La machine de guerre de Mitt Romney

Le candidat à l\'investiture républicaine Mitt Romney à Manchester, dans le New Hampshire (Etats-Unis), le 10 janvier 2012.
Le candidat à l'investiture républicaine Mitt Romney à Manchester, dans le New Hampshire (Etats-Unis), le 10 janvier 2012. (MELINA MARS / THE WASHINGTON POST / GETTY IMAGES)

Organisation millimétrée, ressources financières colossales... L'avance du candidat dans la course à l'investiture républicaine ne doit rien au hasard. 

Mitt Romney fait peut-être la course en tête, mais il ne peut guère se reposer sur ses lauriers. Entre une image de riche qui lui colle à la peau et la percée de son rival Newt Gingrich en Caroline du Sud, le favori mal aimé des primaires républicaines doit lutter sans relâche pour préserver son rang. Ses rivaux savent pourtant qu'il sera difficile à battre : l'ex-gouverneur du Masachusetts a derrière lui une organisation sans failles, appuyée par des finances solides. Elle a révélé toute sa puissance dans la primaire de Floride du mardi 31 janvier, remportée largement par le candidat.

Déjà en lice en 2008, l'ex-gouverneur du Massachusetts a su capitaliser sur son expérience. En arrivant dans l'Iowa pour la première étape des primaires, Mitt Romney avait un avantage de taille sur la plupart de ses adversaires : les données collectées lors de sa précédente campagne. Elles sont issues du travail minutieux de Michael Meyers et Alexander Gage, deux spécialistes des statistiques, engagés en 2007. 

Des méthodes empruntées au marketing 

Le "microtargeting" ("microciblage" en français), issu du marketing, est à l'époque en pleine ascension dans la politique américaine. Grâce à cette méthode, Meyers et Gage détectent avec précision les électeurs républicains susceptibles de pencher en faveur de Mitt Romney. Ceux-ci sont démarchés en priorité. Le caucus de 2008 est pourtant un échec. Les consultants ont correctement identifié les électeurs de Mitt Romney mais largement sous-estimé ceux de son adversaire Mike Huckabee, explique Michael Meyers sur le site américain Slate (article en anglais)

Le travail fourni finit par payer quatre ans plus tard : à leur arrivée à Des Moines (Iowa) fin 2011, les équipes de Mitt Romney exhument les listes élaborées en 2008. Elles les complètent et affinent leur approche en mettant en place des processus automatisés. Ces derniers envoient aux électeurs indécis des messages ciblés sur les sujets qui les intéressent, accompagnés des mesures défendues par le candidat. Cette fois, le succès est (presque) au rendez-vous : Mitt Romney devance dans un premier temps Rick Santorum de huit voix malgré une présence sur le terrain beaucoup plus faible que celle de son adversaire. Cependant, quinze jours après, le catholique est finalement donné vainqueur, avec 34 voix d'avance.

Mitt Romney téléphone à des électeurs indécis aux côtés des volontaires de sa campagne, peu avant la primaire du New Hampshire, le 9 janvier 2012 à Manchester (Etats-Unis).
Mitt Romney téléphone à des électeurs indécis aux côtés des volontaires de sa campagne, peu avant la primaire du New Hampshire, le 9 janvier 2012 à Manchester (Etats-Unis). (BRIAN SNYDER / REUTERS)

Les meetings, "la partie émergée de l'iceberg"

Reste que le déploiement de forces est représentatif d'une campagne soigneusement pensée. Le candidat est peut-être trop discipliné pour passionner les foules, mais à l'inverse de certains de ses concurrents, il est rarement pris en défaut. Fin novembre, les autorités du Missouri révèlent ainsi que Newt Gingrich, son rival le plus sérieux, ne participera pas au vote de février qui précède traditionnellement le caucus de cet Etat. Il n'a pas rempli les formalités dans les temps.

Mitt Romney ne craint pas ce genre de mésaventures : ses émissaires ont été envoyés avec plusieurs mois d'avance recueillir les signatures nécessaires pour s'inscrire aux primaires le cas échéant.

Pour le candidat et ses stratèges, l'organisation est la clé du succès. Une campagne, "c'est comme un iceberg", expliquait début décembre Rich Beeson, directeur politique de la campagne Romney au Washington Post (article en anglais). "Il est facile de voir la partie émergée - les grands meetings dans les salles municipales, les bannières, les drapeaux... Mais [la majeure partie] de l'iceberg est en dessous, et c'est tout ça : les démarches pour être inscrit au scrutin, la mise en place de l'organisation dans les Etats."

Une organisation solide et réactive

Etre prêt, c'est le leitmotiv de l'équipe Romney. Ses adversaires l'attaquent sur sa carrière au sein du fonds d'investissement Bain Capital ? Aussitôt, raconte le New York Times, les équipes rassemblées dans son quartier général de campagne à Boston décrochent leur téléphone et appellent tous ses soutiens déclarés au sein du parti. Elles les enjoignent de faire passer le message : ce genre de critiques s'attaquant aux fondements du capitalisme est dangereux pour les républicains, Newt Gingrich et Jon Huntsman doivent cesser. Les volontaires sur le terrain reçoivent des "éléments de langage" pour défendre le parcours de businessman de leur leader.

A chaque attaque est opposée une réponse structurée. La crise qui suit la publication de ses feuilles d'impôts, qui étalent au grand jour les 45 millions de revenus du candidat en seulement deux ans, en donne un nouvel exemple. Dès le lendemain, son équipe de campagne organise une téléconférence avec des journalistes pour éteindre l'incendie. Elle y produit Fred Goldberg, ancien commissaire de l'IRS, le fisc américain, qui souligne que les époux Romney ont "entièrement satisfait à leurs responsabilités en tant que contribuables".

Des stratèges qui pensent long terme

Contrairement à certains de ses adversaires, qui ont tout misé sur les premiers Etats, Mitt Romney a élaboré un plan couvrant chaque étape de la course. Son équipe pense long terme. "Il y a deux objectifs politiques : le premier est de remporter la nomination, le deuxième est de construire une organisation couvrant les 50 Etats qui conduira à la victoire à l'automne [lors de la présidentielle]", précise Eric Fehrnstrom, conseiller de Mitt Romney, au Washington Post.

Une stratégie au long cours d'autant plus payante que le calendrier des primaires est cette année beaucoup plus étiré qu'en 2008, comme l'illustre une infographie du New York Times (en anglais). Le nombre de délégués nécessaires pour s'assurer à coup sûr la nomination ne peut être atteint avant la mi-mars, contre début février en 2008.

Le plus gros budget du camp républicain

Mitt Romney peut compter sur des ressources colossales pour mettre en œuvre sa stratégie. Les fonds levés auprès de ses soutiens atteignaient déjà plus de 32 millions de dollars (25 millions d'euros) fin septembre 2011, contre un peu plus de 7,5 millions en moyenne pour les autres prétendants. Ils ont été presque doublés lors du dernier trimestre : Mitt Romney a annoncé le 11 janvier avoir levé 24 millions de dollars (18,5 millions d'euros) sur cette seule période.

A ces ressources déjà très confortables s'ajoutent les 12 millions de dollars (9 millions d'euros) rassemblés par Restore Our Future, le comité politique géant qui soutient Mitt Romney. Le groupe a dépensé 2,8 millions de dollars (2 millions d'euros) dans le seul Etat de l'Iowa pour couler son rival Newt Gingrich à coups de publicités négatives.

En Floride, Etat très étendu et densément peuplé où faire campagne coûte cher, cet avantage pourrait s'avérer décisif. Le comité pro-Romney n'a donc pas lésiné sur les moyens : il a dépensé plus de 10 millions de dollars (7,6 millions d'euros) dans l'Etat. Soit, selon un comparatif établi par le Huffington Post (article en anglais), plus du double de la somme déboursée par le comité soutenant Newt Gingrich, son principal rival de Mitt Romney et le seul capable de lui tenir tête en Floride. Avec succès : mardi 31 janvier, le modéré a écrasé son rival en recueillant 46 % des voix, 14 points devant son rival.