Attentats à Christchurch : ce que l'on sait de Brenton Tarrant, mis en examen dans l'enquête sur le massacre de 50 musulmans

Brenton Tarrant, à la une d\'un journal australien, le 16 mars 2019.
Brenton Tarrant, à la une d'un journal australien, le 16 mars 2019. (AMER GHAZZAL / REX / SHUTTERSTOCK / SIPA)

Cet Australien de 28 ans, qui a voyagé à plusieurs reprises en Europe, évoluait, sur le web, dans les cercles suprémacistes blancs.

Il était passé sous les radars des renseignements. Brenton Tarrant a été mis en examen pour meurtres, samedi 16 mars, après les attentats contre deux mosquées de Christchurch (Nouvelle-Zélande) qui ont fait cinquante morts. Jusqu'à la tuerie, revendiquée dans un manifeste portant son nom, l'Australien, qui se présente comme "fasciste" et "ethnonationaliste", était plus discret dans la vie réelle que sur les réseaux sociaux, où il évoluait dans des sphères ouvertement racistes. 

Voici ce que l'on sait de l'unique suspect des attentats qui ont endeuillé la Nouvelle-Zélande.

Une "famille modeste" et un parcours flou

Dans un manifeste mis en ligne avant les attentats et envoyé à des responsables politiques et des médias, Brenton Tarrant, 28 ans, se présente comme un "homme blanc ordinaire", issu d'une "famille modeste" aux origines "écossaises, irlandaises et anglaises". L'auteur a grandi à Grafton, à 600 km au nord-est de Sydney, en Australie, mais il considère ce pays comme un simple prolongement de l'Europe. Son père était éboueur et triathlète amateur. Sa mère, enseignante, vit toujours à Grafton. Le couple aurait divorcé quand Brenton Tarrant était enfant.

En 2009, à sa sortie du lycée, Brenton Tarrant est devenu coach sportif dans le club où il pratiquait la musculation, toujours à Grafton. Il a quitté la région en 2011, après la mort de son père, pour voyager, en Europe, en Asie et en Amérique latine. Ses revenus étaient alors composés d'un héritage de son père et de ses investissements dans le secteur des cryptomonnaies, selon son manifeste.

Au moment des attentats de Christchurch, Brenton Tarrant était domicilié à 300 km de là, à Dunedin, dans le sud de la Nouvelle-Zélande. Il était inconnu de la police comme des services de renseignement, en Nouvelle-Zélande et en Australie.

Plusieurs séjours en Europe et en Asie

Selon ses proches, Brenton Tarrant aurait été gagné par l'idéologie néofasciste à l'occasion de voyages, en Europe notamment. "Ce n'est qu'à partir du moment où il a voyagé à l'étranger, je pense, que ce garçon a changé, complètement", a déclaré sa grand-mère, citée par l'AFP. Un commentaire que partage son ancienne patronne de la salle de gym, Tracey Gray, interrogée par ABC (en anglais).

En 2016, puis en 2018, le suspect s'est en effet rendu à plusieurs reprises en Europe : Grèce, Bulgarie, Hongrie, Roumanie, Monténégro, Croatie, Bosnie et Serbie. Il y a notamment visité les lieux de batailles historiques entre les Européens et l'Empire ottoman, des guerres auxquelles les armes utilisées pour la tuerie, couvertes d'inscriptions en capitales blanches, font référence. Il a également séjourné en Turquie à deux reprises.

Brenton Tarrant est également passé au Pakistan, en Israël, en Argentine et en Corée du Nord. Mais c'est un séjour en France, en 2017 – pas encore confirmé par les autorités –, qui aurait été déterminant. Son voyage dans une Europe souvent visée par des attaques terroristes ces dernières années semble lui avoir ôté toute croyance en la démocratie. Il cite, parmi les facteurs de sa radicalisation, la mort d’une fillette de 11 ans en Suède, en avril 2017, dans un attentat au camion-bélier, mais aussi la défaite de Marine Le Pen à la dernière présidentielle française. Il considère en outre la France comme submergée par des "envahisseurs", ainsi qu'il qualifie les personnes non blanches. Mais on ignore encore pendant combien de temps et où il a voyagé dans l'Hexagone.

Une idéologie raciste revendiquée

Sur la couverture de son manifeste, Brenton Tarrant utilise un "soleil noir", une roue à douze rayons, venue directement de l'ésotérisme nazi. L'auteur ne se considère pas comme néonazi, mais il emprunte certains codes de cette idéologie. Dans une longue liste de questions/réponses publiée dans son manifeste, il se définit d'ailleurs comme "fasciste""raciste" et "ethnonationaliste" et dénonce un "génocide blanc".

L'ensemble du document le lie ainsi au suprémacisme blanc. Interrogé par Le Monde, l'historien spécialiste de l'extrême droite Nicolas Lebourg le rapproche plutôt de "l'affirmationnisme blanc", qui consiste en "l'affirmation de la race blanche" et "la préservation de son identité biologique et culturelle", sans revendication quant à une quelconque supériorité.

Le manifeste, intitulé "Le Grand Remplacement", fait ainsi référence à une thèse portée notamment par l'écrivain français Renaud Camus, sur la disparition des "peuples européens", "remplacés" selon lui par des populations non européennes immigrées. Cette thèse connaît une popularité grandissante dans les milieux d'extrême droite et complotistes.

Une vie parallèle sur les forums anonymes

Présenté à un juge samedi, Brenton Tarrant a fait un geste discret, mais remarqué, de la main droite. Un "OK" formé en joignant son pouce et son index. Un signe anodin qui a longtemps signifié "tout va bien", chez les plongeurs par exemple, mais que des figures de la droite conservatrice et de l'extrême droite américaines se sont approprié ces dernières années. Désormais, ce geste est associé aux suprémacistes blancs, jusqu'à devenir un mème, comme l'explique Numerama.


Brenton Tarrant, mis en examen dans l\'enquête sur l\'attentat contre deux mosquées à Christchurch, dans un tribunal de Nouvelle-Zélande, le 16 mars 2019.
Brenton Tarrant, mis en examen dans l'enquête sur l'attentat contre deux mosquées à Christchurch, dans un tribunal de Nouvelle-Zélande, le 16 mars 2019. (EYEPRESS NEWS / AFP)

Brenton Tarrant ne l'ignore pas. "Dans son manifeste, ses références indiquent qu'il était profondément immergé dans les forums internet de nationalistes blancs", explique le New York Times (en anglais). Son activité en ligne, la vidéo des attentats de Christchurch et son manifeste sont truffés de références à la culture populaire (le jeu vidéo Fortnite, le youtubeur star suédois PewDiePie) et de clins d'œil aux forums 4chan et 8chan, où règnent l'anonymat et les sarcasmes. "Les mèmes ont fait plus pour le mouvement ethnonationaliste que n'importe quel manifeste", écrit-il dans son propre manifeste.

Sur son blog Belling Cat (en anglais), le journaliste Robert Evans observe que la tuerie de Christchurch et les clins d'œil adressés par le tueur à ces forums anonymes y ont été "extrêmement bien reçus".

Le Sydney Morning Herald (en anglais) explique en outre que Brenton Tarrant a utilisé à plusieurs reprises un mème lié à un groupe appelé The Dingoes, "une communauté en ligne d'anonymes qui partagent des contenus antisémites et racistes". Et certains comptes Twitter affiliés aux Dingoes ont, selon le journal, fait référence à Christchurch comme au "début d'une guerre".

Des armes achetées en ligne

Lors de la tuerie de Christchurch, cinq armes ont été utilisées, dont deux semi-automatiques et deux fusils à pompe, selon les autorités néo-zélandaises. On sait désormais que Brenton Tarrant était titulaire d'un permis standard de catégorie A, obtenu en novembre 2017. David Tipple, directeur général de l'armurerie Gun City, a par ailleurs confirmé qu'il avait vendu à Brenton Tarrant quatre armes à feu et des munitions.

"J'ai informé la police que Gun City avait vendu au tireur présumé quatre armes à feu de catégorie A et des munitions. Nous n'avons rien décelé d'extraordinaire quant à ce détenteur de permis de port d'armes", a déclaré David Tipple lors d'une conférence de presse à Christchurch. "Toutes les ventes de Gun City à cet individu ont suivi le processus de commande en ligne par correspondance vérifié par la police", a-t-il précisé. En revanche, David Tipple affirme que l'arme semi-automatique de type militaire visible dans la vidéo publiée en direct par le tireur lors des attaques ne vient pas de son magasin.

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