Chine : 11 ans de prison pour avoir parlé "démocratie"

(Radio France © France Info)

C'est le chef de file de la dissidence chinoise Liu Xiaobo qui a écopé de cette lourde peine ce matin. Il venait de comparaître pour "{subversion du pouvoir de l'État}". Son tort ? Être l'un des auteurs de la Charte 08, pétition réclamant une Chine démocratique. _ Les militants des droits de l'Homme voient dans ce verdict un durcissement du pouvoir chinois. La résistance s'organise sur Twitter.

Que le verdict ait été prononcé le jour de Noël, une période festive en Occident, n'est sans doute pas un hasard : les autorités chinoises, selon les militants des droits de l'Homme, profitent chaque année de cette date et de l'inattention occidentale qui en découle, pour régler le cas de ses dissidents. Précaution supplémentaire : aucun journaliste ni diplomate étranger n'a pu assister au procès mercredi, ni à la lecture du verdict aujourd'hui.
_ Enfin pour minimiser le retentissement de cette nouvelle sur son territoire, l'annonce du verdict n'a été diffusée par Chine nouvelle que sur son service anglophone.

C'était sans compter avec la réactivité de la dissidence et l'efficacité des réseaux sociaux : l'annonce de la condamnation de Liu a été immédiatement relayée par ses soutiens sur Twitter. Pékin tente bien de bloquer le site de micro-blogging, mais il reste possible d'y accéder en utilisant des moyens de contournement.
_ Résultat : ce matin, sur le fil "" créé par ses partisans, on comptait près de 80 messages par minute. Certains bloggeurs, devant le tribunal, livraient les infos, le verdict, le nom et le numéro de téléphone du juge... en temps réel. Une pétition aussi est en ligne.

Liu Xiaobo, 53 ans, a déjà connu la prison, après la répression du mouvement démocratique de Tiannanmen. Il s'était joint à l'époque, en 1989, à une grève de la faim en soutien aux étudiants qui manifestaient sur la célèbre place, quelques jours avant que l'armée n'écrase le mouvement, le 4 juin.
_ Arrêté, il avait passé vingt mois derrière les barreaux, puis trois ans en camp de travail et huit mois encore aux arrêts à domicile dans les années 1990.

Mais, cette fois, la peine est plus lourde pour cet écrivain et ancien professeur d'université. 11 ans de prison et la privation de ses droits politiques pendant deux ans. Selon sa femme, Liu Xia, qui a pu lors du verdict le voir pour la première fois depuis mars, Liu Xiaobo a décidé de faire appel.

Les ONG et les États-Unis réagissent

Dans un communiqué, l'ONG Amnesty International s'est déclarée "extrêmement inquiète pour les autres signataires de la +Charte 08+ et pour la liberté d'expression en Chine". Selon l'organisation, la Chine a condamné depuis 2003 plus de 35 personnes, pour "ce vague chef d'accusation d'incitation à la subversion du pouvoir de l'État". Parmi ces condamnations, celle de Liu Xiaobo serait la plus longue.

Réveillon ou pas, les États-Unis, les premiers, ont promptement réagi, affirmant que "la persécution d'individus pour l'expression pacifique d'idées politiques était incompatible avec les normes des droits de l'Homme reconnues internationalement". Washington appelle donc à la libération du dissident, qui "a œuvré pacifiquement à l'établissement d'un processus démocratique en Chine".

Cécile Quéguiner avec agences

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