Etats-Unis. Pourquoi les résultats en Floride traînent toujours en longueur

Des électeurs patientent devant un bureau de vote à Kissimmee (Floride), le 6 novembre 2012.
Des électeurs patientent devant un bureau de vote à Kissimmee (Floride), le 6 novembre 2012. (SCOTT MILLER / REUTERS)

La victoire démocrate semble acquise en Floride, mais les résultats officiels ne devraient être proclamés que samedi. Une situation qui rappelle celle de 2000.

PRESIDENTIELLE AMERICAINE – Qui l'a emporté en Floride ? Barack Obama ou Mitt Romney ? Trois jours après l'élection, le décompte de voix se poursuit vendredi 9 novembre dans cet Etat du sud-est des Etats-Unis, même si Obama semble en tête. Contrairement à l'élection de 2000, ce résultat n'est pas décisif et ne changera rien à la réélection du président démocrate. Mais ce contretemps symbolise les dysfonctionnements du système électoral du Sunshine State. Pourquoi un tel retard, et pourquoi toujours dans cet Etat ?

 Une "participation très élevée"

La Floride compte 29 grands électeurs, 67 comtés et près de 12 millions d'inscrits. Les résultats définitifs devraient être connus samedi midi au plus tard, selon les autorités. Celles-ci tentent de dédramatiser le délai supplémentaire nécessaire : "Si nous avons enregistré du retard, ce n'est pas à cause d'irrégularités dans le processus, mais en raison d'une participation très élevée", qui a atteint 70% cette année, selon la responsable de l'organisation des élections en Floride, Christine White.

En 2000, seules 537 voix d'avance pour Bush

Mais la Floride n'est pas n'importe quel Etat. Il y a douze ans, il avait fallu un mois et une décision de justice pour savoir qui, de George W. Bush ou d'Al Gore, l'avait emporté. Après cinq semaines de recours et de procédures, George Bush avait été proclamé vainqueur en Floride avec seulement 537 voix d'avance sur Al Gore. Sa victoire dans cet Etat lui avait permis d'obtenir de justesse la majorité des votes au sein du collège électoral, et de devenir président.

Depuis 2008, de nouvelles lois électorales

"Il est facile de prévoir combien d'électeurs vont voter car en Floride, la participation à la présidentielle se situe toujours entre 70 et 75%, explique Lance deHaven-Smith, professeur à l'université de Floride. La vérité est que les responsables républicains de Floride sont impliqués dans une démarche de sabotage de l'organisation des élections en cherchant notamment à diminuer la participation."

Il y a un an, le gouverneur républicain de l'Etat, Rick Scott, avait fait adopter une loi réduisant le nombre de jours ouverts au vote anticipé de 14 à huit. Cette procédure est traditionnellement considérée comme plutôt favorable aux démocrates. Elle prenait fin en Floride samedi. Lors du week-end précédant le scrutin du 6 novembre, une foule d'électeurs désireux de voter par anticipation se sont donc précipités aux urnes, et ont dû patienter parfois plus de cinq heures, quand ils n'ont pas été éconduits.

Dimanche, les démocrates de l'Etat ont déposé une plainte fédérale contre l'organisation du scrutin. "Les fonctionnaires républicains cherchent volontairement à réduire le nombre de bureaux de vote et la période pour voter par anticipation afin de créer des goulets d'étranglement dans les zones urbaines, traditionnellement démocrates", explique Lance deHaven-Smith. "De cette manière, ils réduisent le vote démocrate et manipulent les résultats".

Un électeur vote à Miami (Floride), le 6 novembre 2012.
Un électeur vote à Miami (Floride), le 6 novembre 2012. (DAVID SANTIAGO / AP / SIPA)

Une organisation parfois hasardeuse

Enfin, la Floride conserve globalement un mode de scrutin à l'ancienne qui prend plus de temps, lors du décompte. En plus de l'élection présidentielle, les électeurs devaient se prononcer sur une multitude d'autres élections ou changements législatifs. Les bulletins papiers faisaient plus de 10 pages.

Par ailleurs, "les bureaux de vote n'avaient pas embauché assez de superviseurs électoraux, qu'ils n'étaient pas tous équipés du nombre adéquat de machines à scanner les bulletins et que ces dernières n'étaient pas toutes correctement paramétrées", explique Le Monde.fr.

Pour Charles Zelden, professeur de sciences politiques à l'université de Fort Lauderdale, "beaucoup d'Etats connaissent les mêmes problèmes que la Floride (...) mais là, nous sommes dans un grand Etat qui vote à égalité pour les deux camps". La loi votée sur le raccourcissement du vote anticipé a, selon lui, "compliqué les choses".

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