Pourquoi Obama s'engage (de nouveau) à fermer Guantanamo

Des soldats américains se tiennent devant un camp de détenus chinois, le 28 octobre 2009, au centre de détention américain de Guantanamo, à Cuba.
Des soldats américains se tiennent devant un camp de détenus chinois, le 28 octobre 2009, au centre de détention américain de Guantanamo, à Cuba. (JOHN MOORE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Le président avait promis en 2008 de fermer ce camp de détention, touché depuis février par une vague de grèves de la faim.

"Il faut le fermer." Barack Obama s'est engagé, mardi 30 avril, à œuvrer de nouveau en faveur de la fermeture du camp de détention de Guantanamo, une promesse jamais appliquée de sa campagne électorale victorieuse de 2008. Le président américain a précisé que son administration allait reprendre contact avec le Congrès, afin d'examiner les obstacles à cette fermeture. Voici pourquoi ce camp controversé, installé par l'ex-président George W. Bush en 2002, revient sur le devant de la scène.

Une image ternie pour Washington

"Je continue à croire que nous devons fermer Guantanamo. C'est important pour nous de comprendre que Guantanamo n'est pas nécessaire pour la sécurité de l'Amérique", a expliqué Barack Obama lors d'une conférence de presse. Selon le président américain, "cela coûte cher" et "c'est inefficace". Le Figaro explique ainsi que la prison de Guantanamo coûte chaque année 800 000 euros par détenu au gouvernement américain. Ce qui en fait la plus chère des Etats-Unis. 

Pour Barack Obama, l'existence de cette prison, très critiquée dans le domaine des droits de l'homme, affecte l'image des Etats-Unis à l'étranger, "entrave la coopération antiterroriste avec nos alliés" et constitue un "outil de recrutement pour les extrémistes". Et de confier qu'il n'est pas surpris des problèmes que "nous avons" à Guantanamo.

Une grève de la faim sans précédent

Depuis février, le camp attire en effet les regards en raison d'une grève de la faim, qui est entrée lundi dans sa douzième semaine. Elle est désormais suivie par 100 des 166 détenus, selon un décompte effectué samedi par l'armée américaine. Le président s'est dit "pas surpris" par les problèmes à Guantanamo, et a ajouté ne pas vouloir que les détenus en grève de la faim meurent. 

Les avocats des grévistes expliquent que le mouvement a été déclenché quand des corans ont été examinés d'une façon jugée blasphématoire par les prisonniers. Il s'est depuis durci, d'autant que les autorités du camp ont décidé, samedi, de nourrir de force 20 grévistes, par des tubes reliés directement à l'estomac via la cloison nasale.

Des détenus en souffrance

Nabil Hadjarab, un des grévistes détenu à Guantanamo depuis 2002, explique, dans une lettre publiée par L'Express, les raisons de sa mobilisation et de celle de ses codétenus. Par leur geste, tous entendent désormais dénoncer leur détention illimitée, parfois depuis onze ans, sans inculpation ni procès. Un état de fait critiqué aussi par de nombreuses associations, dont Amnesty International et Human Rights Watch, qui ont récemment instauré une "journée d'action contre Guantanamo"

Dans sa lettre, Nabil Hadjarab explique : "Je suis ici en détention indéfinie, sans charges retenues contre moi. Je n'en peux plus de voir mes droits constamment violés. (...) Je n'ai jamais rien fait de mal. Je n'ai jamais même eu l'intention de commettre quelque crime que ce soit. (...) Il est temps de nous laisser sortir d'ici." 

Samir Naji al Hasan Moqbel, un autre prisonnier lui aussi gréviste, ne dit pas autre chose dans une tribune publiée dans le New York Times (en anglais) et intitulée "Guantanamo est en train de m'achever". "Je ne mangerai pas tant qu'on ne me rendra pas ma dignité. Je suis emprisonné depuis onze ans et trois mois. Je n'ai jamais été inculpé. Je n'ai jamais eu de procès." Il dénonce encore les traitements de la part des autorités du camp, notamment des gardes, et dépeint une situation "désespérée". "J'espère seulement que la souffrance que nous endurons amènera le monde à regarder une nouvelle fois Guantanamo, avant qu'il ne soit trop tard."

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