Mexique: le président Enrique Peña Nieto reste sourd aux protestations

Le président mexicain Enrique Peña Nieto est décidé à garder le cap envers et contre tout, tandis que les affaires s\'accumulent contre lui sur le plan national et personnel.
Le président mexicain Enrique Peña Nieto est décidé à garder le cap envers et contre tout, tandis que les affaires s'accumulent contre lui sur le plan national et personnel. (NOTIMEX/FOTO/GUSTAVO SALAS)

Nul ne pourra accuser Enrique Peña Nieto de manquer de constance. Malgré la violence qui monte dans le pays et les affaires qui se multiplient, le président mexicain garde obstinément le cap.


Le président du Mexique est au beau milieu d'une des plus grosses crises que le poste ait connu depuis une dizaine d'années. Enrique Peña Nieto est impliqué à la fois par le scandale de la corruption dans l'affaire des 43 étudiants disparus et entaché par l'achat d'un manoir d'une valeur de 7 millions d'euros par sa femme, sur fond d'attributions de marchés publics.

Les tensions montent dans l'affaire des 43 étudiants
Ces dernières semaines, la pression sur la présidence s'est accentuée dans l'affaire des 43 étudiants disparus dans l'Etat du Guerrero. L'arrestation du maire de la ville d'Iguala et de sa femme, soupçonnés d'avoir commandité l'enlèvement, les révélations sur la collaboration entre policiers et membres de cartels ont mis en lumière la corruption systématique des pouvoirs publics.

Les manifestations contre le «narcogouvernement» sont devenues de plus en plus violentes dans l'ensemble du pays. Le 8 novembre, un petit groupe est venu perturber une manifestation pacifique à Mexico et incendier la porte du palais de la présidence.

Enrique Peña Nieto a réagi avec rigueur, voire avec «colère», selon l'AFP. Pour le président mexicain, les manifestations abritent des mouvements «anti-gouvernement», qui visent à «déstabiliser le Mexique» et perturber son «projet national».

Scandale personnel sur scandale public
Le scandale national de l'affaire des étudiants enlevés se double d'un scandale personnel pour l'épouse du président. Angelica Rivera a acheté un manoir d'une valeur de 7 millions d'euros dans le quartier le plus chic de Mexico. L'ancienne actrice a assuré que l'achat avait été fait sur ses ressources propres, mais il a été révélé que la maison appartenait à une filiale du groupe sino-mexicain China Railway Construction, qui venait juste de remporter de juteux contrats publics.

Le groupe avait notamment remporté un appel d'offre pour la construction d'un réseau de train à grande vitesse au Mexique. Il avait été le seul participant à l'enchère, et l'opposition accuse Enrique Peña Nieto de l'avoir favorisé, transformant l'achat du manoir par sa femme en affaire de corruption.


Ces derniers jours, Angelica Rivera a annoncé qu'elle allait revendre la maison de la discorde, tandis que le gouvernement mexicain a annulé le contrat accordé à China Railway Construction pour lancer un deuxième appel d'offre. Enrique Peña Nieto défend que la décision a été prise avant le scandale impliquant sa femme.

L'enjeu des réformes
Enrique Peña Nieto mène à grand train un programme de réformes libérales ambitieux. Le Mexique a adopté les taxes les plus faibles de l'OCDE tout en multipliant ses sources de revenus. Les secteurs de l'énergie, des télécommunications (sur lequel règne Carlos Slim, l'homme le plus riche du monde) et de la banque ont été largement ouverts à la concurrence.

Les manifestants voient dans ce programme, qui dérégule en grande partie les institutions financières mexicaines, la porte ouverte à la corruption déjà très présente dans le pays. Ils craignent de voir les cartels s'intégrer encore un peu plus à l'économie réelle mexicaine. En revanche, certains économistes libéraux louent la «révolution Nieto» et The Economist le qualifie d'un des «rares gouvernements réellement radicaux» au monde.


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