Le Zimbabwe ne fabrique plus de passeports, faute de moyens

Contrôle des passeports à bord du train Shongololo Express entre le Zimbabwe et l\'Afrique du Sud (photo d\'archives).
Contrôle des passeports à bord du train Shongololo Express entre le Zimbabwe et l'Afrique du Sud (photo d'archives). (EMILIE CHAIX / PHOTONONSTOP)

Depuis mi-2018, les demandes de passeports ne sont plus satisfaites qu'au compte-gouttes, reconnaissent eux-mêmes les services concernés.

Le Zimbabwe semble en pleine déroute. Après le doublement du prix du carburant et la fourniture erratique d'électricité, voilà que le voisin du nord de l'Afrique du Sud est aussi en panne de passeports. Sans moyens, les autorités sont incapables de délivrer le moindre passeport, sauf à de rares privilégiés. La raison ? Un manque de devises étrangères nécessaires à l'achat du papier et au fonctionnement des équipements destinés à la fabrication des documents. Des devises étrangères par ailleurs interdites sur place pour les transactions courantes.

Dépité, un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur confirmait récemment à l'AFP que "début juin, les demandeurs étaient priés de revenir fin 2020". Ajoutée à l'inflation galopante, à la dépréciation de la monnaie locale, aux pénuries de produits de base et autres coupures de courant, cette énième faillite de l'Etat zimbabwéen ajoute à la colère de nombreux citoyens. Qui maintenant se sentent un peu comme des prisonniers privés de liberté de se déplacer comme bon leur semble.

Le président reconnaît la gravité de la situation, mais rejette toute responsabilité

Malgré ses promesses répétées, le président Emmerson Mnangagwa, qui a succédé fin 2017 à l'autocrate Robert Mugabe avant d'être élu le 30 juillet 2018, ne parvient pas à relancer l'économie du pays. En mai dernier, M. Mnangagwa a d'ailleurs été contraint de reconnaître publiquement la gravité de cette "crise des passeports".

Mais il en a rendu aussitôt responsables les entreprises chargées de la fabrication. "Ils ont dit qu'ils n'imprimeraient plus de passeports parce qu'on leur doit de l'argent", s'est-il offusqué, affirmant que l'Etat avait payé sa dette. Le ministre de l'Intérieur, de son côté, a promis il y a trois mois de résorber les demandes en attente – 280 000 à l'époque  en produisant "jusqu'à 8000 passeports par jour". Mais, avec des machines pratiquement à l'arrêt, pas étonnant que cet engagement soit resté vain. La production actuelle tourne plutôt autour de dix passeports quotidiens.

Si le bras de fer entre l'Etat et ses prestataires perdure, les Zimbabwéens ne sont pas près de voir leurs demandes de passeports satisfaites et pouvoir ainsi choisir l'exil en ayant des papiers en ordre. D'autres ont depuis longtemps préféré éviter la voie autorisée. En l'absence de statistiques officielles, circule le chiffre de un à trois millions de Zimbabwéens ayant fui la crise qui sévit dans leur pays depuis le début des années 2000 pour s'établir, souvent illégalement, en Afrique du Sud.

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