L'ex-coureur Christophe Bassons : "Armstrong n'a pas dit toute la vérité"

Le coureur cycliste Christophe Bassons au tribunal correctionnel de Lille, pour être entendu comme témoin dans le cadre de l\'affaire de dopage Festina, à Lille (NOrd), le 24 octobre 2009.
Le coureur cycliste Christophe Bassons au tribunal correctionnel de Lille, pour être entendu comme témoin dans le cadre de l'affaire de dopage Festina, à Lille (NOrd), le 24 octobre 2009. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

Christophe Bassons, 38 ans, a été coureur professionnel entre 1996 et 2001. Entré en résistance contre le dopage, il a été menacé par Lance Armstrong et contraint d'abandonner le cyclisme. Il réagit aux aveux de l'Américain. 

Alors que Lance Armstrong a avoué s'être dopé sur une chaîne de télévision américaine dans la nuit du 17 au 18 janvier, francetv info a interrogé Christophe Bassons, 38 ans, coureur professionnel entre 1996 et 2001. Entré en résistance contre le dopage, il a été menacé par Lance Armstrong sur le Tour de France, en 1999. Isolé, il avait craqué et abandonné la course, victime de son honnêteté.

Francetv info : Parlez-nous du tour 1999, l'année de la première victoire de Lance Armstrong ?

Christophe Bassons : Après l'affaire Festina en 1998, tout le monde parlait de renouveau du cyclisme. Moi, je suis entré en résistance, estimant que beaucoup de coureurs continuaient à se doper, et je l'ai dit. Je me suis fait réprimander au sein même de mon équipe. Après cela, sur le Tour, petit à petit, plus personne ne me parlait. Au départ de Sestrières, le peloton avait décidé de ne pas rouler pendant 100 km. J'ai été prévenu par un mécano, j'ai fait le boulot et j'ai attaqué.

Dès lors, mon équipe à roulé contre moi. Et Lance Armstrong est venu vers moi. Il m'a attrapé violemment par l'épaule devant tout le monde, il m'a dit que mes propos étaient faux et que je faisais du mal au cyclisme. Devant mon sourire, il m'a provoqué, m'a dit que je n'avais rien à faire là, que je devais quitter la course si je voulais être tranquille.

Il a répété plusieurs fois : "Fous le camp". Après, tous les jours, il me narguait, me harcelait de petites phrases ou de regards menaçants. A la 16e étape seul, isolé j'ai craqué, j'ai abandonné le Tour. J'ai fait six mois de dépression. Deux ans plus tard, comme rien ne changeait, j'ai arrêté le cyclisme.

Quelle est votre réaction après les aveux d'Armstrong diffusés hier soir ?

Je ne suis pas surpris, mais je pense qu'il n'a pas dit toute la vérité. Il dit qu'il ne s'est pas dopé en 2009 lors de son retour, mais ce n'est pas possible. Il avait mis en place un tel système, pendant des années, que s'il revenait, c'était pour gagner. On ne peut pas le croire.

Par ailleurs, il n'explique pas comment il a réussi à échapper aux contrôles. Il ne donne pas de noms de ses complices, il dit qu'il n'a forcé personne à se doper, alors que tout le monde sait que c'est faux. Donc je reste sur ma faim.

Quel genre de personnage est-ce ?

C'est quelqu'un de très dur, qui a beaucoup souffert pendant son enfance. Il est très volontaire, très courageux avec une très grande ambition. S'il parle, c'est qu'il a obtenu des garanties de la justice américaine. Tout est calculé chez lui. Il veut faire de la politique, et pour cela il a besoin de se faire pardonner. Je crois qu'il avait des aptitudes physiques pour gagner des épreuves sans se doper, mais pas le Tour de France.