Affaires, or noir et culte de la personnalité : bienvenue au Kazakhstan

Un défilé des forces armées kazakhes dans la capitale Astana, le 7 mai 2014.
Un défilé des forces armées kazakhes dans la capitale Astana, le 7 mai 2014. (SELCUK UYSAL / ANADOLU AGENCY / AFP)

Alors que "Le Monde" a révélé, mardi 7 octobre, une nouvelle "affaire Sarkozy", portant sur la livraison d'hélicoptères au Kazakhstan, francetv info se penche sur le cas de ce pays d'Asie centrale qui nourrit de grandes ambitions.

"Tout ce que je connais du Kazakhstan, c'est Borat." Mardi 7 octobre, le défenseur du PSG, Gregory van der Wiel, en déplacement au Kazakhstan avec son équipe des Pays-Bas, n'a pas fait mystère de son ignorance. Mais peut-être partagez-vous un peu son sentiment à l'heure où Le Monde révèle une nouvelle affaire Sarkozy portant sur la livraison d'hélicoptères à ce grand pays d'Asie centrale.

Pour l'occasion, francetv info vous dresse le portrait de cet Etat au sous-sol gorgé de ressources naturelles, en pleine quête de modernité, mais peu respectueux des droits de l'homme et qui entretient le culte de la personnalité autour de son indéboulonnable chef. Dépaysement garanti.

Une économie qui carbure au pétrole

Le Kazakhstan est à la croisée de deux mondes. A l'est, la Chine, à l'ouest, la mer Caspienne et le Caucase, la porte de l'Europe.

C'est le neuvième plus grand pays du monde et sa superficie est cinq fois supérieure à celle de la France. Et le sous-sol a de quoi faire rêver : deuxième réserve mondiale d'uranium, le pays pourrait devenir aussi, d’ici à 2020, le 7e producteur mondial de pétrole. On y a trouvé en 2000 le gisement de Kashagan, considéré comme le plus gros gisement découvert depuis quarante ans. En 2013, le Kazakhstan affichait un généreux taux de croissance de 6%. Tout ça pour un pays qui compte près de 18 millions d'habitants.

Des clichés à détruire, une image à construire

Avec tous ses atouts et pour mieux séduire les étrangers, le Kazakhstan tente de se débarrasser des clichés qui lui collent à la peau, à savoir l'image ringarde des pays post-soviétiques ou celle des Etats voisins plus au sud et de leurs guerres sans fin.

Première étape, s'attaquer au "stan" du Kazakhstan. Le président Noursoultan Nazarbaïev trouve que ce n'est pas bon pour attirer les investisseurs et les touristes. Cela rappelle trop l'Afghanistan et le Pakistan. Il a proposé, début 2014, de renommer le pays "Kazakh Eli", soit "le pays des Kazakhs". Libération rappelle que le chef d'Etat a également fait déménager en 1997 la capitale d'Almaty vers la plus modeste Akmola rebaptisée Astana, ce qui veut dire... "capitale" en kazakh. 

La capitale du Kazakhstan, Astana, le 25 septembre 2013. 
La capitale du Kazakhstan, Astana, le 25 septembre 2013.  (ALKSANDR YUREV / RIA NOVOSTI / AFP)
Mais le Kazakhstan ne se contente pas des mots. A Astana pousse une ville futuriste. Elle se voudrait le Brasilia (Brésil) ou le Dubaï (Emirats arabes unis) des steppes et accueillera en 2017 l'Exposition universelle (la première en Asie centrale), sur le thème de "l'énergie du futur". Quant à l'ancienne capitale Almaty, elle n'est pas en reste : la ville tente d'arracher, face à Oslo (Norvège), Stockholm (Suède) ou Pékin (Chine), l'organisation des JO d'hiver de 2022. 

Un pays très courtisé

Au-delà des efforts de communication, la première économie d'Asie centrale ne s'endort pas sur son pétrole. Le Kazakhstan développe l'économie verte et a lancé un programme d'industrialisation. Pour cela, il faut du transfert de technologie et des investisseurs étrangers. Le Kazakhstan a donc créé des zones économiques franches, facilite les procédures administratives et fait de son mieux pour lutter contre la corruption, explique le ministère de l'Economie française.

Et le message est parfaitement passé à l'étranger. Le Kazakhstan est un pays très courtisé. La Russie l'a intégré dans son Union économique eurasiatique et la Chine, qui lorgne ses ressources naturelles, y multiplie les signatures de contrats mirobolants comme la construction d'infrastructures.

A ce jeu, la France n'est pas en reste. Le ministère des Affaires étrangères estimait à la mi-2013 que les entreprises tricolores faisaient de l'Hexagone le troisième plus gros investisseur du pays. Total a décroché 16,8% des parts du consortium de Kashagan, Areva exploite deux mines dans le sud du pays, Alstom vend des équipements ferroviaires, PSA doit y assembler des véhicules, Vinci et Bouygues ont pignon sur rue à Astana et Eurocopter est bien implanté.

C'est d'ailleurs pour un contrat passé avec le fabricant français d'hélicoptères que le nom de Nicolas Sarkozy apparait dans un nouveau dossier. La justice soupçonne le versement de rétrocommissions "sans doute en lien avec la signature d'importants contrats commerciaux conclus, sous Nicolas Sarkozy, par la France avec le Kazakhstan", selon Le Monde. Nicolas Sarkozy a reçu deux fois, en moins d'un an, en 2010 et 2011, le président du Kazakhstan pour décrocher de gros contrats. Le nouveau président François Hollande fraîchement élu s'est d'ailleurs précipité pour faire de même en novembre 2012.

Du business aux affaires

Mais la signature de gros contrats n'est pas le seul objet de discussion entre Paris et Astana. Dans un jeu à trois bandes, la Russie et l'Ukraine cherchent à mettre la main sur l'oligarque et opposant Moukhtar Abliazov, détenu en France. Cet ex-banquier kazakh a fui son pays pour se réfugier en Grande-Bretagne avant de se rendre en février 2012 en France. Il a été interpellé le 31 juillet 2013 dans les Alpes-Maritimes.

Opposant persécuté ou escroc de haut vol ? Khodorkovski ou Madoff ? Difficile de se faire une opinion. L'homme est accusé d'avoir détourné des fonds de la première banque du Kazakhstan BTA pour un préjudice estimé à plus de 6 milliards de dollars. L'établissement bancaire, qu'il a dirigé de 2004 à 2009, aurait accordé des prêts en Ukraine et en Russie à des sociétés basées dans des paradis fiscaux dirigés en sous-main par Abliazov, affirment ses détracteurs.

Ses proches et des associations de défense des droits de l'homme répondent qu'il est persécuté par le régime. Après avoir longtemps été un proche du président du Kazakhstan et ministre de l'Energie entre 1998 et 1999, Moukhtar Abliazov est tombé en disgrâce après avoir cofondé le parti Choix démocratique en 2002, ce qui lui valut plusieurs mois de prison en 2003. Du coup, son éventuelle extradition le mettrait en danger de mort, selon son entourage. Elle le "mènerait droit à un procès instrumentalisé et inéquitable, prévient son avocat Me Gérard Tcholakian dans Le Figaro. Dans cette affaire, l'Ukraine et la Russie sont les faux nez du Kazakhstan, avec lequel la France n'a pas d'accord d'extradition."  Une affaire qui n'a pas fini d'embarasser la France.  

Un chef tout-puissant

Et c'est là que le vernis de ce pays émergent se fissure. Si les Kazakhstanais profitent de la croissance et des ressources de leur pays, ce n'est pas non plus un modèle de vertu. Le paradis des investisseurs n'est pas celui des droits de l'homme. Le pays figure à une piteuse 161e place sur 180 au classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Les associations de défense des droits de l'homme, comme Amnesty international, y dénoncent régulièrement l'usage de la torture.

Le président Noursoultan Nazarbaïev, le 29 mai 2014, à Astana (Kazakhstan).
Le président Noursoultan Nazarbaïev, le 29 mai 2014, à Astana (Kazakhstan). (SERGEY GUNEEV / RIA NOVOSTI / AFP)

Par ailleurs, même si on est loin de la Corée du Nord, le pays voue un véritable culte de la personnalité à son chef. Noursoultan Nazarbaïev est le premier et unique président qu'ait connu le Kazakhstan depuis son indépendance en 1991. Le 1er décembre est férié au pays, car c'est un jour dédié au président qui a, par ailleurs, deux musées à sa gloire. Le ministère de l'Education et des Sciences a souhaité baptiser un minerai découvert par des scientifiques kazakhstanais de son nom, selon RFI. Des parlementaires ont même proposé de renommer la capitale en son honneur. Il a pudiquement refusé. Le président est aussi depuis 2010 "Elbassy" ("chef de la nation"). Ce statut lui confère le pouvoir de décider à vie des grandes orientations politiques du pays et lui permet de bénéficier d'une immunité perpétuelle. 

En avril 2011, Noursoultan Nazarbaïev a encore été plébiscité par 95,5% des voix lors d'un scrutin présidentiel anticipé. Toutefois, si le Kazakhstan est loin d'être un modèle de démocratie, le chef d'Etat de 74 ans bénéficiait alors d'une réelle popularité auprès de ses concitoyens, notamment en raison du boom économique lié aux vastes réserves de pétrole du pays.

Mais dans le courant de l'année 2011, des troubles ont commencé à apparaître. D'une part, des attentats suicides ont secoué le pays. D'autre part, des émeutes sans précédent dans l'ouest du Kazakhstan ont conduit à la mort de 16 personnes parmi des manifestantsLa situation sociale s'est détériorée dans cette région pétrolière où un mouvement de grève pour une revalorisation des salaires dans la société pétrolière publique a été réprimé d'une vague de licenciements durant l'été 2011, rappelle RFI.

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