Arabie saoudite : "Les femmes sont devenues plus fortes" témoigne Mashael, femme d'affaires et mère de quatre enfants

Mashael Al-Saedan dans son bureau à Riyad en Arabie saoudite, en avril 2018. 
Mashael Al-Saedan dans son bureau à Riyad en Arabie saoudite, en avril 2018.  (CLÉMENCE BONFILS / FRANCEINFO)

À l'occasion de la visite du prince héritier saoudien en France, lundi et mardi, franceinfo a rencontré une femme d'affaires saoudienne, entre modernité et traditions.

Le nouvel homme fort d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane, est en France depuis dimanche 8 avril au soir pour 48 heures de visite officielle. Si aucun gros contrat n'est attendu, cette visite doit sceller un "partenariat stratégique" de long terme entre Riyad et Paris. Le jeune prince héritier termine une tournée mondiale qui l’a notamment conduit aux États-Unis et lui a permis de s’afficher en réformateur.

La société saoudienne n'est pas toujours lisible pour les sociétés occidentales. À l'image de Mashael Ben Saedan, une femme d'affaires saoudienne épanouie qui manie les paradoxes : à la fois modèle d'émancipation et profondément ancrée dans les traditions.

PDG, fondatrice, cofondatrice... Mashael Ben Saedan a tellement de titres qu’il est plus simple de dire, pour résumer, qu'elle est femme d'affaires. "Business woman", est-il d'ailleurs écrit l'une de ses multiples cartes de visite.Comme son père, son domaine, c'est l'immobilier. "Voilà notre immeuble, ça c’est ma société, montre-t-elle devant un bâtiment de Riyad. Vous voyez, c’est tout neuf, on vient juste d’arriver !"

Volubile et souriante, le visage maquillé avec élégance et strictement encadré par son hidjab, Mashael, 33 ans, veut raconter, convaincre et expliquer. Dans son bureau meublé de fauteuils aux accoudoirs dorés, elle retrace son histoire comme une épopée. "Quand j’avais 12 ans, mon rêve déjà c’était d’aider les femmes, de leur permettre de jouer un rôle dans l’achat ou à la location d’une maison, qu’elles puissent prendre leurs propres décisions, raconte-t-elle.

Mariée à 18 ans, par choix

Aujourd’hui, en Arabie saoudite, la plupart des sociétés immobilières sont organisées pour répondre à la demande d'une clientèle féminine, mais quand Mashael a commencé à travailler dans ce secteur à 18 ans, elle était "la première et la seule", assure-t-elle. "Les gens pensaient que ça n’arriverait jamais, se souvient la jeune femme. Mais les femmes sont devenues plus fortes et ce sont elles maintenant qui décident. Elles ne pensent plus qu'elles ne savent pas faire, ou que pour investir, il vaut mieux donner l'argent au mari ou au frère... Il n’y a qu’une chose qui peut vous arrêter, c’est vous-même." 

Ses décisions à elle, Mashael les a prises très tôt. Comme se marier à 18 ans tout juste, avec un inconnu : "Personne ne m’a forcée. Même mon père me disait d’attendre, que j’étais trop jeune, que j’avais plein de choses à faire. Mais, c'était ma décision. C’est ma famille qui a choisi mon mari. Il est venu à la maison, je l'ai vu une seule fois... et j'ai dit 'oui'."

Mon mari savait qu’il y avait une condition : me laisser poursuivre mes études et travailler. Et il m’a vraiment soutenue.Mashael Ben Saedanà franceinfo

A 33 ans, Mashael Al-Saedan est une femme d\'affaires saoudienne dans le secteur de l\'immobilier.
A 33 ans, Mashael Al-Saedan est une femme d'affaires saoudienne dans le secteur de l'immobilier. (CLÉMENCE BONFILS / FRANCEINFO)

"Même quand je passais mon master, c’est lui qui s’occupait des enfants, poursuit-elle. Je n’ai jamais regretté cette décision parce que, avec mon père, c’est lui qui m’a aidée à réaliser mes rêves." Mashael n’a pas plus d’hésitation sur ses croyances religieuses. Dans son pays, comme à l’étranger, elle porte le voile parce que c’est sa conviction. "Même quand j’étudiais au Royaume-Uni, je portais mon hidjab, exactement comme maintenant, dit-elle Je crois en ma religion et je pense que ce que je fais est juste parce que je suis musulmane et fière de mon voile."

Soutien inconditionnel au prince héritier

La jeune femme, mère de quatre enfants, vend aujourd’hui des maisons ingénieuses et peu gourmandes en énergie pour préparer la société saoudienne à la fin de l’ère pétrolière. Elle soutient les transformations vantées par le prince Mohammed ben Salmane et son plan "Vision 2030". "C’est la première fois qu’on a une vision et une stratégie claire pour l’avenir, dit-elle. Chaque ministère sait où il va et ce qu’il doit faire. Quand on voyage, on veut savoir dans quel endroit on arrive."

Bien sûr qu’on y arrivera, si on s’y met, qu’on commence à travailler avec un plan précis.Mashael Ben Saedanà franceinfo

Sur son bureau est posé un agenda rose bonbon sur lequel se détachent trois lettres délicates et dorées : "MBS". Ce sont à la fois ses initiales et celles du futur roi. "Comme je crois beaucoup en lui, c'est un signe, s'enthousiasme-t-elle. Ça veut dire que s'il transforme son pays, moi aussi, dans mon secteur, je peux faire de belles choses."

Sur le bureau de Mashael Al-Saedan est posé un agenda rose bonbon sur lequel se détachent trois lettres délicates et dorées : \"MBS\".
Sur le bureau de Mashael Al-Saedan est posé un agenda rose bonbon sur lequel se détachent trois lettres délicates et dorées : "MBS". (CLÉMENCE BONFILS / FRANCEINFO)

Comme le veut la tradition saoudienne, à la fin de la rencontre Mashael nous fait passer un coffret de senteur. Elle nous invite à nous parfumer avec de l’oud, un parfum luxueux dont les Saoudiennes raffolent. Puis, agenda dans une main et chapelet de prière dans l’autre, elle s’en va. Demain, elle prend l'avion tôt pour Djeddah. A la fois Saoudienne et femme d'affaires...

Portrait d'une femme d'affaires saoudienne, Mashael Ben Saedan, 33 ans, par Isabelle Labeyrie
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