"Nous ne sommes pas en guerre !" : à Santiago du Chili, la colère contre le président Piñera ne faiblit pas

Manifestation plaza Italia, à Santiago du Chili, le 21 octobre 2019.
Manifestation plaza Italia, à Santiago du Chili, le 21 octobre 2019. (PABLO VERA / AFP)

Les manifestations contre les inégalités sociales se poursuivent dans la capitale et plusieurs grandes villes, tandis que le président chilien a déclaré que son pays est "en guerre contre un ennemi puissant".

Des milliers de personnes se sont rassemblées sur la plaza Italia, dans le centre de Santiago du Chili, lundi 22 octobre après-midi. Une manifestation pacifique durant laquelle les Chiliens ont exprimé leur colère vis à vis du gouvernement de Sebastian Piñera. Malgré l’annulation de la hausse du ticket de métro, la mobilisation ne faiblit pas. Les manifestants attendent maintenant des mesures concrètes pour réduire les inégalités dans le pays.

"Dehors les militaires !" ont crié des manifestants à l'adresse des soldats et policiers déployés en nombre. "Le Chili s'est réveillé, le Chili s'est réveillé !" chantaient d'autres protestataires, en tapant sur des casseroles avec plus de force chaque fois qu'un hélicoptère militaire survolait la foule. Yolanda Balestrino est retraitée. "Le gouvernement n'a pas su répondre à la demande du peuple, qui réclame moins d'inégalités sociales, une meilleure santé publique, une meilleure éducation. Ici, tout est privatisé. Les salaires sont très bas. 70% des Chiliens gagnent moins de 700 dollars."

"Une stratégie pour diviser tout ce mouvement"

Yolanda reproche au gouvernement son absence de réponse face à la crise sociale. Après les violents incidents de ces derniers jours, le président Sebastian Piñera a déclaré : "Nous sommes en guerre contre un ennemi puissant". Il a même parlé "d'organisations criminelles". Une rhétorique insupportable pour Camila, une lycéenne de 18 ans. "Nous ne sommes pas en guerre ! Il n'est pas bête, Piñera. Je crois que sa stratégie, c'est de nous tourner les uns contre les autres. Le gouvernement n'utilise plus le mot manifestants. Il parle de délinquants, de vandales. C'est une stratégie pour diviser tout ce mouvement, mais il n'y arrivera pas."

De nombreux manifestants sont restés longtemps dans les rues de Santiago ce lundi, même après le début du couvre-feu qui a été décrété pour la troisième nuit consécutive dans la capitale chilienne. L'état d'urgence a été déclaré. Après quatre jours de manifestations et d'émeutes, le bilan s'élève à douze tués et 239 civils blessés, ainsi qu'une cinquantaine de policiers et militaires.

Malgré quelques échauffourées, la manifestation de lundi s'est globalement déroulée dans le calme à Santiago. Des heurts ont toutefois éclaté lors de rassemblements dans plusieurs grandes villes du pays, à Valparaiso, Concepción et Maipu notamment. Dans un message à la nation lundi soir, le président conservateur Sebastian Piñera a annoncé une réunion mardi avec l'ensemble des forces politiques chiliennes en vue de trouver une issue à la crise.

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