Guatemala: le président Perez, poursuivi par la justice, démissionne (enfin)

Conférence de presse du président Otto Perez Molina, le 30 août 2015.
Conférence de presse du président Otto Perez Molina, le 30 août 2015. (Johan ORDONEZ/AFP)

Il se voulait le chantre de la lutte contre la corruption et contre la criminalité. Fatigués par des années de guerre civile et par la criminalité, les Guatémaltèques avaient élu Otto Perez à la tête du pays en 2012. Le général a dû se résoudre à démissionner après avoir affirmé pendant des mois qu’il irait au bout de son mandat (14 janvier 2016).


La justice et la rue en ont décidé autrement. Après avoir perdu son immunité le 1er septembre 2015, il a été convoqué devant le juge le 3 et risque la destitution. Il est loin le temps où le sexagénaire, promettait d’avoir une «main de fer» contre la criminalité. La justice lui reproche son implication présumée dans un vaste réseau de corruption dont il serait le «numéro un» selon le parquet et une Commission de l'ONU contre l'impunité (Cicig).
 
«Le général en jeans», comme le surnomment ses concitoyens à cause de ses tenues civiles pendant la campagne électorale pour faire oublier ses 34 ans dans l’armée, n’est plus le fringant sexagénaire qui se voulait le «Monsieur Propre» du Guatemala. Trois ans et demi après son élection, c’est devant des juges remontés qu’il devra s’expliquer. Et pour la procureure générale, le président Otto Perez sera bien condamné pour corruption. «Nous irons au procès, ensuite il y aura un verdict qui, selon mon appréciation et ce que je connais du dossier, devra être une condamnation», assure Thelma Aldana.

 
Son PIB est en croissance, sa monnaie forte : si le Guatemala  est considéré  comme l'une des économies les plus solides d'Amérique centrale, le pays est rongé par la corruption, dont le coût pour les recettes fiscales est considérable. Le Guatemala, 115e sur 175 du classement mondial 2014 de l'ONG Transparency International, cherche à tourner la page de la corruption endémique. 
 
Retranché dans le palais présidentiel, l'ex-responsable des services de renseignement militaire s’est retrouvé esseulé, lâché par plusieurs de ses ministres en août. Sa vice-présidente Roxana Baldetti a été arrêtée, poursuivie pour association de malfaiteurs, fraude et corruption passive. Elle avait dû démissionner mi-mai. 

 
Le 6 septembre, quelque 7,5 millions de Guatémaltèques, sur 15,8 millions d'habitants, sont appelés aux urnes pour désigner le successeur du président conservateur Otto Pérez ainsi que les 158 députés et 338 maires. La société civile prône le report des élections, souhaitant d'abord une vaste refonte du système politique pour le purger de la corruption endémique. Le bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'Homme au Guatemala promet de surveiller les élections «afin de prévenir de possibles manifestations violentes». 
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