Mariage gay : la France est-elle plus tradi que les Etats-Unis ?

Deux hommes s\'embrassent derrière un drapeau arc-en-ciel pendant une manifestation pour les droits des homosexuels, à Rio de Janeiro (Brésil), le 3 août 2003.
Deux hommes s'embrassent derrière un drapeau arc-en-ciel pendant une manifestation pour les droits des homosexuels, à Rio de Janeiro (Brésil), le 3 août 2003. (BRUNO DOMINGOS / REUTERS)

Barack Obama s'est dit personnellement favorable à l'union des couples de même sexe. Mais cet argument électoral n'a rien d'une révolution.

"C'est un grand jour pour l'Amérique", ont exulté les militants des droits des homosexuels aux Etats-Unis. Barack Obama, président démocrate en campagne, a affirmé mercredi 9 mai être "à titre personnel" favorable au mariage gay. Il est le premier chef d'Etat américain à se prononcer en ce sens. Où en est la France ?

• Une position personnelle et électorale

Barack Obama est le premier président des Etats-Unis à se déclarer en faveur du mariage de deux personnes du même sexe, après avoir déjà aboli en 2010 la règle du "Don't ask don't tell", qui interdisait aux soldats américains de faire leur coming-out. Avant lui, le démocrate Bill Clinton avait même signé en 1996 le Defense of Marriage Act, une loi fédérale qui définissait le mariage comme "l'union d'un homme et d'une femme".

L’avancée reste cependant très symbolique, car la législation en matière matrimoniale est propre à chaque Etat. Et quelques heures avant le coming-out télévisé d'Obama, la Caroline du Nord devenait le 30e Etat à inscrire l'interdiction du mariage homo dans sa Constitution, après un référendum remporté par les "anti" à 60%.

A la tête de la première démocratie mondiale depuis quatre ans, le président Obama a traîné des pieds pour afficher son opinion. Mais il est à présent en campagne officielle pour sa réélection et son vice-président Joe Biden l'a involontairement poussé à sortir du placard, comme le rapporte le Huffington Post (article en anglais). Barack Obama ne pouvait que saisir l'occasion de s'adresser à son électorat. En effet, selon The Washington Post (article en anglais), "parmi les principaux donateurs de la campagne d'Obama, un sur six est homosexuel".

• La population de plus en plus favorable

Ce n'est probablement pas un hasard du calendrier si deux jours avant la déclaration du candidat démocrate sur la chaîne ABC, le Huffington Post a publié un sondage Gallup selon lequel un Américain sur deux se déclarait favorable à l'union des couples de même sexe (ils n'étaient que 40% en 2008).

D'autant qu'il s'inscrit dans un mouvement global de reconnaissance des droits des homosexuels. Dans l'Union européenne, cinq pays (Pays-Bas, Belgique, Espagne, Suède et Portugal) ont déjà légalisé le mariage gay et onze autres, dont la France, ont mis en place des substituts comme le Pacs. Les Français semblent d'ailleurs prêts à aller plus loin. Un sondage réalisé en janvier a révélé que 63 % d'entre eux étaient d'accord pour reconnaître le droit au mariage des couples homosexuels.

• La France en retard ?

Pourtant la loi française limite l'union des homos au Pacs. Aucun mariage gay, même célébré à l'étranger, n'est reconnu sur le territoire. Des maires français, à l'instar de Noël Mamère en 2004, ont tenté de braver la loi, mais ces unions, non inscrites au registre d'état civil ou invalidées, sont restées symboliques. Et en 2011, le Conseil constitutionnel, saisi par un couple de femmes, a refusé de se prononcer. Les Sages ont estimé que le mariage homosexuel relevait du législateur uniquement, provoquant un tollé dans les associations LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres).

Or, malgré les sondages toujours plus favorables aux droits des homos, Nicolas Sarkozy, tout au long de son mandat, s'est toujours opposé au mariage gay. Une tribune d'élus UMP dans L'Express et la faveur de "40% des électeurs de droite", selon l'institut BVA, n'y ont rien fait. Contrairement aux rumeurs qui ont circulé en janvier, il n'a jamais été question pour le chef de l'Etat de l'ajouter à son programme pendant la campagne présidentielle. Contrairement à François Hollande.

• Une priorité de la présidence Hollande

Le nouveau président socialiste l'a annoncé, mariage et adoption pour les couples homosexuels seront une "priorité" de son mandat. La communauté LGBT attend beaucoup de son quinquennat, comme l'écrit Menly.fr. Interrogée par le site, Amantine Revol, vice-présidente de l’association Les Enfants d’Arc en Ciel, qui œuvre pour la création d’un statut juridique de la famille LGBT, l'affirme : "Il s’est trop engagé sur ce dossier, je serais étonnée que ce ne soit pas mis en place."

Encore candidat, François Hollande avait fixé au "printemps 2013", dans un entretien au magazine gay Têtu, la date limite d'adoption de telles lois. Une "priorité" traitée relativement tard, car "les premiers mois de la session parlementaire vont être essentiellement consacrés aux éléments de programmation financière", avait expliqué le candidat. Il avait toutefois prévenu que faire passer ces textes ne serait "pas simple" à cause des réticences des parlementaires de droite. Pour tenir parole, le président élu aura besoin d'obtenir une large majorité à l'Assemblée nationale aux législatives de juin.

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