Les pesticides soupçonnés de faire jaunir des singes au Costa Rica

Un singe hurleur à manteau à Nosara au Costa Rica en janvier 2011.
Un singe hurleur à manteau à Nosara au Costa Rica en janvier 2011. (ROB FRANCIS / ROBERT HARDING PREMIUM / AFP)

Des taches jaunes sont apparues sur le pelage noir de singes hurleurs. Les scientifiques suspectent un effet secondaire des pesticides utilisés dans les cultures de bananes, d'ananas et de palmiers à huile

Dans la forêt tropicale du Costa Rica, les singes hurleurs à manteau sont en train de changer de couleur. Leur pelage noir se colore de taches jaunes. Le phénomène, rapporté dans une étude de la revue Mammalian Biology (en anglais) repérée par Sciences et Avenir vendredi 14 décembre, inquiète les scientifiques qui surveillent ces populations de primates depuis plusieurs années.

Cette décoloration touche de plus en plus de singes alouates, selon les chercheurs. En 2013, 12 primates teintés de jaunes avaient été identifiés. Désormais, ils sont au moins 21, selon l'étude. Pis, cette énigmatique jaunisse s'étend aussi sur les fourrures. En 2013, seules les extrémités des membres et la queue des alouates avaient jauni. Aujourd'hui, ces taches jaunes sont plus grandes. Et au moins deux singes ont le pelage totalement jaune.

Des primates contaminés au soufre ? 

En prélevant et en analysant des échantillons de fourrure des primates, écrit Futura Sciences, les chercheurs ont découvert que les poils décolorés contenaient une variante de mélanine, la phéomélanine, responsable de la couleur jaune, tandis que les poils noirs en possédaient une autre, l'eumélanine. 

Les scientifiques ont également constaté que les alouates à taches jaunes vivaient dans les forêts à proximité des cultures de bananes, d'ananas et de palmiers à huile. Or le Costa Rica est l'un des pays qui épand le plus de pesticides au monde : 25 kilos par hectare de terre cultivée en moyenne, selon le réseau international d'ONG Pesticide Action Network.

Compte tenu de cette utilisation intensive, les chercheurs font l'hypothèse que les primates ingèrent à leur insu d'importantes doses de pesticides. Or, soulignent les auteurs de l'étude, le soufre est la base de la plupart des pesticides, et une exposition au soufre favorise la synthèse par l'organisme de la phéomélanine. Les scientifiques ne sont pas encore parvenus à une conclusion définitive, mais une chose est sûre : les singes hurleurs à manteau jaunes sont moins bien camouflés et donc plus exposés à leurs prédateurs naturels.

Vous êtes à nouveau en ligne