Tunisie : cinq questions pour comprendre la situation

Des opposants au parti au pouvoir Ennahda manifestent devant l\'Assemblée constituante, à Tunis (Tunisie), le 1er juillet 2013.
Des opposants au parti au pouvoir Ennahda manifestent devant l'Assemblée constituante, à Tunis (Tunisie), le 1er juillet 2013. (FETHI BELAID / AFP)

François Hollande est arrivé, jeudi, à Tunis, pour une visite d'Etat de deux jours, dans un pays qui peine à achever sa transition démocratique.

C'est là que le Printemps arabe a démarré en 2011. La Tunisie observe, jeudi 4 juillet, la nouvelle vague de bouleversements que traverse sa voisine, l'Egypte, dont le président islamiste a été renversé la veille. Et c'est ce moment délicat que François Hollande a choisi pour sa visite d'Etat à Tunis. Si vous n'avez pas suivi les derniers événements, francetv info vous rafraîchit la mémoire.

Pourquoi dit-on que la Tunisie est "en transition" ?

L'Assemblée nationale constituante tente de rédiger une nouvelle Constitution. Les députés y travaillent depuis plus de vingt mois et le texte cristallise les antagonismes entre le pouvoir et ses opposants, qui dénoncent une dérive vers une nouvelle dictature. Le vote de cette Constitution par les deux-tiers de l'Assemblée est indispensable à l'organisation d'élections générales avant la fin de l'année 2013.

Comment se passe cette transition ?

Depuis la Révolution de jasmin, qui a chassé Ben Ali en janvier 2011, la Tunisie ne parvient pas à sortir de la crise politique. Le parti islamiste Ennahda, au pouvoir, est contesté par la gauche laïque aussi bien que par les salafistes, qui veulent instaurer la charia et organisent des manifestations qui virent la plupart du temps à l'affrontement avec la police. La mort de Chokri Belaïd, opposant de gauche, en février 2013, a entraîné la dissolution du gouvernement, en partie remplacé par un cabinet de technocrates.

Par ailleurs, les atteintes à la liberté d'expression sont nombreuses. Des militantes  Femen en ont fait les frais. Trois d'entre elles ont passé un mois en prison pour avoir manifesté seins nus, à Tunis, fin mai. Les opposants ne désarment pas pour autant et manifestent chaque jour devant le siège de l'Assemblée, pour protester contre la future Constitution.

Lors d'une conférence de presse commune, jeudi, avec le président tunisien Moncef Marzouki, François Hollande a toutefois souligné que le pays vivait une "transition maîtrisée, organisée". Ce qui ne l'a pas empêché de commettre un lapsus, en confondant Egypte et Tunisie. 

Comment se porte l'économie du pays ?

Crise politique et crise économique s'entretiennent mutuellement. Le pays est toujours déstabilisé par la misère. D'après le ministère français des Finances, la croissance peine à repartir car l'économie tunisienne est très dépendante de secteurs spécifiques comme le tourisme, dont les recettes sont en chute libre depuis la révolution (-7,6% depuis 2010). En parallèle, le taux de chômage élevé (16,7% en 2012) engendre toujours des mouvements sociaux d'envergure.

En juin, le Fonds monétaire international (FMI) a approuvé un plan d’aide à la Tunisie de 1,7 milliard de dollars, destiné à soutenir la transition démocratique. Un premier prêt de 150,2 millions de dollars était immédiatement alloué aux autorités tunisiennes, mais les prochaines tranches d’aide ne seront versées qu’à condition que Tunis respecte le programme de réformes élaboré avec le FMI pour "stabiliser" l’économie. De quoi préparer une cure d'austérité drastique, qui risque de stimuler la contestation sociale.

La Tunisie peut-elle suivre l'Egypte ?

Les frontières sont poreuses. Le mouvement d’opposition Tamarrod ("rébellion", en arabe), né en Egypte, est en train de germer en Tunisie. Ses militants appellent à destituer l'Assemblée nationale constituante, veulent réécrire une tout autre Constitution et réclament des législatives. Comme en Egypte, ils reprochent à leurs dirigeants de vouloir instaurer un régime théocratique liberticide et d'aggraver la crise économique. Ces opposants préparent à leur tour de grandes manifestations et rêvent d'un scénario à l'égyptienne.

Le chef du parti Ennahda affirme qu'un tel développement est impossible. "Certains jeunes rêveurs peuvent croire qu'il est possible de rééditer en Tunisie ce qui s'est passé en Egypte, mais ce sera une œuvre vaine", a déclaré jeudi Rached Ghannouchi dans le quotidien arabe Asharq Al-Awsat, soulignant que la donne en Tunisie "est différente".

"Tous les opposants d'Ennahda voient les événements en Egypte comme une préfiguration de ce qui pourrait se passer en Tunisie, mais ils n'en sont pas là", estime Jean-François Daguzan, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique et rédacteur en chef de la revue Maghreb/Machrek, contacté par francetv info. Selon le chercheur, d'ailleurs, les Tunisiens "ne cherchent pas une telle rupture".

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