"L'opinion algérienne est devenue intransigeante à l'égard de l'islamisme violent"

Des soldats algériens patrouillent au sud du pays, dans cette capture d\'écran d\'un reportage de la chaîne de télévision Ennahar TV, filmé en juin 2012. 
Des soldats algériens patrouillent au sud du pays, dans cette capture d'écran d'un reportage de la chaîne de télévision Ennahar TV, filmé en juin 2012.  (- / ENNAHAR TV)

L'assaut de l'armée algérienne sur le site d'In Amenas s'explique aussi par la sanglante histoire qui lie l'Algérie et les islamistes. Francetv info a interviewé Raoul Weexsteen, chercheur au CNRS.

L'assaut rapide de l'armée algérienne sur le site gazier d'In Amenas, au sud-ouest du pays, est-il si surprenant ? Même si certaines diplomaties occidentales le regrettent, comme le Royaume-Uni ou le Japon, il s'explique par la longue et sanglante histoire qui lie l'Algérie et les islamistes. Francetv info a interviewé Raoul Weexsteen, chercheur au CNRS spécialiste de l'Afrique du Nord, pour éclairer la situation. Cet ancien conseiller de Pierre Joxe (ministre de l'Intérieur sous François Mitterrand) est le secrétaire général de l'association France-Algérie, dont le président est Jean-Pierre Chévènement, sénateur et président du Mouvement républicain et citoyen. 

Francetv info : Pourquoi le gouvernement algérien a-t-il décidé une intervention si rapide après la prise d'otages sur le site gazier d'In Amenas ?
Raoul Weexsteen : Le gouvernement algérien ne pouvait pas laisser un tel nombre d’otages entre les mains des terroristes. A titre exceptionnel, alors que l’Algérie a comme principe de ne jamais négocier avec les preneurs d’otages, elle a cette fois offert une porte de sortie aux terroristes. Ils ont refusé ce marché, ce qui prouve que ce sont eux qui avaient intérêt à gagner du temps. Après dix ans de guerre civile [entre islamistes et gouvernement soutenu par l'armée, dans les années 1990, pour un bilan de 100 000 à 150 000 morts], les Algériens sont extrêmement vigilants. Cette période a été terrible pour tous les Algériens. Le gouvernement algérien a gagné cette guerre et l'a assumé. C'était une vraie guerre civile. Maintenant, aucun Algérien n'a plus envie de revivre de tels évènements et la majorité de l'opinion algérienne est intransigeante à l'égard d'un retour de l'islamisme violent.
 
Cette attaque islamiste est-elle vécue comme une atteinte à l'intégrité du territoire par les Algériens ? 
Les Algériens ont sanctuarisé leurs frontières, c'est-à-dire qu'ils ne veulent pas en sortir et ils veulent que personne ne les viole. Il s’agit de défendre l'intégrité de leur territoire. C’est l’expression de leur patriotisme ou de leur nationalisme. Au sujet de l’évènement d’In-Amenas, la question qui reste posée est de savoir d'où viennent les terroristes. Il faudrait regarder l'ensemble du groupe, savoir s'ils viennent du Mali ou s'ils sont issus de Libye. Bien entendu, les Algériens ont intérêt à dire que les terroristes sont algériens. Dans ce cas, c'est une affaire interne, relativement banalisée.
Ce n'est pas la même chose s'ils viennent du Nord-Mali, de la Libye ou de l’intérieur de l’Algérie. Si les islamistes viennent de l'extérieur, on peut soutenir que l'Algérie ne maîtrise pas totalement l’inviolabilité de ses frontières. S’ils viennent de l’intérieur, la question de l’intégrité du territoire ne se pose pas.
 
L'Algérie a-t-elle perdu le contrôle du sud de son territoire ? 
Certainement pas. L’Algérie a mobilisé plus de 30 000 hommes sur ses frontières. Certes, c'est un chiffre qu’il faut rapporter  aux 2 000 kilomètres de frontière avec le Mali. Mais Alger mène une lutte au quotidien, avec l’appui des services de renseignements américains et d’autres pays occidentaux, dont la France. C’est un engagement permanent qui inclue, on ne le mentionne jamais, l’aide apportée aux réfugiés qui fuient les combats et qui viennent chercher un abri et du soutien en Algérie.
 
Une intervention militaire de l'Algérie au nord du Mali est-elle envisagée ?
Il n'est pas question pour l'Algérie d'intervenir en dehors de ses frontières. C'est une position constante du gouvernement algérien, pourtant de nombreux évènements comme ceux de Libye auraient pu en être l’occasion. Jusqu’ici, l’Algérie a préféré négocier officiellement avec ses voisins tunisiens et libyens la surveillance partagée de leurs frontières communes : ce fut le cas encore la semaine dernière. Enfin, je vous rappelle que le Premier Ministre malien était à Alger le week-end dernier.