Le scandale du fisc américain qui fragilise Obama

Barack Obama lors d\'un déplacement à Baltimore (Etats-Unis), le 17 mai 2013.
Barack Obama lors d'un déplacement à Baltimore (Etats-Unis), le 17 mai 2013. (PATRICK SMITH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Le Congrès a débuté son enquête sur l'Internal revenue service (IRS), le fisc américain, accusé d'avoir ciblé les conservateurs.

La Chambre des représentants américaine a entamé vendredi 17 mai une série d'auditions sur le ciblage des ultra-conservateurs par des agents de l'Internal Revenue Service (IRS), le fisc américain. Retour sur le scandale qui fragilise Barack Obama.

Comment a commencé l'affaire ?

Le scandale a débuté vendredi 10 mai, quand Lois Lerner, une responsable du fisc américain, a reconnu lors d'une conférence de presse que des groupes comportant les mots "Tea Party" et "patriote" avaient été ciblés ces dernières années, en vue d'un contrôle accru. Les demandes d'organisations conservatrices auprès de l'IRS pour se voir accorder le statut d'association dispensée d'impôts ont subi un examen approfondi, alors que celles des organisations de gauche n'auraient pas fait l'objet de ce ciblage. Cette annonce a déclenché la fureur des conservateurs, qui se font l'écho depuis un an du "harcèlement" du fisc, et dénoncent des tentatives d'intimidation politique de la part de l'administration de Barack Obama.

L'affaire a pris de l'ampleur, mardi 14 mai, quand l'inspecteur général des services fiscaux, indépendant, a publié mardi un long rapport dans lequel il confirme que le fisc a "utilisé des critères inappropriés" pour déclencher des procédures d'examen approfondi envers des organisations liées au Tea Party. Il y fustige également des erreurs de gestion et de communication au sein du fisc. 

Comment a réagi Obama ?

Dès lundi, le président Barack Obama a affirmé qu'il serait "scandaleux" que le fisc américain ait visé des groupes politiques conservateurs, et promis que les responsables devraient "rendre des comptes". Puis, mercredi, Steven Miller, directeur par intérim de l'IRS, a été contraint à la démission. "Le secrétaire au Trésor Jack Lew a demandé et accepté la démission de Steven Miller, réclamée par l'opposition, dans l'espoir de rétablir la confiance du public dans l'Internal revenue service", a déclaré le président américain lors d'une courte intervention à la Maison Blanche.

Le département de la Justice a lancé une enquête criminelle sur l'IRS et mercredi, une commission du Congrès a annoncé l'ouverture de sa propre investigation sur le sujet. 

Pourquoi le président américain est-il fragilisé ?

La Maison Blanche n'a joué aucun rôle dans cette sélection. "Au moment de l'affaire, le directeur de l'IRS était toujours le républicain qui avait été nommé par George W. Bush... et n'a quitté ses fonctions qu'à l'automne", rappelle la correspondante du Monde à Washington sur son blog. Mais cette affaire s'ajoute aux autres polémiques qui touchent actuellement la présidence américaine, à savoir les critiques sur sa gestion de l'attaque du consulat de Benghazi (Libye) le 11 septembre 2012 et la saisie par le département de la Justice de relevés téléphoniques de journalistes de l'agence Associated Press. Le scandale de l'IRS constitue, selon Kareem Crayton, professeur de sciences politiques à l'université de Caroline du Nord interrogé par l'AFP, l'affaire la plus lourde de conséquences pour le président car elle "renforce l'idée que le président et son gouvernement ne prêtaient pas attention" à ce qui se déroulait dans cette agence.

Que cherche à savoir le Congrès ?

Les membres de la commission budgétaire du Congrès, qui ont commencé leurs auditions vendredi, cherchent à savoir pourquoi l'ex-directeur de l'IRS, Steven Miller, n'a rien dit des faits dont il a été informé en 2012. "Il y a encore trop de questions sans réponse et tant que nous ne saurons pas vraiment ce qui s'est passé, nous ne pourrons pas corriger ce qui ne va pas", a déclaré Dave Camp, député républicain du Michigan et président de la commission budgétaire. "Il s'est avéré que l'IRS a cultivé une culture du secret et elle a fait preuve à plusieurs reprises d'un manque d'ouverture et d'honnêteté à l'égard du peuple américain", a-t-il ajouté.

Quelles que soient les conséquences politiques ou pénales, "l'idée que le président gouverne au nom des gens et est à la hauteur de la tâche, souffrira à long terme" de cette affaire, assure  Kareem Crayton. Et cela tombe à un moment délicat pour Barack  Obama, dont le bilan législatif du second mandat est maigre. L'approche de la campagne des législatives de la fin 2014 ne lui laisse plus que quelques mois avant d'essayer de faire progresser les sujets qui lui tiennent à cœur.

 

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