Tunisie: difficile «dialogue national»

Le Premier ministre tunisien, Ali Larayedh, pendant une conférence de presse à Tunis le 23-10-2013.
Le Premier ministre tunisien, Ali Larayedh, pendant une conférence de presse à Tunis le 23-10-2013. (Reuters - Zoubeir Souissi)

Le «dialogue national» en Tunisie a été lancé le 26 octobre 2013. Ce lancement a pu avoir lieu après que le Premier ministre islamiste s’est engagé par écrit à démissionner. Il intervient dans un contexte troublé par le climat de violence, notamment à la suite de la mort de six gendarmes et d’un policier dans des attaques jihadistes. Revue d'une presse prudente.

Ali Larayedh «abdique». Le terme revient souvent chez certains journaux tunisiens. «Ali Larayedh abdique, le dialogue national peut commencer», titre ainsi le site Kapitalis. Lequel premier ministre «s’est enfin résigné à présenter» la démission de son gouvernement, comme le stipule la feuille de route du «dialogue national» parrainé par le Quartet d’organisations nationale : syndicat UGTT, Utica (patronat), Ordre des avocats, Ligue tunisienne des droits de l’homme. Il s’agit là d’un engagement «clair et sans détours», poursuit le site.
 
«Ali Larayedh abdique. Enfin !», titre de son côté Le Quotidien. Et de noter que «la tâche du dialogue national n'est pas de tout repos. Les partis politiques devront s'entendre en trois semaines voire un mois sur ce qu'ils ne sont pas parvenus à déblayer pendant deux ans».

Car outre la formation d'un cabinet d'indépendants, les rivaux politiques devront trouver un consensus sur la Constitution, dont l'élaboration est au point mort depuis l’élection de l’Assemblée nationale constituante en octobre 2011. Il leur faudra aussi former une commission électorale et adopter une législation à même de garantir de nouvelles élections libres.

Des manifestants de l\'opposition défilent (le 23-10-2013) avenue Bourguiba à Tunis pour demander le départ du gouvernement tunisien.
Des manifestants de l'opposition défilent (le 23-10-2013) avenue Bourguiba à Tunis pour demander le départ du gouvernement tunisien. (Reuters - Anis Mili)

Dans ce contexte, il est compréhensible que Le Temps se montre dubitatif : «Les partis, toujours aussi en proie aux feux croisés, ne réussiront pas de sitôt à accorder leurs violons».
 
De plus, poursuit le quotidien, «de grandes disparités idéologiques conditionneront (…) le cours du dialogue national. La droite dite ‘‘embourgeoisée’’ de Béji Caïd Essebsi, les gradations réactionnaires d’Ennahdha malgré les velléités de modération de Rached Ghannouchi (président du parti islamiste, NDLR), l’éclatement du CPR (mouvement de gauche du président tunisien Moncef Marzouki, NDLR), la crise de confiance au sein d’Ettakatol (troisième parti de la coalition gouvernementale, NDLR) (…): voilà donc la complexité du paysage»

Complexe, éminemment complexe…
 
La Presse, qui demande «un gouvernement au-dessus de la mêlée», salue pour sa part le travail du quartette de médiateurs, le syndicat UGTT en tête. Lequel a réussi après trois mois d'instances tractations à amener les islamistes d'Ennahda et leurs détracteurs à la table des négociations.

Le journal se demande cependant si «tous les protagonistes sont réellement attachés à faire aboutir ce dialogue national de la dernière chance». Il relève aussi que ces négociations interviennent en pleine recrudescence des violences jihadistes. «Les actes terroristes ne laissent plus aucun doute: notre transition démocratique aborde vraiment sa dernière planche de salut», prévient La Presse.
 
Conclusion du journal algérien El Moudjahid : «L’espoir est de nouveau permis en Tunisie». C’est peut-être encore aller un peu vite en besogne. Surtout quand on voit toutes les difficultés auxquelles est confronté le pays entre les problèmes économiques et sociaux, la violence, la paralysie politique…
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