Après près de 3 mois de captivité au Mali, il est arrivé jeudi matin à l'aéroport militaire de Villacoublay (Yvelines)

Pierre Camatte
Pierre Camatte (AFP - Eric Feferberg)

Peu après son arrivée, il a répondu à quelques questions des journalistes. "Je n'ai jamais commis d'imprudence, cela fait quinze ans que j'opère dans cette région du Mali", a-t-il notamment déclaré.A Bamako, avant son départ, il a évoqué sa captivité et ses ravisseurs, qu'il a décrits comme des "fanatiques".

Peu après son arrivée, il a répondu à quelques questions des journalistes. "Je n'ai jamais commis d'imprudence, cela fait quinze ans que j'opère dans cette région du Mali", a-t-il notamment déclaré.

A Bamako, avant son départ, il a évoqué sa captivité et ses ravisseurs, qu'il a décrits comme des "fanatiques".

Pierre Camatte avait été enlevé en pleine nuit le 26 novembre 2009 dans un hôtel de Ménaka (nord-est) par des Maliens de la région qui l'auraient ensuite "vendu" à la branche d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). "Je ne pensais pas être une cible. (...) Ils sont venus me chercher peut-être avec des complicités locales". Lors de son enlèvement, Pierre Camatte "s'est battu" avec ses ravisseurs qui "l'ont roué de coups". Aqmi l'avait libéré après avoir obtenu de Bamako la remise en liberté de quatre islamistes détenus au Mali.

Récit d'une captivité
Libéré mardi au Mali, Pierre Camatte a relaté sa détention tôt jeudi lors d'une conférence de presse à Bamako. il a décrit ses ravisseurs comme des "fanatiques", persuadés de détenir "la vérité suprême". "Ils recrutent surtout chez les jeunes. Il y a parmi eux 70 à 80% de jeunes, et ça, ça pose problème", a souligné Pierre Camatte, 61 ans, jeudi lors d'une conférence de presse au palais de la présidence malienne.

"Ils détiennent une vérité qui est à la vérité suprême. Ils ont le Coran qu'ils lisent tout le temps. (...) Ils disent que les musulmans de France ne sont pas de vrais musulmans, que ce sont eux qui détiennent la vérité et que leur objectif est d'islamiser le monde entier. Ce sont des fanatiques", a estimé Pierre Camatte, deux jours après sa remise en liberté. Quelques heures plus tard, en France, il a précisé qu'ils avaient "tenté à plusieurs reprises de (le) convertir car ils veulent islamiser le monde à leur manière".

A Bamako, l'ex-otage a relaté qu'il avait parfois eu "des échanges en anglais avec certains d'entre eux, parce que rares sont parmi eux qui parlent français". Il s'exprimait en présence du président français Nicolas Sarkozy de passage à Bamako pour le saluer après sa libération, du chef de la diplomatie française Bernard Kouchner et du secrétaire d'Etat à la Coopération Alain Joyandet.

Evoquant les conditions sa captivité dans le désert, Pierre Camatte a relaté: "C'est difficile d'imaginer une prison. On me donne une couverture et c'est ça ma prison. (...) On est isolé, on ne doit pas bouger, il y a la chaleur du Sahara, les condition d'hygiène épouvantables, une alimentation et une eau absolument dégoûtantes. (...) Le plus difficile, c'est la solitude." Nicolas Sarkozy a alors ajouté: "des blessures, des coups". Au micro de France Info, l'ex-otage a confirmé avoir reçu quotidiennement "des coups", "des baffes", "des menaces directes avec le canon de la kalachnikov".

"Tous les jours, j'ai cru que ma dernière heure était arrivée. (...) Ils m'avaient promis que je puisse voir un médecin. Or je n'ai jamais vu de médecin. Je n'ai jamais vu un médicament. J'ai souffert de coliques néphrétiques parce que l'eau qu'ils me donnaient, je refusais de la boire tellement elle sentait l'essence", a-t-il encore décrit à la radio. Avant d'embarquer à destination de la France, l'ex-otage a conclu: "Aujourd'hui, je dois me reconstruire."

Sarkozy rend visite à l'ex-otage
Nicolas Sarkozy a rendu visite à Pierre Camatte, ainsi qu'au président malien Amadou Toumani Touré, dans la nuit de mercredi à jeudi, un bref passage intercalé entre ses voyages au Gabon et au Rwanda. A cette occasion, il a remercié son homologue pour sa "gestion" de la crise causée par la captivité de l'ex-otage, et a sssuré que le Mali pouvait compter sur le "soutien" de la France pour une "lutte déterminée" contre les terroristes.

"Je voudrais dire deux choses : je pense aux otages espagnols et italiens. (...) La deuxième chose, nous allons passer à une deuxième phase, qui est une phase de lutte déterminée contre ces assassins et terroristes et le Mali peut compter sur notre soutien", a déclaré le président français devant la presse, au palais présidentiel.

La libération de Pierre Camatte fait suite à l'élargissement de quatre islamistes réclamés par Al-Qaïda, que le Mali avait fait libérer dans la nuit de dimanche à lundi. Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui retient toujours cinq autres Européens dans le désert malien, avait menacé de tuer Pierre Camatte si elle n'obtenait pas la liberté de ces quatre islamistes (deux Algériens, un Burkinabè, un Mauritanien).

Pierre Camatte, 61 ans, avait été kidnappé en pleine nuit le 26 novembre 2009 dans un hôtel de Ménaka (nord-est) par des Maliens de la région qui l'auraient ensuite "vendu" à Aqmi. Depuis, il aurait été retenu par le groupe de l'Algérien Abdelhamid Abou Zeïd, responsable de l'assassinat en juin 2009 d'un touriste britannique, l'otage Edwin Dyer, selon des sources maliennes.

Les autres otages encore prisonniers
Pour la libération de l'otage italien, les ravisseurs ont exigé la libération de ces quatre islamistes détenus au Mali mais aussi de combattants détenus en Mauritanie. La branche maghrébine d'Al-Qaïda avait fixé un premier ultimatum au 30 janvier concernant le Français, avant de le repousser au 20 février, menaçant de le tuer si ses demandes n'étaient pas satisfaites. Dans le cas de l'otage italien, l'ultimatum a été fixé au 1er mars.

Concernant les otages espagnols, Madrid serait en train de payer cinq millions de dollars à Al-Qaïda pour leur libération, a assuré dimanche le quotidien El Mundo. Interrogé par l'AFP, un porte-parole du ministère espagnol des Affaires étrangères a indiqué dimanche n'avoir "aucune nouvelle information officiellement" au sujet des trois membres d'une association humanitaire espagnole.

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