Présidentielle en Bolivie : des violences alors que se profile une surprenante victoire d'Evo Morales dès le premier tour

Des forces de l\'ordre face à des partisans du candidat à la présidentielle Carlos Mesa, à La Paz (Bolivie), le 21 octobre 2019.
Des forces de l'ordre face à des partisans du candidat à la présidentielle Carlos Mesa, à La Paz (Bolivie), le 21 octobre 2019. (UESLEI MARCELINO / AFP)

Un appel à la grève illimitée à partir de mardi midi a été lancé par Fernando Camacho, le président de l'influent Comité pro Santa Cruz.

De violents incidents ont éclaté, lundi 21 octobre, à travers la Bolivie, à l'annonce de nouveaux résultats partiels lors de l'élection présidentielle. Ces derniers donnent le président sortant, Evo Morales, vainqueur au premier tour, dans un revirement inexpliqué dénoncé par son opposant et les observateurs. La mission des observateurs de l'Organisation des Etats américains (OEA) "a fait part de sa profonde inquiétude et surprise face au changement radical et difficile à justifier concernant la tendance des résultats préliminaires, après la clôture du scrutin".

A Sucre, la capitale constitutionnelle, une foule a mis le feu au tribunal électoral départemental, tandis que des affrontements avec la police sont survenus à La Paz (ouest) ou à Potosi (sud-est), et que le local de campagne du parti au pouvoir était saccagé à Oruro (ouest), ont rapporté plusieurs médias. "Fraude !", "fraude !", "fraude !", pouvait-on entendre dans certaines des vidéos mises en ligne.

Brusque renversement de tendance

Que s'est-il passé autour des résultats ? Lundi soir, les autorités électorales, sans aucune explication, ont repris le décompte rapide des voix interrompu la veille. Lundi à 21 heures (heure locale), le site du Tribunal suprême électoral bolivien (TSE) donnait Evo Morales en tête, avec 46,87% des voix, creusant l'écart avec son principal adversaire, Carlos Mesa, à 36,73%, selon 95,3% des bulletins dépouillés. Soit un écart de 10,14 points. Or, pour s'imposer dès le premier tour, le candidat en tête doit obtenir la majorité absolue (plus de 50%) ou au moins 40% des voix avec 10 points de pourcentage d'écart sur le second.

"A 20h10 hier [dimanche], par une décision de son assemblée plénière, le TSE a cessé de diffuser des résultats partiels, avec plus de 80% des bulletins dépouillés. 24 heures plus tard, le TSE a publié des chiffres avec un changement inexplicable de tendance qui modifie drastiquement l'issue de l'élection et entraîne une perte de confiance dans le processus électoral", ont écrit les observateurs de l'Organisation des Etats américains.

Dans la soirée, Carlos Mesa a dénoncé une "fraude" et annoncé qu'il ne reconnaissait pas les derniers résultats provisoires. "Nous n'allons pas reconnaître ces résultats qui font partie d'une fraude réalisée de manière honteuse et qui est en train de placer la société bolivienne dans une situation de tension inutile", a déclaré Carlos Mesa face aux médias à Santa Cruz (est).

Appel à la grève illimitée

Fernando Camacho, le président de l'influent Comité pro Santa Cruz, a appelé à une grève illimitée à partir de mardi midi. Un appel qui risque d'être entendu car le Comité pro Santa Cruz, fondée en 1950, regroupe des représentants des quartiers, des commerces, des transports et des chefs d'entreprises de la plus grande ville de Bolivie. "Demain, nous commençons à 12 heures à bloquer ce pays", a-t-il déclaré devant des manifestants. Il devait avant se réunir avec des représentants d'autres régions du pays.

Lundi soir, de longues files s'étaient formées aux stations-service, en prévision d'un long conflit social tandis que de violents incidents éclataient à travers la Bolivie. Des incidents ont également été signalés dans les villes de Tarija (sud), Cochabamba (centre) et Cobija (nord) où la police a dispersé les manifestants.

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