Disparition du sous-marin "San Juan" : "S'il y a eu un grave accident, l'équipage a les moyens à bord pour réagir"

Le sous-marin argentin \"San Juan\" stationné à Buenos Aires (Argentine), en 2014.
Le sous-marin argentin "San Juan" stationné à Buenos Aires (Argentine), en 2014. (ARGENTINE NAVY / AFP)

Plus d'une semaine après sa disparition, le sous-marin argentin "San Juan" n'a toujours pas été localisé. Pour l'ancien commandant de sous-marin Dominique Salles, il y a "immédiatement deux risques majeurs pour un sous-marin : l'incendie et la voie d'eau."

On n'a toujours pas localisé le sous-marin argentin San Juan dont on est sans nouvelle depuis plus d'une semaine. À son bord, 44 marins, sous la direction de la première femme officier sous-marinière d'Amérique latine. Un bruit anormal a été détecté trois heures après la dernière communication, à 400 km des côtes de Patagonie, il y a une semaine. C'est l'information donnée par la Marine argentine, dans la nuit du 22 novembre.

L'amiral Dominique Salles, ancien commandant de sous-marin, président de l’Association des anciens sous-mariniers, a estimé jeudi 23 novembre sur franceinfo que ce bruit enregistré "est de nature à inquiéter", mais il "ne veut pas céder au pessimisme" car le sous-marin "est un bâtiment de combat", qui a "les moyens et les compétences pour intervenir" sur "des avaries".

franceinfo : Le bruit enregistré il y a une semaine est-il inquiétant ?

Dominique Salles : La révélation du bruit est de nature à inquiéter, mais caractériser un bruit est particulièrement difficile. Pour s'en convaincre, il faut écouter l'expression qui était dans le courrier argentin, qui parle de manifestation hydroacoustique. Ce qui illustre bien l'incertitude sur la définition.

Quels sont les risques pour un sous-marin en mer ?

J'évoquerais immédiatement deux risques majeurs pour un sous-marin : l'incendie et la voie d'eau. Trois éléments m'incitent à ne pas céder au pessimisme. Le premier tient dans les moyens du sous-marin pour lutter contre un sinistre, le deuxième dans ses capacités à durer, le troisième dans les difficultés que nous avons pour éventuellement détecter ce sous-marin dans des mers démontées.

Le manque d'oxygène est-il fatal pour l'équipage au bout d'une semaine ?

Cela est vrai. C'est peut être même excessif, si on considère que le sous-marin est posé sur le fond. La version non pessimisme qui est la mienne est que le sous-marin, s'il y a eu un grave accident, a les moyens à bord pour réagir. D'une part, des automatismes et des sécurités, d'autre part un entraînement rigoureux de l'équipage. Ces éléments et ces facteurs permettent de circonscrire un sinistre. Si les conditions de navigation en plongée sont fortement dégradées, le sous-marin reviendra en surface. Il est dans une situation instable, tempête aidant. C'est cette version actuellement que je voudrais pouvoir privilégier. Il y a à bord une bouée de détresse mais la bouée de détresse est quelque chose que le commandant mettra en œuvre parce qu'il ne peut plus rien faire d'autre. Ce sous-marin est un bâtiment de combat, qui a à bord les moyens et les compétences pour intervenir tant sur des avaries que des points techniques autres. Si le sous-marin est en surface dans une mer démontée, actuellement ce sont des creux de 7 à 8 m, (...) il n'est pas étonnant qu'on ne puisse pas avoir des échos précis.