Birmanie : un couvre-feu imposé par la junte

(Radio France © France Info)

Malgré les menaces de répression de la junte militaire, 100.000 personnes ont encore manifesté dans les rues de Rangoun. Les moines promettent de recommencer tous les jours. La junte militaire veut reprendre la situation en main.

Les jours se suivent et se ressemblent en Birmanie. 100.000 manifestants hier dans les rues de Rangoun ; au moins autant aujourd'hui, malgré les menaces de la junte au pouvoir. A la fin de la manifestation, ils ont d'ailleurs promis de poursuivre leur mouvement et de manifester quotidiennement. Ce qui ne se fera sans doute pas sans mal. En fin de journée, des centaines de militaires se sont déployés dans le centre-ville de Rangoun. Et un couvre-feu a été imposé pour cette nuit, dans les principales villes du pays.

Simple manoeuvre ou réelle volonté d'en finir ? Après avoir laissé faire pendant plusieurs semaines, les militaires tentent, semble-t-il, de reprendre la situation en main. Dès hier soir, le ministre des Affaires religieuses a déclaré que des mesures seraient prises contre la hiérarchie religieuse si elle ne ramenait pas les moines dans le droit chemin. Et ce matin, le ton s'est fait franchement plus menaçant. Des camions militaires ont patrouillé dans les rues de Rangoun, les mégaphones diffusant ce message : "Nous avertissons les moines et la population de ne pas participer aux marches de protestations. Nous prendrons des mesures, conformément aux lois en vigueur."

Des mesures ? On sait à quoi s'attendre : chacun a encore en mémoire la répression sanglante des manifestations, en 1988. Les militaires n'avaient pas hésité à tirer sur la foule, faisant 3.000 morts.

Et les exhortations internationales à l'époque n'y avaient rien changé. La communauté internationale semble à nouveau se mobiliser aujourd'hui. Dans un discours à la tribune des Nations unies, le président Bush a annoncé de nouvelles sanctions américaines contre la junte militaire. Des mesures concrètes pour aider le mouvement de protestation en cours.

De son côté, Nicolas Sarkozy, à peine revenu des Nations Unies, devrait recevoir demain le Premier ministre du gouvernement birman en exil. Il s'agit du gouvernement issu des élections de 1990 renversé par les militaires. Sein Win en appelle à la France pour demander une réunion extraordinaire du conseil de sécurité de l'ONU.

La situation devient véritablement explosive, dans un pays si calme... C'est le sentiment de Guy Delisle. Dessinateur de bande dessinée, il a passé un an en Birmanie. Ses Chroniques birmanes sortent en librairie le 24 octobre prochain.

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