La dette colossale de Porto Rico, possible enjeu de la présidentielle américaine

Sur l\'île de Porto Rico, les boutiques mettent la clé sous la porte. Ce magasin de vêtements annonce une liquidation totale dont il faut profiter avant la fermeture définitive.
Sur l'île de Porto Rico, les boutiques mettent la clé sous la porte. Ce magasin de vêtements annonce une liquidation totale dont il faut profiter avant la fermeture définitive. (Alvin Baez-Hernandez / REUTERS)

Souvent surnommée la «Grèce des Caraïbes», l'île qui compte aujourd'hui 3,6 millions d'habitants, un nombre en baisse depuis les années 2000, est confrontée à une dette abyssale estimée à 73 milliards de dollars. Le gouverneur a prévenu sans ambages: «On ne peut pas rembourser». Assimilée à un Etat américain, Porto Rico n'a pas l'option de se déclarer en faillite. Washington n'envisage pas d'aide.


La fragilité de l'économie de l'archipel de Porto Rico, d'une superficie de 9.100 km², n'est pas nouvelle. Baisse de la croissance, hausse du chômage (14%), développement de la criminalité, effondrement des investissements, explosion des dépenses sociales, chute des rentrées fiscales, ralentissement de l'activité touristique faute de visiteurs: les Portoricains connaissaient la situation depuis plusieurs années. Mais pas au point d’imaginer leur gouverneur parler un jour de faillite.

Dans un entretien publié par le New York Times (NYT), Alejandro Garcia Padilla fait ce constat: «Il n'y a pas d'autre option. J'aimerais disposer d'une option plus facile. Ce n'est pas une question politique, c'est mathématique.» Et d'évoquer une «spirale de la mort».

Entre les mains du Trésor américain
Son statut particulier d'«Etat libre associé» ou Commonwealth (selon le terme américain) n'arrange pas les affaires de Porto Rico, qui porte de moins en moins bien son nom («port riche» en espagnol). Ni vraiment Etat américain, ni vraiment Etat indépendant, l'île se retrouve livrée pieds et poings liés à la bonne volonté de Washington. Elle ne peut ni dévaluer sa monnaie, ni suspendre le paiement de sa dette. Résultat: c'est le Trésor américain qui a le dernier mot. 

«
Nous pressons Porto Rico d'élaborer un programme économique et budgétaire à long terme présentant une orientation fiscale durable», a indiqué l'administration fiscale aux autorités portoricaines, leur refusant, comme elles le demandaient, de placer l'île sous protection par le biais du chapitre 9 de la loi sur les faillites des Etats ou des grandes villes.

Comme l'a relevé le NYT, un défaut de paiement de Porto Rico pourrait demander des années avant d'être résolu. Le territoire a en effet un endettement obligataire municipal par personne plus important que celui de n'importe quel Etat américain.

Fin juin 2015, le gouverneur de Porto Rico Alejandro Garcia Padilla, bientôt 44 ans, avoue au monde entier que son île ne pourrait pas rembourser sa dette gigantesque de près de 73 milliards de dollars. De quoi encourager encore l\'exode des Portoricains. 
Fin juin 2015, le gouverneur de Porto Rico Alejandro Garcia Padilla, bientôt 44 ans, avoue au monde entier que son île ne pourrait pas rembourser sa dette gigantesque de près de 73 milliards de dollars. De quoi encourager encore l'exode des Portoricains.  (Jim WATSON / AFP)


Comment en est-on arrivé là ?
Hispanophone, l'île est contrôlée par les Etats-Unis depuis 1898, après leur victoire contre l'Espagne, lors de la guerre hispano-américaine. Cinquante ans plus tard, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, est engagée une stratégie d'industrialisation de Porto Rico à marche forcée, avec exonération d'impôts pour attirer les investisseurs étrangers. Une incitation fiscale qui a fait de l’île un paradis pour des entreprises de divers secteurs de pointe, dont les groupes pharmaceutiques comme Pfizer, qui en ont largement profité.

Mais cette situation «idyllique» a pris fin en 2006, sous la pression de l'administration américaine. Beaucoup d'entreprises ont alors quitté les lieux. L'île ne s'en est jamais remise. Sa production s'est effondrée de 16% et sa population a décliné de 150.000 habitants.

Porto Rico attirait aussi les petits épargnants
Dans le même temps, Porto Rico proposait aussi un traitement de faveur aux investisseurs qui achetaient ses bons du Trésor, en les exemptant de taxes locales et fédérales. C'est ce qui a rendu les titres obligataires portoricains si populaires auprès des fonds de pension américains.

Cela ressemblait à l'Eldorado et beaucoup s'y sont laissé prendre. De 2000 à 2015, l'île a ainsi plus que triplé sa dette, à 73 milliards de dollars. Les facilités de financement étaient telles que, à l'image de la cigale, elle n'a jamais ressenti le besoin d'assainir ses finances publiques. Aujourd'hui, le gouverneur Padilla explique à ses concitoyens qu'il souhaite obtenir des créanciers un moratoire «retardant de plusieurs années le paiement de la dette».

Entretemps, les agences de notation ont placé les obligations de Porto Rico dans la catégorie des «junk bonds», autrement dit des obligations pourries, jugées à haut risque de non solvabilité.

Une épine dans la future campagne présidentielle américaine
Pour Washington, c’est une bombe à retardement. Jusqu’à présent, le Congrès et la Maison-Blanche ont plutôt fait la sourde oreille face aux demandes d'aide venues de San Juan.

Mais dans la perspective de la présidentielle américaine de 2016, ni les démocrates ni les républicains ne pourront tirer un simple trait sur le problème portoricain. A la suite d’une émigration massive, cinq millions de Portoricains vivent aux Etats-Unis, dont un nombre très important en ­Floride, un Etat décisif lors du scrutin. Wait and see.

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