Pourquoi il est important de souligner le caractère homophobe de la tuerie d'Orlando

Des personnes se recueillent en solidarité aux victimes de la tuerie d\'Orlando (Etats-Unis), à Sydney (Australie), le 13 juin 2016. 
Des personnes se recueillent en solidarité aux victimes de la tuerie d'Orlando (Etats-Unis), à Sydney (Australie), le 13 juin 2016.  (REUTERS)

Après l'attentat qui a visé un club gay dans la nuit de samedi à dimanche, médias et politiques ont parfois du mal à qualifier cette tuerie d'homophobe. Pourtant, le choix des mots est important et révélateur.

"Un massacre homophobe lié à Daesh." Le constat est éloquent : parmi les quotidiens français, seul Sud Ouest ose qualifier en une le caractère homophobe de l'attentat qui a visé, dans la nuit du samedi 11 au dimanche 12 juin une boîte de nuit gay d'Orlando (Floride, Etats-Unis). Omar Seddique Mateen a tué 49 personnes dans ce club, la pire tuerie de l'histoire des Etats-Unis. Un attentat revendiqué par les jihadistes du groupe Etat islamique.

Pour autant, rares sont les médias et les personnalités politiques à désigner clairement la cible de l'attaque : la communauté LGBT (lesbienne, gay, bi et trans). Les mots pour caractériser cette tuerie homophobe existent. Voici pourquoi il est important de les utiliser. 

Parce que le club visé est clairement un haut lieu de la culture gay

"Nuit d'horreur en Floride", "La terreur et la haine", "Tuerie de masse dans une boîte de nuit en Floride"... La presse française se focalise sur l'horreur de l'attaque, mais semble oublier qu'elle s'est produite au Pulse. Ouvert en 2004, le club d'Orlando s'affiche comme l'une des boîtes de nuit emblématiques de la cause des personnes LGBT en Floride et aux Etats-Unis. "Un univers de divertissement et de fantasme, le club le plus chaud d'Orlando", annonce le site web du Pulse, agrémenté de nombreuses photos de fêtards parfois un brin sulfureuses. 

Samedi, plus de 300 personnes participaient à une "Latin night" avec un spectacle de drag-queens, quand le suspect a semé la terreur au Pulse, un club situé à 200 km de son domicile. "Le fait que ce soit la communauté homosexuelle qui ait été visée par cet attentat est donc, a priori, une information accessoire, pas essentielle, pas de celle que l’on met dans les gros titres", s'étonne le journaliste Nicolas Martin, qui assure la revue de presse sur France Culture. Or, les victimes sont majoritairement homosexuelles, latinos et noires. 

Cette pratique a un nom, elle est souvent d’ailleurs assez inconsciente… ça s’appelle l’invisibilisation… Un peu comme si au lendemain des attaques de 'Charlie Hebdo', la presse avait évoqué des attentats contre des bureaux… ou après l’Hyper Casher, contre un supermarché. Sans préciser la nature de la cible de l’attaque terroriste…Nicolas Martin, journalistesur France Culture

Et le journaliste précise que "s’il reste à déterminer les motivations exactes du terroriste… il n’y a pas de doute sur la nature de l’endroit qui était visé. Sur la cible de l’attaque." Difficile d'ignorer que le Pulse est un haut lieu de rassemblement pour la communauté LGBT à Orlando. Difficile aussi de passer outre les déclarations du père d'Omar Seddique Mateen, qui a rapporté que son fils s'était énervé en voyant un couple d'hommes s'embrasser à Miami, deux mois avant le drame. 

Parce que le Pulse était censé être un espace de liberté

Pour la communauté LGBT, les clubs gays sont des espaces protégés, des espaces de liberté où l'on peut avoir l'assurance de danser, s'amuser et draguer à l'abri des regards désobligeants, des insultes homophobes et des agressions. Un "'safe space' où homos, bis, intersexes, trans, travestis peuvent se retrouver en 'sécurité'", résument Les Inrocks. Toutefois, la communauté LGBT a connu à plusieurs reprises des violences "dans ses propres espaces de refuge", rappelle Slate.fr

Vu le mal qu’ont certains élus à dire clairement que la communauté LGBT était la cible du tueur d’Orlando, on comprend que le combat contre l’homophobie est loin d’être gagnéIan Brossat, adjoint au logement de la maire de Paris et rare élu français ouvertement homosexuelsur Facebook

"Ne pas préciser que la fusillade a eu lieu dans un club gay - comme ont omis de le faire de nombreux politiques dans leurs tweets de soutien, c’est nier que ces hommes et femmes sont morts parce qu’ils-elles étaient gay, bi, trans, travestis, queer, ou allié-e-s [à la cause LGBT]. C’est nier que l’homophobie tue", écrivent aussi Les Inrocks. De fait, Nicolas Sarkozy a condamné "l'effroyable tuerie d'Orlando", quand François Hollande a exprimé le "plein soutien de la France au peuple américain". Le candidat à la primaire de la droite Bruno Le Maire s'est quant à lui fait remarquer en évoquant "une certaine idée du monde de nouveau visée". Manuel Valls a, lui, souligné que les victimes appartenaient à la communauté LGBT : "En frappant la communauté gay, l'attaque effroyable d'Orlando nous atteint tous". 

Parce que certains messages de solidarité ont du mal à passer

"Le problème avec l’invisibilisation, c’est qu’elle permet de faire 'comme si', de minimiser en quelque sorte la portée du geste, déplore Nicolas Martin sur France Culture. C’est ce qui permet, par exemple, à des personnes qui ont pris des positions notoirement hostiles aux personnes homosexuelles, de faire 'comme si' et de se fendre de messages de compassion et d’oublier comme par magie la nature de la cible visée."

Ainsi, La Manif pour tous, à la pointe du combat contre le mariage pour tous, a fait part de "sa peine immense pour les victimes et leurs familles", sans citer l'orientation sexuelle des victimes. Ce tweet a provoqué la colère de nombreux internautes, comme le souligne BuzzFeed. De même, la solidarité de Christine Boutin, connue pour ses prises de position anti-Pacs et anti-mariage pour tous, ne passe pas. Difficile d'oublier que l'ancienne ministre a été condamnée à 5 000 euros d’amende pour avoir déclaré que "l’homosexualité est une abomination".

"Utiliser les mots 'gay', 'homo', 'queer', 'homophobie' en titres, c’est aussi expliquer pourquoi ces messages de solidarité sonnent faux", rappellent Les Inrocks, dénonçant "l'hypocrisie" de ceux qui refusent de faire le lien entre la tuerie d'Orlando et "l'homophobie latente"