Canada : l'article à lire pour saisir l'ampleur de l'incendie de Fort McMurray

Une voiture est arrêtée au bord de l\'autoroute près de Fort McMurray (Alberta, Canada), en proie aux flammes, le 7 mai 2016.
Une voiture est arrêtée au bord de l'autoroute près de Fort McMurray (Alberta, Canada), en proie aux flammes, le 7 mai 2016. (MARK BLINCH / REUTERS)

Il faudra peut-être plusieurs mois avant que les flammes ne soient totalement éteintes. Plus de 200 000 hectares de forêt sont déjà partis en fumée, soit 20 fois la superficie de la ville de Paris.

Plus de 200 000 hectares sont déjà partis en fumée. L'incendie de Fort McMurray, dans la province de l'Alberta (Canada), a ralenti sa progression, lundi 9 mai. Les autorités craignent toutefois qu'il faille plusieurs mois pour venir à bout du gigantesque feu de forêt, à moins d'une météo favorable. Pourquoi cet incendie s'est-il propagé si vite ? Quelles seront les conséquences économiques et environnementales ? Francetv info vous explique tout.

J'ai entendu dire qu'on appelait cet incendie "la bête". Il est si gigantesque que ça ?

C'est effectivement le surnom donné par les pompiers au gigantesque feu de forêt qui ravage Fort McMurray, dans le centre du Canada. Il y a en réalité une quarantaine d'incendies simultanés, dont cinq "hors de contrôle", d'après les autorités. L'intensité des flammes, qui atteignent 40 m de hauteur par endroit, rend le travail des pompiers particulièrement difficile.

En une semaine, le brasier s'est très rapidement propagé : au moins 200 000 hectares de forêt ont été dévorés par les flammes entre le 1er et le 9 mai, selon une estimation de la cellule de crise du gouvernement de l'Alberta. C'est plus de 20 fois la superficie de la ville de Paris.

Quelque 2 000 habitations de Fort McMurray ont en outre été détruites, selon la BBC (en anglais). Si 90% de l'agglomération, dont le centre-ville, ont été relativement épargnés, certaines banlieues du sud de Fort McMurray ont presque entièrement brûlé.

Pourquoi s'est-il propagé si vite ?

On ignore encore l'origine exacte de la quarantaine de feux de forêt qui ravagent le nord-est de l'Alberta. Mais les conditions climatiques inhabituelles, liées au courant marin chaud El Niño, ont largement contribué à la propagation des flammes, affirme le New York Times (en anglais). 

L'hiver a ainsi été anormalement doux dans le nord-ouest du Canada. La neige a fondu plus tôt que les années précédentes, ce qui a asséché les sous-bois et la forêt boréale près de Fort McMurray. Résultat, les arbres se sont facilement embrasés et les flammes se sont rapidement propagées à travers la forêt. Si ce type d'incendies est fréquent en Alberta, ils se produisent habituellement en plein été et non dès le mois de mai.

Les températures ont elles aussi facilité la progression des flammes : elles étaient de 5 °C supérieures aux moyennes de saison en mars et en avril, selon le Globe and Mail (en anglais). Le thermomètre a ainsi atteint 32 °C à Fort McMurray, mardi 3 mai, rapporte le Calgary Herald (en anglais). Cette forte chaleur, associée à un vent violent, ont ralenti l'intervention des pompiers jusqu'à dimanche.

Que peuvent faire les autorités ?

Quelque 1 400 pompiers luttent contre les feux de forêt dans l'Alberta, lundi 9 mai. Ils sont 500 à être affectés spécifiquement à Fort McMurray, où la priorité est de préserver les structures vitales comme les réseaux de télécommunications, d'électricité, de gaz et d'eau, rapporte le Globe and Mail (en anglais).

L'Agence de gestion des urgences de l'Alberta indique que "de grandes quantités d'eau [ont été projetées] de façon continue, afin de protéger les maisons des braises et des étincelles"Des bombardiers ont également été dépêchés au-dessus des quartiers les plus à risque, pour éviter que les flammes ne continuent de se propager, précise La Presse. 

Les autorités tentent enfin de circonscrire les incendies qui menacent les exploitations de sables bitumineux, un mélange d'hydrocarbures et de terre. Peu boisées, elles sont habituellement peu affectées par les feux de forêts. Certaines compagnies pétrolières ont toutefois pris des mesures pour protéger davantage encore leurs sites. L'entreprise Suncor a ainsi annoncé, dimanche 8 mai, avoir dégagé de larges bandes de forêts et de broussailles aux abords de ses installations, pour éviter que les flammes ne se propagent.

Il va leur falloir des semaines pour éteindre tout ça, non ?

Les pompiers ont gagné un peu de répit, dimanche 8 mai, grâce à des températures en baisse et quelques gouttes de pluie. "Le feu a progressé bien plus lentement" que ce que les autorités avaient anticipé, s'est félicité Chad Morrison, un porte-parole des pompiers de l'Alberta.

Mais les feux de forêts qui menacent la province canadienne sont loin d'être circonscrits – et les pompiers n'y peuvent pas grand chose. Le brasier est tellement intense et étendu que seule la pluie pourra en venir à bout, d'après les secours. "A moins de recevoir 100 millimètres de pluie, nous nous attendons à combattre ce feu de forêt pour les mois à venir, a ainsi estimé Chad Morrison, cité par La PresseCe n'est pas rare pour ce type de feu." Il faudrait ainsi "un à deux mois" aux pompiers pour réussir à maîtriser l'incendie rien que dans la ville de Fort McMurray.

Et les habitants de Fort McMurray, ils vont devenir quoi ? 

Quelque 100 000 résidents de Fort McMurray et des villes alentours ont été évacués par mesure de sécurité. Si la plupart ont été accueillis par leurs proches, des dizaines de milliers de personnes ont trouvé refuge dans des centres d'hébergement d'urgence, des campings ou dans des caravanes garées au bord de la route.

Un peu plus de 32 000 personnes s'étaient déjà inscrites auprès de la Croix-Rouge, dimanche 8 mai. L'ONG a récolté plus de 46 millions de dollars canadiens (31 millions d'euros) d'aide aux sinistrés. Soit "la plus importante collecte de fonds de l'histoire de la Croix-Rouge canadienne", rapporte Radio Canada.

Impossible pour l'instant de savoir quand ces habitants pourront revenir à Fort McMurray. Les autorités ont déjà commencé à travailler à un plan de retour, mais cette opération risque de n'être mise en place que dans plusieurs semaines. Selon La Presse, de nombreuses habitations ont été endommagées par la fumée et les importantes quantités d'eau utilisées par les pompiers pour éteindre les flammes.

Il faudra en outre attendre que l'eau courante soit à nouveau potable et que les matières toxiques laissées par l'incendie soient nettoyées. "Une fois que les dégâts immédiats causés par l'incendie seront terminés, il y aura un travail énorme à faire pour que la ville soit sécuritaire et habitable", a insisté la Première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, dimanche 8 mai. "Dans deux semaines nous aurons une meilleure idée du moment où les résidents" pourront commencer à rentrer chez eux, a estimé Darby Allen, chef des pompiers de Fort McMurray

On sait déjà s'il y aura des répercussions sur l'environnement ? 

La première conséquence de ce gigantesque incendie est évidente : 200 000 hectares de forêt ont déjà été détruits. D'autres zones boisées pourraient encore être dévastées durant les mois nécessaires afin de circonscrire les flammes. L'impact définitif sur la faune est par ailleurs difficile à évaluer pour l'instant.

Au-delà des destructions, ces feux de forêts causent une importante pollution. L'agence fédérale Environnement Canada a ainsi émis plusieurs alertes concernant une diminution de la qualité de l'air, dimanche 8 mai, relaye La Presse. La fumée du brasier, que l'on peut apercevoir depuis l'espace, engendre une visibilité réduite et peut être dangereuse pour la santé des habitants du nord de l'Alberta et de la province voisine de la Saskatchewan.

Le brasier a également affecté un site où sont enterrés près de 45 000 m3 de "déchets radioactifs de faible activité", indique Radio Canada. Il n'y a toutefois pas de risque de pollution pour le moment.

Et niveau économie, ça ne craint pas trop ? 

En plus de dévaster les forêts albertaines, la "bête" va avoir de lourdes conséquences économiques. L'incendie devrait être la catastrophe naturelle la plus coûteuse de l'histoire du Canada. Il faudra 9 milliards de dollars canadiens (6 milliards d'euros) pour reconstruire les 1 600 maisons et les infrastructures détruites, estime la Banque de Montréal, citée par Courrier internationalUne partie du réseau électrique de Fort McMurray a ainsi été endommagée.

Cet incendie représente en outre un énorme manque à gagner pour l'Alberta, qui souffre déjà de la chute du prix du pétrole ces derniers mois, souligne La Presse. Plusieurs compagnies exploitant les sables bitumineux ont fermé leurs pipelines par mesure de sécurité. La baisse de la production de pétrole est d'environ un million de barils chaque jour, soit un quart de la production du pays.

La Première ministre de l'Alberta a assuré que les secours faisaient tout leur possible pour "protéger ces sites". Même si les installations pétrolières ne sont pas affectées, l'activité ne pourra reprendre que lorsqu'ils seront sécurisés et que les employés évacués auront été rapatriés. Les effets de cet arrêt forcés se faisaient déjà sentir sur les marchés, lundi 9 mai : le prix du baril de brut a grimpé de près de 2% dans la journée.

J'ai eu la flemme de tout lire, vous me faites un résumé ? ;)

Une quarantaine de feux de forêt, dont cinq "hors de contrôle", ont détruit plus de 200 000 hectares et 2 000 habitations en une semaine à Fort McMurray. La propagation des flammes a été facilitée par le phénomène El Niño, qui a causé des températures anormalement élevées pour la saison.

Quelque 1 400 pompiers tentent toujours, lundi 9 mai, de protéger les infrastructures vitales et de limiter l'avancée de l'incendie. Mais ils estiment qu'il faudra plusieurs mois pour en venir à bout, "à moins de recevoir 100 millimètres de pluie". Les 100 000 habitants de Fort McMurray qui ont été évacués devront donc attendre de longues semaines avant de pouvoir rentrer chez eux.

Selon une première estimation des autorités, cet incendie devrait être la catastrophe naturelle la plus coûteuse de l'histoire du Canada. Sans compter les conséquences économiques désastreuses :  les exploitations pétrolières de la région, à l'arrêt forcé par mesure de sécurité, enregistrent un manque à gagner équivalent à un million de barils chaque jour. Soit un quart de la production totale du pays.

Vous êtes à nouveau en ligne