Tunisie : le second tour de la présidentielle vu par Youssef, chauffeur de taxi à Tunis

Deux parmi les nombreux taxis jaunes de Tunis pris dans les encombrements de la capitale tunisienne le 10 octobre 2019.
Deux parmi les nombreux taxis jaunes de Tunis pris dans les encombrements de la capitale tunisienne le 10 octobre 2019. (FTV - Laurent Ribadeau Dumas)

Devant un journaliste étranger, les Tunisiens hésitent parfois à parler politique. Mais pas Youssef, chauffeur de taxi, originaire d'Ariana, dans la banlieue de Tunis.

La Tunisie retient son souffle avant le second tour de la présidentielle le 13 octobre 2019. D'autant que la campagne a été relancée à quatre jours du scrutin par la libération de l'homme d'affaires Nabil Karoui, candidat arrivé second au premier tour le 15 septembre derrière Kaïs Saïed, universitaire à la faculté de droit. Nabil Karoui a été détenu pendant 48 jours pour fraude fiscale et blanchiment d'argent. C'est vers son adversaire que penche visiblement le bulletin de vote de Youssef, un chauffeur de taxi rencontré par franceinfo Afrique à Tunis.

L'homme, âgé d'une petite cinquantaine, a deux enfants, un garçon de 12 ans et une fille de 16 ans, "qui vont au collège". Pour les nourrir, Youssef dit travailler du lundi au dimanche sans interruption, "de 9 à 10 heures par jour". Mais malgré cela, "la vie est très, très dure". En raison notamment du coût de la vie, "avec un kilo de tomates à 1,3 dinar (3,10 dinars pour 1 euro, NDLR), un kilo de mouton à 30 dinars".

En dehors de la cherté de la vie, il est choqué par le spectacle que donne le Parlement. "Les députés sont toujours en train de se battre", note-t-il. Dans ce contexte, "les jeunes sont écœurés, ils n'aiment pas la politique. La presse dit que 90% d'entre eux votent. Mais 50% de ce que dit la presse est faux", dit Youssef. Et de partir d'un grand éclat de rire, sachant parfaitement que son interlocuteur est journaliste...

Saïed, c'est le renouveau"

Dans ce contexte, il n'est pas surprenant qu'aux élections, le chauffeur de taxi souhaite le "dégagisme", le fait de vouloir "dégager" le système en place. "On aime bien Kaïs Saïed", dit-il alors que son taxi passe près d'une grande affiche... de son adversaire Nabil Karoui. "Kaïs, il sait le droit, c'est pas la même chose que les autres. Il est professeur, c'est le renouveau", estime-t-il.

Pour autant, il met un bémol à son soutien : le fait que Kaïs Saïed pourrait s'allier au parti d'inspiration islamiste Ennahdha, qui a appelé à voter pour lui. Et que notre chauffeur n'aime visiblement pas. Cela risque de créer "beaucoup de problèmes", pense-t-il. 

Des problèmes, il risque d'y en avoir, quel que soit le candidat qui sera élu. "Ce n'est pas facile de vivre en Tunisie avec la nouvelle démocratie. Avant, c'était facile : il y avait (le dictateur, NDLR) Ben Ali et un autre candidat" prétexte. Ben Ali l'emportait alors avec des scores de plus de... 99%. Aujourd'hui, il y a pléthore de candidats : au premier tour, ils étaient ainsi 26 à se disputer les faveurs des électeurs.

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