Disparition du vol MH370 : un an après, pourquoi les familles des victimes n’arrivent pas à faire le deuil

Wang Run Xiang, la mère d\'un des passagers disparus du vol MH370, participe à un rassemblement au temple Thean Hou à Kuala Lumpur (Malaisie), le 1er mars 2015.
Wang Run Xiang, la mère d'un des passagers disparus du vol MH370, participe à un rassemblement au temple Thean Hou à Kuala Lumpur (Malaisie), le 1er mars 2015. (OLIVIA HARRIS / REUTERS)

Un après l’inexplicable disparition du Boeing de la Malaysia Airlines, reliant Kuala Lumpur à Pékin, l’enquête n’est parvenue à aucune conclusion. Une situation difficile à vivre pour les proches des 239 passagers.

Un an d’incertitude. Voilà ce que les proches des 239 disparus du vol MH370 de la Malaysia Airlines, qui s’est volatilisé le 8 mars 2014 alors qu'il reliait Kuala Lumpur à Pékin, ont vécu. Si la Malaisie a officiellement déclaré qu’il s’agissait d’un accident, le 29 janvier dernier, les recherches pour retrouver l’épave dans l’océan Indien piétinent. Et sans preuve, les familles peinent à accepter la mort de leurs proches. “Le public ne nous comprend pas, mais nous avons besoin de savoir la vérité”, a déclaré Zheng Wang, dont les parents étaient à bord du Boeing 777, selon ABC News (en anglais).

Théories complotises, détresse psychologique face à l’absence de corps et manque de communication de la part des autorités... Francetv info vous explique pourquoi les proches des victimes ne parviennent toujours pas à faire le deuil, un an après leur disparition.

Parce qu'il n'y a pas de corps

Le principal obstacle au deuil des familles des victimes du vol MH370 est l'impossibilité de les enterrer. Une expérience particulièrement traumatisante. "Vos proches se sont évaporés et vous n'avez aucune preuve de leur mort, explique Pauline Boss, spécialiste des sciences sociales, à ABC News. Les êtres humains ont besoin de voir un corps (...), ou ils se raccrocheront à jamais au mince espoir que leurs proches sont encore en vie." L'épouse d'un passager a ainsi avoué, dans une vidéo reprise par 20 minutes, ne pas pouvoir accepter sa mort tant qu'elle n'aura pas vu "au moins un doigt" ou "son manteau".

Parce que l'épave n'a toujours pas été retrouvée

Au-delà de l'impossibilité d'enterrer les victimes, c'est l'absence de preuve du crash qui pose problème aux familles. Après un an de recherche et 22 000 kilomètres carrés de fonds marins passés au peigne fin, les enquêteurs n'ont toujours pas trouvé le moindre débris au large de l’Australie, note Bloomberg (en anglais).

Quatre bateaux tentent encore de retrouver l'épave du Boeing malaisien au niveau des "quarantièmes rugissants", une région où les vents violents compliquent les recherches. Mais le Premier ministre australien, Tony Abbott, a suggéré que le dispositif pourrait bientôt être réduit, jeudi 5 mars, rapporte le Nouvel Obs.

Parce que les familles ne font pas confiance aux autorités

"Le vol MH370 de la Malaysia Airlines" a été victime d'un "accident", a déclaré le gouvernement malaisien le 29 janvier dernier. Une annonce vivement critiquée par les proches des disparus. “En cas d’accident, les familles peuvent demander les certificats de décès et la procédure d’indemnisation peut être enclenchée, détaille Anne-Sophie Gillet, présidente du comité de soutien MH370 France, à 20 minutes. On a tout simplement voulu acheter notre silence.”

Cette méfiance envers les autorités provient en partie du manque de communication du gouvernement malaisien, accusé de ne pas vouloir révéler tout ce qu'il sait du drame. Sur les 28 colonnes de données de vol enregistrées par les satellites, seules 9 ont été révélées dans le rapport sur la disparition du Boeing, rapporte Le Monde. ”Nous pourrions accepter n’importe quelle conclusion, a expliqué Jack Song, frère d'une disparue, au Telegraph (en anglais)Mais il n’y a pas d’information ! Nous ne savons rien. C’est dur à vivre et inacceptable pour nous.

Parce que les proches veulent un responsable

Les circonstances exactes de la disparition du Boeing 777 restant floues, et les théories complotistes se multiplient. Plusieurs éléments semblent suggérer que le drame était volontaire, et non accidentel. Tous les moyens de communication du vol MH370 ont été coupés en même temps et l'appareil a volé pendant près de 8 heures en suivant un trajet qui ne semble pas aléatoire, selon les données recueillies par les satellites, note Le Monde

L’avion aurait-il été détourné par des terroristes souhaitant attaquer la base américaine de Diego Garcia, située dans cette zone ? Aurait-il été abattu par erreur par des militaires, en exercice dans l'océan Indien ? Les pilotes du vol MH370 se seraient-ils suicidés, tuant tous les passagers avec eux ? “Il s’agit soit d’incompétence, d’un manque total de conscience professionnelle, ce qui revient à de la négligence criminelle, soit d’une conspiration, estime Desmond Ross, un spécialiste de la sécurité aérienne interviewé par GQ (en anglais). Qu’est-ce que ça peut être d’autre ?"

Parce que certains pensent que les passagers sont encore en vie

Pas d'épave, pas de corps... Pas de crash ? C'est le mince espoir auxquels se raccrochent plusieurs proches, convaincus que les passagers du Boeing de la Malaysia Airlines sont encore vivants. ”Que l’avion ait atteri quelque part, c’est possible aussi, a estimé Ghyslain Wattrelos, qui a perdu sa femme et ses deux enfants dans le drame, auprès de France 2Le fait qu’on ait retrouvé aucun débris milite plus pour le fait qu’il n’y a pas eu de crash.” 

Les passagers pourraient même être retenus captifs, à en croire certaines théories circulant sur le web. “Nous pensons tous, parce que beaucoup de jeunes le disent sur internet, que nos proches sont dans une zone militaire, quelque part”affirme la mère d’un disparu, citée par 20 minutes. 

Autre thèse controversée, avancée en février dernier par l’expert en aviation Jeff Wise dans les colonnes du New York Magazine (en anglais) : le Boeing de la Malaysia Airlines aurait pu être redirigé vers le Kazakhstan sur les ordres de Vladimir Poutine. Le but ? Récupérer un objet à bord de l'appareil ou faire pression sur les Occidentaux dans le cadre de la crise ukrainienne.

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