Commémorations du génocide arménien : "Il faut que le monde puisse s'indigner"

Manifestants lors de la commémoration du centenaire du génocide arménien, le 26 avril 2015 à New York, aux États-Unis. 
Manifestants lors de la commémoration du centenaire du génocide arménien, le 26 avril 2015 à New York, aux États-Unis.  (REUTERS)

Le 24 avril 1915 marquait le début du génocide arménien. François Hollande mènera lundi en France la cérémonie en hommage aux victimes. C'est l'occasion selon Franck Papazian, co-président des associations arméniennes, de "réclamer que la Turquie reconnaisse, s'excuse et répare".

La commémoration du génocide arménien de 1915-1916 aura lieu lundi 24 avril. François Hollande ira se recueillir et déposer une gerbe lors d'une cérémonie place du Canada, près du Grand Palais, à Paris. Elle est l'occasion pour les "Arméniens du monde entier" de "réclamer que la Turquie reconnaisse, s'excuse et répare", a déclaré dimanche 23 avril sur franceinfo Franck Papazian, coprésident du Comité de coordination des associations arméniennes de France.

franceinfo : Que représente la date du 24 avril ?

Franck Papazian : C'est le coup d'envoi du premier génocide du XXe siècle, en 1915. Le gouvernement turc décidait d'exterminer 1,5 million d'Arméniens, c'est-à-dire tout le peuple arménien de l'Empire ottoman. Le 24 avril 1915 à Constantinople [l'actuelle Istanbul, NDLR], 600 notables arméniens sont arrêtés et leurs biens confisqués. Et 102 ans après, il est curieux de constater que les gouvernements turcs successifs ont refusé de reconnaître la réalité de ce génocide, qui a pourtant été révélé par tous les historiens, par l'association internationale des génocides et par 25 États, le Parlement européen et l'ONU. 

Le président Erdogan refuse de reconnaître la réalité du génocide arménien. Pire, il industrialise la négation du génocide arménien.Franck Papazian, coprésident du comité de coordination des associations arméniennesà franceinfo

Ces commémorations servent-elles aussi à réclamer la reconnaissance du génocide par la Turquie ?

C'est un élément clé de notre combat. Dans le monde entier, les Arméniens réclament que la Turquie reconnaisse, s'excuse et répare le génocide arménien. C'est une promesse que nous avons faite aux 1,5 million de victimes. Ce génocide a été exécuté par Mehmet Talaat Pacha et aujourd'hui en Turquie il y a des places Talaat, des avenues, même un mausolée à son nom. C'est l'héritage d'Erdogan de continuer à perpétuer la mémoire de Talaat. C'est inadmissible et il faut qu'à un moment le monde puisse s'indigner. C'est le sens de la cérémonie de demain en la présence de François Hollande.

Quel regard portez-vous sur le renforcement du pouvoir d'Erdogan et le discours de ses partisans sur le retour d'un Empire ottoman fort ?

Cela ne nous étonne pas. Nous alertons depuis plus de dix ans les instances internationales et les gouvernements français pour dire qu'Erdogan est un dictateur en train de mettre la Turquie à sa botte. Il concentre tous les pouvoirs. Le soi-disant coup d'État du 15 juillet lui a permis d'emprisonner des centaines de milliers de fonctionnaires, de professeurs d'université, de députés, d'avocats, de journalistes. Il a pu fermer des dizaines de titres de presse, des médias, et il a monté le référendum qui lui permet d'avoir la main sur tous les pouvoirs. Il n'y a plus de séparation des pouvoirs.

Des milliers de chercheurs et d'enseignants ont marché samedi 22 avril pour la science et contre l'obscurantisme, et pour dire non au poids de l'opinion qui peut parfois remplacer le fait historique. Partagez-vous cette inquiétude ?

Bien sûr. La mobilisation citoyenne peut avoir une influence sur la mobilisation des États. Il faut que la préoccupation citoyenne puisse détrôner la raison d'État. À un moment, il faut parler le langage de la vérité, ce serait un service rendu aux démocrates et aux minorités turques. Les démocraties doivent hausser le ton et demander à Erdogan que la démocratie soit rétablie.

"Il faut que la préoccupation citoyenne puisse détrôner la raison d'État", Franck Papazian, coprésident du Comité de coordination des associations arméniennes de France sur franceinfo.
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