"Merci de m'avoir donné une chance" : la première interview de Chelsea Manning depuis sa libération

Portrait de Chelsea Manning, publié le 18 mai 2017.
Portrait de Chelsea Manning, publié le 18 mai 2017. (COURTESY OF CHELSEA MANNING / AFP PHOTO)

L'ancienne analyste de l'armée américaine, condamnée pour avoir diffusé des documents confidentiels, explique les raisons qui l'ont poussée à agir ainsi, dans son premier entretien médiatique depuis sa libération, en mai 2017.

Près d'un mois après sa sortie de prison, Chelsea Manning donne sa première interview. La lanceuse d'alerte, qui avait livré à WikiLeaks des documents confidentiels de l'armée américaine, se livre à la chaîne ABC News, qui a mis en ligne, vendredi 9 mai, des extraits de l'entretien accordé à la journaliste Juju Chang. Chelsea Manning revient sur son coming-out trans, la grâce accordée par Barack Obama et les raisons qui l'ont poussée à faire fuiter les documents de l'armée.

"A un moment, je n'ai plus vu seulement des statistiques, j'ai vu des gens"

Alors qu'elle était un homme, soldat de l'armée américaine, nommé Bradley Manning et âgé de 22 ans, elle a mis au jour des informations concernant des correspondances diplomatiques, des rapports venus de terrains de guerre comme l'Afghanistan et l'Irak, des informations sur des détenus de la prison de Guantanamo. Estime-t-elle devoir des excuses au peuple américain, demande la journaliste ? Chelsea Manning répond seulement avoir "accepté" ses responsabilités. "Tout ce que j'ai fait, c'est moi. Il n'y a personne d'autre", dit-elle. "Personne ne m'a dit de le faire, personne ne m'a poussée. C'est moi, c'est ma responsabilité", répète-t-elle.

Interrogée sur les raisons qui l'ont poussée à enfreindre la loi et risquer de compromettre sa carrière militaire en publiant des informations sensibles, Chelsea Manning explique son ancien métier d'analyste : "Nous recevons toutes ces informations et ce n'est que mort, destruction, désordre. Nous les filtrons à travers des faits, des statistiques, des rapports, des dates des heures, des localisations et à un moment, ça s'arrête", raconte-t-elle. "J'ai arrêté de ne voir que des statistiques et des informations, et j'ai commencé à voir des personnes".

La guerre anti-insurrectionnelle n'est pas simple. Ce n'est pas les bons d'un côté et les méchants de l'autre. C'est le bordelChelsea ManningABC

C'est pour cela qu'elle a voulu déclencher un débat public, sans penser que cela constituait une menace pour la sécurité nationale. "J'ai une responsabilité envers le public, vous savez... Nous avons tous une responsabilité", a encore dit la jeune femme.

A Barack Obama, "merci de m'avoir donné une chance"

Chelsea Manning a vu sa condamnation à 35 ans de prison commuée au bout de sept ans, en janvier 2017, trois jours avant la fin du mandat de Barack Obama. Annonçant cette remise de peine, le président américain avait déclaré "être convaincu que la justice avait été rendue". Libérée en mai, Chelsea Manning n'a pas eu l'occasion depuis de s'adresser à l'ancien président. Que lui dirait-elle ? "Merci, une chance m'a été accordée, c'est tout ce que je voulais", répond-elle, spontanément, les yeux mouillés d'émotion.

"Mon traitement hormonal me garde en vie" 

Chelsea Manning a révélé être transgenre peu après sa condamnation, mais l'armée a rejeté sa demande de traitement hormonal. Elle a commis deux tentatives de suicide, qui lui ont valu d'être placée en isolement, et a également entamé une grève de la faim poour protester contre les mesures disciplinaires dont elle faisait l’objet. Au terme d'un long combat, les autorités ont fini par lui accorder son traitement, dont elle souligne la nécessité.

"C'est littéralement ce qui me garde en vie, ce qui m'empêche d'avoir la sentation d'être dans le mauvais corps", dit-elle. "J'avais ces sentiments horribles comme l'envie de déchiqueter mon corps et je ne veux jamais, jamais, revivre ça", poursuit-elle.

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