ai Weiwei a annoncé son intention d'hypothéquer leur maison, ajoutant qu'elle avait décroché du mur la photo de la visite de Hu Jintao. 

Un journal officiel dénonce une levée de fonds illégale

Le même jour, le quotidien officiel Global Times (article en anglais) a estimé dans un éditorial que ces dons ressemblaient à une levée de fonds illégale. Le journal a ensuite minimisé la portée de ces gestes, estimant que les donateurs étaient "extrêmement peu nombreux par rapport à l'ensemble de la population chinoise".  Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois a déclaré de son côté mercredi que "rien ne p[ouvait] changer le fait que Ai Weiwei a[it] massivement fraudé le fisc".

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