Ce que l'on sait de la démission du chef de la CIA

David Petraeus, à l\'époque directeur de la principale agence américaine d\'espionnage, la CIA, à Washington (Etats-Unis), le 31 janvier 2012.
David Petraeus, à l'époque directeur de la principale agence américaine d'espionnage, la CIA, à Washington (Etats-Unis), le 31 janvier 2012. (KAREN BLEIER / AFP)

Le général David Petraeus a reconnu une liaison et s'est retiré de ses fonctions.

AMERIQUES - La CIA décapitée non pas par une organisation terroriste, mais par un adultère. La Central Intelligence Agency a perdu son directeur vendredi 9 novembre. Le général David Petraeus, chef de la principale agence américaine d'espionnage, a en effet soumis sa démission au président Barack Obama pour avoir été infidèle.

"Après avoir été marié pendant plus de 37 ans, j'ai fait preuve d'un manque de jugement en ayant une relation extraconjugale. Semblable attitude est inacceptable à la fois comme époux et comme patron d'une organisation telle que la nôtre", explique-t-il dans un message au personnel de la CIA. 

Une liaison nécessitait-elle de renoncer à l'un des personnages publics les plus respectés des Etats-Unis ? Francetv info revient sur les tenants et les aboutissants de cette histoire.

Qui est David Petraeus ?

David Petraeus, 60 ans, général quatre étoiles, est l'officier le plus connu de l'armée américaine. Quand il a été confirmé à l'unanimité par le Sénat à la tête de la puissante agence de renseignement le 30 juin 2011, il commandait les 140 000 soldats de l'Isaf en Afghanistan.

Il est surtout considéré comme l'artisan de la stratégie gagnante des Etats-Unis en Irak. En 2003, il est responsable des troupes américaines pour le nord irakien. Il supervise ensuite jusqu'en 2005 la reconstruction de l'armée irakienne. A son retour, il réécrit le manuel de la contre-insurrection. C'est un document de référence de l'armée et des Marines pour lutter contre les insurgés et source d'inspiration pour la nouvelle stratégie en Irak et ensuite en Afghanistan.

S'il n'a passé qu'un an à sa tête, Petraeus aura "commencé à faire vivre l'agence dans un monde post 11-Septembre" en continuant sa mission antiterroriste mais en revenant à ses missions traditionnelles, selon l'expert et ex- de la CIA, Bruce Riedel.

Qui est la maîtresse ?

Pour la presse américaine, sa maîtresse est une femme de 40 ans, Paula Broadwell. Ancienne militaire, elle a passé près d'un an en Afghanistan pour écrire une biographie du général: All In: The Education of General Petraeus (non traduit). Elle est chercheuse à Harvard et briguait un poste de docteur au King's College de Londres. Elle est aussi l'auteure d'un long portrait de Petraeus dans Newsweek.

Comment l'affaire est-elle devenue publique ?

C'est en enquêtant sur une tentative d'accès aux courriers électroniques de David Petraeus que les enquêteurs du FBI ont découvert la liaison, aujourd'hui terminée. 

Selon le New York Time, tout a commencé par une plainte d'une tierce personne contre Paula Broadwell pour un harcèlement par mail. L'inspection des courriers privés de biographe de Petraeus aurait mis au jour leurs relations.

Comment a réagi Barack Obama ?

Obama "était surpris et déçu", a confié au New York Times un haut responsable de l'administration. Il s'est même d'abord montré réticent à le laisser démissionner quand David Petraeus l'a rencontré à la Maison Blanche jeudi après-midi, avant d'arriver vendredi à la conclusion qu'il ne pouvait pas le forcer à rester. Les rapports avaient pourtant souvent été tumultueux.

"David Petraeus a servi les Etats-Unis depuis des décennies de façon extraordinaire", a écrit Barack Obama dans un communiqué, en disant sa confiance au numéro deux de la CIA, Michael Morell, qui va assurer l'intérim.

Pour le directeur du Renseignement national, "la décision de Dave de quitter son poste constitue, pour notre nation, la perte de l'un des plus respectés serviteurs de l'Etat".

Mais alors pourquoi démissionner ?

"On s'en fiche. Pourquoi une histoire privée fait que la CIA va perdre un dirigeant capable ? Il n'est pas conseiller conjugal", tonne le chroniqueur Joshua Ozersky sur Slate.

Mais la plupart des médias américains s'accordent à pointer "le risque pour la sécurité" ou "le risque de chantage" auquel peut être soumis un haut responsable d'une administration si sensible. La correspondante de la BBC développe : "Un adultère peut être une affaire privée mais pas quand on tient les clés des secrets de la nation."

 

De son côté, Stanley Pignal, journaliste à The Economist, évoquait samedi dans un tweet des rumeurs de démission "en France du patron des services de renseignements pour de pas avoir eu d'aventure extraconjugale depuis plusieurs mois".

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