Journée nationale de commémoration du génocide arménien : une "arme importante face au négationnisme"

Une bâche commémorative installée sur la façade de l\'Hôtel de Région, à Marseille, le 12 avril 2019.
Une bâche commémorative installée sur la façade de l'Hôtel de Région, à Marseille, le 12 avril 2019. (VAL?RIE VREL / MAXPPP)

Vincent Duclert, qui a présidé la mission d'études en France sur la recherche et l'enseignement des génocides et crimes de masse, voit dans la "mobilisation sociale" une des armes "importantes" face au négationnisme, au moment où la France s'apprête à commémorer pour la première fois le génocide arménien.

C'était une promesse d'Emmanuel Macron : ce 24 avril 2019 est la toute première "journée nationale de commémoration du génocide arménien". Cette date correspond à la rafle et la déportation de plusieurs centaines d'intellectuels arméniens le 24 avril 1915 à Constantinople. Cette décision du président de la République est "une forme de pression assez nette" sur la Turquie, qui "mène une campagne négationniste extrêmement puissante", explique sur franceinfo l'historien Vincent Duclert, qui a présidé la mission d'études en France sur la recherche et l'enseignement des génocides et crimes de masse. La "mobilisation sociale" et les "moments de commémoration" comme celui-là sont, selon lui, "des armes importantes face au négationnisme".

franceinfo : La France a reconnu officiellement en 2001 le génocide
Arménien. L'instauration de cette journée de commémoration était une étape de plus nécessaire ?

Vincent Duclert : Il y une communauté arménienne importante en France, plus de 600 000 Français d'origine arménienne, qui commémore chaque année ce déclenchement du génocide des Arméniens et elle le fait dans une certaine solitude. Au fond, le génocide des Arméniens n'intéressait pas suffisamment l'ensemble de la communauté nationale. Cette décision du président de la République installe une volonté de se souvenir, de réfléchir et de commémorer ce qu'on considère comme le premier génocide du 20e siècle.

Cette journée de commémoration provoque la colère d'Ankara, qui continue à rejeter le terme de "génocide". La France peut-elle faire pression davantage la Turquie ?

Je pense que c'est une forme de pression assez nette. Il y a tout un volet juridique qui se tient en lien avec la Convention européenne des droits de l'Homme et d'autres dispositifs, mais c'est vrai aussi que la Turquie et ceux qui agissent en son nom en Europe savent manipuler les arguties juridiques. Donc passer par une mobilisation sociale en France est une bonne voie. Plus on parle du génocide arménien, plus on insiste sur l'importance de la recherche, de la connaissance, de la transmission. C'est un moyen pour que la Turquie, qui mène une campagne négationniste extrêmement puissante, considère le mouvement de l'histoire. De ce point de vue, lorsqu'on insiste sur le travail de la société, sur les moments de commémorations, je crois qu'on a des armes importantes face au négationnisme.

Que reste-t-il à éclaircir sur le génocide des Arméniens ?

Notamment la poursuite du génocide des Arméniens après la fin de la Première Guerre mondiale, dans le cadre de la lutte nationaliste menée par Mustafa Kemal, et la manière dont la République de Turquie qui est créée en 1923 recycle un certain nombre de génocidaires… Tous ces points-là sont effectivement encore peu étudiés. Et puis, il y a une autre dimension qui a été mieux travaillée récemment, mais qui mérite d'être mieux connue par les Français : ce sont ces tentatives de procès et de jugements de criminels dès 1919, notamment à Constantinople. Toute cette action va disparaître, elle n'aboutit pas à l'époque. Mais ce sont les bases qui vont permettre, en 1948, de réaliser cette Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée par l'ONU à Paris.

Vous êtes à nouveau en ligne